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Les légumes peuvent-ils être dangereux pour les nourrissons ?
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Depuis le 12 septembre 2003, une information est parue dans plusieurs
journaux faisant état d’un cas d’intoxication d’un nourrisson de 8 mois
à Bâle par une surdose de nitrates, consécutive à l’ingestion de chou-rave.
Dans certains journaux, d’autres légumes ont été incriminés.
Si nous connaissons les risques de formation de méthémoglobine par
les nitrates présents dans l’eau de boisson et si des recommandations
ont été faites par la SSP quant au choix des eaux utilisées pour la préparation
des biberons, j’ignorais que des quantités relativement modestes de légumes
absorbés par les enfants après l’âge de 5-6 mois pouvaient dans certains
cas conduire à des intoxications.
Comme cela était prévisible, après cette information un certain nombre
de parents se sont inquiétés et ont commencé à nous téléphoner pour savoir
« s’ils osaient encore donner des légumes à leurs enfants ».
Serait-il possible que la SSP nous renseigne sur cet objet ?
A. Regamey, Morges |
Réponse
Le nitrate est une substance d’origine naturelle, qui n’est pratiquement pas
toxique en tant que telle et qui représente la principale source d’azote pour
les plantes. Le nitrate est présent dans les plantes en concentration de l’ordre
de 40 à 6000 mg/kg de masse fraîche. L’apport en nitrate est principalement
alimentaire à travers les « légumes-feuilles » (laitues, doucette,
épinards), les betteraves rouges, le chou, le chou-rave, les carottes et le
fenouil. Il existe pour ces légumes des VT (valeurs de tolérance) et des VL
(valeurs limite: concentration maximale) exprimées en mg de nitrate/kg pour
leur mise sur le marché. En été 2000, plusieurs de ces valeurs ont été harmonisées
avec celles de l’Union européenne. La DJA (dose journalière admissible) exprime
la quantité d’une substance que l’homme peut absorber quotidiennement tout au
long de sa vie sans devoir craindre des effets toxiques pour sa santé ou celle
de sa descendance. La valeur de DJA en vigueur est de 3,7 mg de nitrate/kg de
masse corporelle (MC)/jour et de 0,06 mg/kg MC/jour pour les nitrites. Ces valeurs
ne sont pas applicables aux nourrissons de moins de 3 mois car leur alimentation
n’est pas encore diversifiée. La quantité de nitrate et nitrite admise dans
les préparations pour nourrissons est détaillée dans l’OSEC (Ordonnance sur
les substances étrangères et les composants). (Voir Tableau).
Tableau OSEC 2002
| Substance |
Denrées alimentaires |
VT*
mg/kg |
VL**
mg/kg |
Remarques |
| Nitrate |
préparations à base de céréales et autres aliments pour
bébés |
---- |
400 |
*** |
| Nitrate |
préparations de suite |
---- |
250 |
*** |
| Nitrate |
préparations pour nourrissons |
---- |
40 |
*** |
| Nitrate |
eau potable |
40 |
---- |
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| Nitrite |
eau potable |
0.1 |
---- |
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| Nitrite |
préparations pour nourrissons |
---- |
0.1 |
*** |
* VT : valeur de tolérance
** VL : valeur limite
*** : valeurs données pour des produits prêts à la consommation
sans les nitrates ou nitrites contenus dans l’eau potable
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La méthémoglobine se forme lorsque le fer bivalent de l’hémoglobine est oxydé
en fer trivalent. L’oxygène ne peut plus s’y fixer et le sang prend un aspect
brunâtre. Les méthémoglobinémies acquises sont dues à l’action de substances
oxydantes telles que les nitrites (NO2-), certains toxiques
(nitrobenzène), certains médicaments (nitroglycérine) ou leurs métabolites.
Les nitrates (NO3-) peuvent aussi jouer un rôle: une formation bactérienne
de nitrites peut se produire dans des plats cuits riches en nitrates si ceux-ci
sont conservés non refroidis. Les nitrites sont très vite absorbés et bien plus
oxydants que les nitrates. Les nourrissons sont plus sensibles car l’hémoglobine
fœtale s’oxyde plus facilement, leur pH gastrique est moins acide et permet
une pullulation de bactéries ayant une nitrate réductase, l’activité de leur
méthémoglobine réductase n’est pas pleinement développée et ils ont des apports
élevés en nitrates dans leur alimentation par rapport à leur poids et à leur
hémoglobine totale.
Les premiers cas de méthémoglobinémie acquise ont été décrits chez le nourrisson
en Allemagne en 1945. Ces cas étaient dus à l’eau de boisson. Au cours des années
soixante, les premiers cas liés à l’alimentation ont été décrits lors d’ingestion
de purée d’épinards ou de soupe de carottes. Par la suite cette entité est plus
ou moins tombée en désuétude. Dans les années nonante, 7 nourrissons espagnols
âgés de 7 à 13 mois ont développé une méthémoglobinémie suite à la prise de
purée de légumes à base de feuilles de côte de bette. Au centre hospitalier
universitaire vaudois (CHUV), nous avons recensé au cours de ces 3 dernières
années, 4 nourrissons âgés entre 7 et 10 mois qui ont présenté une méthémoglobinémie
suite à la prise d’un repas à base de fenouil.
Tous ces cas sont dus au
fait que les enfants ont ingéré des purées de légumes faites maison. Ces purées
ont été conservées soit à l’air ambiant soit au réfrigérateur plus de 24 heures.
Suite à la préparation et dans certaines conditions, les nitrates contenus
dans les légumes se transforment en nitrites avant l’ingestion. A notre connaissance,
les aliments industriels en petit pot n’ont jamais été incriminés.
Pour les nourrissons de
moins de 12 mois, les préparations à base de légumes doivent être consommées
immédiatement ou, si leur consommation est différée, elles devraient être
idéalement congelées. Au cas où elles seraient conservées à la température
du réfrigérateur, ces préparations peuvent être gardées au maximum 24 h.
En conclusion, les légumes doivent faire partie de l’alimentation du nourrisson.
Ils apportent des fibres, des vitamines, des sels minéraux et d’autres nutriments.
Afin de prévenir de nouvelles intoxications, il suffit de respecter les mesures
d’hygiène décrites ci-dessus.
Ce problème sera discuté lors de la prochaine séance de la
Commission de nutrition de la SSP.
Anne-Joelle Bosset Murone, Michel Roulet,
Lausanne
Adresse des auteurs :
Dr A.-J. Bosset Murone,
chef de clinique adj
Dr M. Roulet, PD et MER,
Président de la commission de nutrition de la SSP,
service de pédiatrie CHUV,
1011 Lausanne
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Parution le 12 novembre 2003
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