Vaccination généralisée contre la varicelle en Suisse ?

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Résumé
Le vaccin contre la varicelle existe et est
disponible en Suisse. Il a fait la preuve de son immunogénicité et de son
efficacité protectrice. Sa réactogénicité est faible et ne fait pas obstacle
à un emploi plus large qu’actuellement (où il est utilisé de façon sélective,
notamment chez les enfants immunodéficients).
La vaccination généralisée du petit enfant
(après le premier anniversaire) a été préconisée dans quelques pays, dont
les USA, mais est grevée de quelques incertitudes (longévité de l’effet protecteur
en l’absence de circulation du virus sauvage ; exigence d’atteindre un
taux de couverture vaccinale très élevé (>90%) pour éliminer la circulation
du virus sauvage ; effet paradoxal initial sur l’incidence du zona avec
génération d’une épidémie majeure et prolongée chez les sujets non vaccinés).
La varicelle de l’adulte en général, et de
la femme enceinte en particulier, mérite d’être prévenue en raison d’une plus
grande gravité dans cette tranche d’âge et des complications fœtales ou néonatales
souvent graves et sans traitement adéquat. La prévention de la varicelle de
l’adulte peut être obtenue par une vaccination généralisée des préadolescents
(10-12 ans). Le choix de cette tranche d’âge repose sur le fait qu’une seule
dose de vaccin est nécessaire avant le treizième anniversaire et que le nombre
de sujets séronégatifs pour la varicelle est minimum et constant dès l’âge
de 10 ans en Suisse.
Bien que cette vaccination du préadolescent
soit par principe généralisée, il sera nécessaire d’identifier les sujets
appartenant au 4% de population séronégative au-delà de l’âge de10 ans, afin
d’éviter l’énorme gaspillage de temps et de moyens que représenterait la vaccination
systématique de tous les préadolescents en Suisse (80'000 sujets par année)
.
Trois méthodes sont envisagées pour identifier
les candidats à la vaccination : « sérologie seule » (et vaccination
des sujets séronégatifs), « anamnèse seule » (et vaccination des
sujets sans anamnèse précise de varicelle), « anamnèse et sérologie chez
les sujets sans anamnèse précise » (et vaccination des sujets séronégatifs).
Ces trois approches diffèrent par leur simplicité d’application ou par leur
précision dans l’identification des candidats.
Le choix de la méthode la mieux adaptée pour la Suisse n’est pas encore
fait et les implications financières de chacune des variantes sont à l’étude.
Faut-il introduire en Suisse une vaccination généralisée contre la varicelle ?
Et, si oui, quelle tranche d’âge devrait en être la cible ? Ces questions
sont légitimes si l’on considère que le vaccin contre la varicelle existe depuis
plus de 20 ans, est disponible en Suisse depuis 1985 et a fait la preuve de
son efficacité.
Le vaccin et ses qualités
Le vaccin contre la varicelle a été mis au point dans les années 1970 par
le biologiste japonais M. Takahashi. Le vaccin actuellement disponible en
Suisse, de même que celui utilisé aux USA, est virtuellement identique au
vaccin initialement développé par M. Takahashi. Tous trois sont constitués
d’une souche de virus vivant atténué intitulée OKA (du nom du garçon chez
qui le virus initial a été isolé). Particularité notable, ce vaccin a été
initialement mis au point pour être utilisé de manière sélective chez des
sujets immunodéficients, principalement des enfants en traitement de leucémie
lymphoblastique aiguë, pour lesquels la varicelle est une maladie toujours
grave et potentiellement létale.
La plupart des études visant à l’utilisation de ce vaccin de manière généralisée
ont été effectuées aux USA et ont clairement démontré qu’il est immunogène,
protecteur et très peu réactogène. Ce vaccin semble donc avoir toutes les
qualités requises pour une vaccination généralisée, qui a d’ailleurs été introduite
dès 1996 dans le plan américain de vaccination de routine (vaccination systématique
des petits enfants et rattrapage chez les enfants plus âgés et les adolescents
(1)).
Immunogénicité
Le vaccin est très immunogène chez l’enfant entre 12 mois et 12 ans. Dans
cette tranche d’âge, une dose unique induit entre 95.7% (12-13 ans) et 98.8%
(12-36 mois) de séroconversion avec taux d’anticorps protecteur. Chez l’enfant
de moins de 12 mois, le taux de séroconversion après une seule dose est élevé
(97.5% entre 9 et 11 mois) mais le taux d’anticorps obtenu insuffisant. Chez
le grand enfant et l’adulte, deux doses vaccinales sont nécessaires mais permettent
de générer 100% de séroconversion avec taux d’anticorps protecteur (2).
La longévité de l’effet immunogène est démontrée par plusieurs travaux, avec
un suivi minimum de 5 ans et maximum de 20 ans (3, 4, 5, 6, 7).
Protection
L’efficacité protectrice du vaccin contre la
varicelle se vérifie à plusieurs niveaux.
Le réseau HMO américain Northern California
Kaiser Permanente, qui applique depuis 1996 la recommandation nationale
de vaccination généralisée des jeunes enfants, a à son actif plus de 7000
sujets vaccinés entre l’âge de 12 et 24 mois. Dans cette cohorte, l’efficacité
protectrice mesurée est de 83% (8). A relever qu’une diminution
de l’incidence de la varicelle est également observée chez les enfants plus
âgés du réseau (5-19 ans) et non vaccinés, suggérant ainsi un phénomène d’immunité
de groupe (8). Une étude effectuée de mars 1997 à novembre 2000
sur des enfants âgés de 13 mois à 16 ans, indique un taux de protection
de 85% (IC 95% : 78-90%), auquel s’ajoute un taux de 12% de varicelles
manifestement atténuées (9). On en déduit que la vaccination protège
à 97% (IC 95% : 93-99%) contre les formes sévères ou modérées de varicelle
et à 85% contre la varicelle (toutes formes confondues). Ce taux de 85% est
en réalité une moyenne cachant une certaine hétérogénéité dans cette tranche
d’âge : 79% avant 5 ans, 89% entre 5 et 10 ans et 92% au-delà de
10 ans.
Une autre étude, centrée sur la population enfantine
fréquentant crèches et jardins d’enfants entre février 1996 et août 1997,
indique un taux de protection de 83% (IC 95% : 69-91%) contre la varicelle
(toute formes confondues) (10).
L’une des communautés pilotes en matière de vaccination
généralisée contre la varicelle aux USA, le comté de West Philadelphia,
rapporte une réduction de 79% de l’incidence de varicelle entre janvier 1995,
précédant l’introduction de la vaccination généralisée chez le petit enfant,
et décembre 2000 (11).
Les premières indications commencent à apparaître
que la vaccination généralisée de l’enfant contre la varicelle a également
un impact sur l’incidence du zona chez les enfants vaccinés. En effet, l’incidence
du zona mesurée dans la cohorte vaccinée Northern California Kaiser Permanente
susmentionnée est de 9/100’000/an, comparée à une incidence attendue de 34/100’000/an
fondée sur les observations faites avant l’introduction de la vaccination
généralisée (8). Tout en reconnaissant les limitations de cette
comparaison avec un groupe historique, il est possible de calculer, pour une
population vaccinée dans la petite enfance, un risque relatif de zona de 0.23
(IC 95% : 0.10-0.48%). Probablement liée à une diminution du nombre de
lésions cutanées, cette réduction du risque de zona a aussi été observée chez
les enfants vaccinés dans le cadre d’une leucémie.
Echecs vaccinaux
Comme indiqué plus haut (9, 10), la
varicelle est prévenue chez 83-85% des sujets vaccinés et atténuée chez 12%
d’entre eux. Les situations de varicelle atténuée sont couramment désignées
« breakthrough diseases » pour les distinguer des échecs vaccinaux
complets qui eux représentent 3-5% des cas.
Les facteurs suivants ont été identifiés comme
risque d’échec vaccinal (incluant atténuation et échec complet) : vaccination
avant l’âge de 15 mois, déficience immunitaire chez le sujet vacciné, situations
de contage intrafamilial et charge virale vaccinale insuffisante (12).
Réactogénicité
Le vaccin contre la varicelle est en règle générale
bien toléré. Un érythème et une douleur au site d’injection, consécutifs à
l’injection et non au vaccin proprement dit, sont notés dans 15-20% des cas
et un bref état fébrile chez environ 15% des sujets. Une éruption varicelliforme
est observée chez 4% des sujets vaccinés. Elle consiste en une dizaine de
vésicules apparaissant entre 7 et 21 jours après l’injection. Dans cette situation,
si plus de 30 lésions vésiculeuses sont présentes, ou si les lésions surviennent
dans les 7 jours suivant la vaccination, il s’agit le plus souvent d’une varicelle
sauvage intercurrente. Parfois, l’éruption vésiculeuse postvaccinale est limitée
à quelques (2-4) lésions vésiculeuses groupées autour du site d’injection
(13).
Les stratégies de vaccination généralisée et leurs conséquences
A priori, deux stratégies de vaccination généralisée
sont envisageables. Vacciner les petits enfants, à un âge où la plupart n’ont
pas encore été exposés à la varicelle, ou vacciner les adolescents pour éviter
que des sujets abordent l’âge adulte non immuns alors que la varicelle y est
potentiellement plus grave. La vaccination du petit enfant vise l’élimination
de la varicelle et, à terme, du zona, alors que la vaccination de l’adolescent
cherche uniquement à prévenir la varicelle de l’adulte et ses complications.
Ces deux stratégies ont des conséquences biologiques
prévisibles diamétralement opposées : pour la première, suppression de
la circulation du virus sauvage (à condition que le taux de couverture vaccinale
soit suffisamment élevé) mais aussi suppression de l’entretien de l’immunité
que constitue actuellement l’exposition répétée au virus ; pour la seconde,
maintien de la circulation du virus et entretien de l’immunité de la population.
Cet entretien de l’immunité est primordial en ce sens qu’il prévient les réactivations
du virus varicella-zoster en latence dans les ganglions postérieurs suite
à la varicelle primaire. Il a effectivement été démontré que les adultes ayant
des contacts réguliers avec les enfants ont un moindre risque de développer
un zona (risque relatif 0.75) (14), observation compatible avec
celle du faible risque de zona mesuré chez les pédiatres japonais.
Les incertitudes en cas de vaccination généralisée du petit enfant
En dépit des qualités indéniables mentionnées ci-dessus, quelques incertitudes
grèvent encore l’avenir de ce vaccin pour une immunisation généralisée de
routine du petit enfant.
a. Les études démontrant la longévité de l’effet immunogène (3, 4, 5,
6, 7) ont été faites dans des populations où la varicelle est encore
très prévalente et où le virus sauvage circule en abondance, contribuant probablement
massivement à l’entretien de l’immunité.
b. Bien que les connaissances physiopathologiques du comportement du virus
varicella-zoster chez l’homme et les observations préliminaires dans les groupes
d’enfants vaccinés (8) permettent de prédire à terme une diminution
du phénomène de zona, la modélisation des conséquences d’une vaccination généralisée
du petit enfant indique que, après l’introduction de la vaccination généralisée
à un taux de couverture vaccinale suffisant pour interrompre la circulation
du virus, une épidémie de zona toucherait plus de 50% de la population âgée
de 10 à 44 ans (non vaccinée!) et durerait près de 50 ans (14).
Cette épidémie serait engendrée par la disparition des rappels immunitaires
périodiques que constitue jusqu’à présent l’exposition répétée de la population
au virus sauvage.
c. Le taux critique de couverture vaccinale (= taux de couverture nécessaire
pour supprimer la circulation du virus sauvage) est très élevé (97%) (15)
et semble hors de portée de nombreux pays industrialisés, et particulièrement
de la Suisse.
La varicelle en Suisse : état des lieux chez l’enfant
Incidence
Non soumise à déclaration obligatoire, la varicelle
a fait l’objet d’une surveillance particulière par le système Sentinella durant
l’année 1998, dont il ressort qu’environ 60'000 cas se produisent annuellement,
l’essentiel (84%) chez les sujets de moins de 15 ans (16). Cette
observation est vraisemblablement une sous-estimation que corrigent les études
de séroprévalence. Dans un collectif de 1’788 jeunes gens âgés entre 13 et
15 ans et résidant en diverses régions de la Suisse, Heininger & al trouvent
une séroprévalence de 96.5% (IC 95% : 95.7-97.4%) (17). Cette
observation est confirmée par celle de Aebi et al qui indique une séroprévalence
de 96.1% (IC 95% : 93.7-98.5%) chez des enfants entre 12 et 16 ans résidant
dans le canton de Berne (18).
Gravité
La gravité de la varicelle ne peut être évaluée
en Suisse qu’à travers le recensement des hospitalisations. Le nombre annuel
d’hospitalisations pédiatriques en rapport avec la varicelle est estimé entre
70 (19) et 77 (extrapolation à 12 mois des données recueillies
par Swiss Pediatric Surveillance Unit entre avril et décembre 2000
(20)). La majorité de ces hospitalisations (entre 50 (21)
et 58 (20)) sont motivées par la varicelle. Le restant est constitué
de varicelle se manifestant en cours d’hospitalisation pour une autre raison.
Les hospitalisations motivées par la varicelle sont un peu plus nombreuses
chez les enfants immunocompétents (34 (20)) que chez les immunodéficients
(entre 24 (20)et 27 (21)). Chez les enfants immunocompétents,
les complications de varicelle motivant une hospitalisation sont le plus souvent
(75%) une cérébellite transitoire et rarement une forme hémorragique ou une
surinfection cutanée (22). Les évolutions graves sont extrêmement
rares.
La varicelle en Suisse : état des lieux chez l’adulte
L’incidence de la varicelle chez l’adulte est
évaluée aux environs de 9'600 cas par année (16). Ce relativement
petit nombre de cas génère toutefois autant d’hospitalisations (70 (19))
que le très grand nombre de varicelles chez l’enfant, permettant de calculer
un risque relatif d’hospitalisation 25 fois plus élevé chez l’adulte que chez
l’enfant. Si l’on extrapole à l’ensemble de la Suisse les motifs d’hospitalisation
en relation avec la varicelle observés dans les services de médecine d’adulte
(à l’exclusion du département de gynécologie-obstétrique) du CHUV (23),
on obtient les résultats suivants : 7.6 méningites par année, 1.6 encéphalites,
26.6 pneumopathies, 3.8 autres complications, 30.4 hospitalisations sans complications
de varicelle. Dans la casuistique du CHUV, la majorité (89%) des hospitalisations
d’adultes en relation avec la varicelle concerne des sujets âgés entre 16
et 49 ans (23). Les observations du département de gynécologie-obstétrique
du CHUV indiquent, pour le canton de Vaud, une incidence de 0.04% de varicelle
en cours de grossesse (24). Ce chiffre est en accord avec les
observations internationales et permet de prédire pour la Suisse une incidence
de 32 cas par année. Les risques de varicelle en cours de grossesse sont de
trois ordres : gravité accrue pour la mère (à titre d’adulte et aggravé
par l’état de femme enceinte), syndrome de varicelle congénitale et varicelle
périnatale.
Vaccination généralisée contre la varicelle en Suisse ?
Cette question recouvre en fait trois interrogations
distinctes méritant d’être abordées successivement : 1. Que voulons-nous
prévenir en matière de varicelle ? 2. Quelle stratégie devons-nous choisir
pour atteindre nos buts ? 3. Comment allons-nous appliquer pratiquement
la stratégie choisie ?
Que voulons nous prévenir en matière de varicelle ?
Il ressort des observations épidémiologiques
ci-dessus que la varicelle de l’adulte en général, et de la femme enceinte
en particulier, mérite d’être prévenue en raison de la plus grande gravité
dans cette tranche d’âge et des complications fœtales ou néonatales souvent
graves et sans traitement adéquat. La prévention de la varicelle chez l’enfant
immunodéficient est indispensable en raison de son potentiel d’évolution très
maligne.
La prévention de la varicelle « ordinaire »
de l’enfant sain n’est pas prioritaire selon les critères de gravité mais
pourrait se justifier sur une base socio-économique, comme c’est le cas aux
USA, en raison du très grand nombre de sujets concernés (enfants malades et
parents « immobilisés » pour assurer la surveillance de l’enfant).
Les complications de la varicelle chez l’enfant sain sont suffisamment rares,
et dans l’ensemble suffisamment bénignes chez nous, pour ne pas exiger de
prévention à tout prix.
Quelle stratégie devons-nous choisir pour atteindre nos buts ?
La stratégie de vaccination généralisée du petit
enfant permettrait de prévenir la varicelle et toutes ses complications à
tous âges mais engloberait des objectifs qui ne paraissent pas prioritaires
chez nous. De plus, les incertitudes liées aux conditions et aux conséquences
de la vaccination généralisée du petit enfant (cf plus haut) semblent suffisamment
fortes pour ne pas adopter d’emblée cette stratégie.
La stratégie de vaccination généralisée de l’adolescent
suffirait à atteindre l’un des objectif assignés, à savoir la prévention de
la varicelle chez l’adulte et la prévention des conséquences fœtales ou néonatales
de la varicelle en cours de grossesse. La prévention de la varicelle chez
les enfants immunodéficients exige la poursuite de la vaccination sélective
des sujets appartenant à cette catégorie.
En conclusion, la vaccination généralisée des
adolescents et (la poursuite de) la vaccination sélective constituent la stratégie
la mieux à même d’atteindre les objectifs fixés.
Comment allons-nous appliquer pratiquement la stratégie choisie ?
Comme mentionné plus haut, la vaccination exige
deux doses de vaccin chez les sujets de 13 ans ou plus. Il est donc préférable
de cibler les préadolescents (10-12 ans), qui ne requièrent qu’une seule dose.
Ceci est parfaitement possible car les études de séroprévalence indiquent
que le pourcentage de sujets séropositifs atteint son maximum (>96%) à
l’âge de 10 ans et reste constant durant plusieurs années au-delà de cet âge
(18).
De plus, même s’il s’agit par principe d’une
vaccination généralisée, il n’est évidemment pas question de vacciner systématiquement
tous les préadolescents suisses sachant qu’au moins 96% d’entre eux auraient
eu la varicelle avant d’être vaccinés (17, 18). Le problème est
donc d’identifier les préadolescents appartenant aux 4% de sujets n’ayant
pas eu la varicelle avant l’âge de 10 ans !
Trois approches sont envisageables dans ce contexte,
qui sont détaillées ci-après et résumées dans le tableau 1. Les chiffres indiqués
font référence à une cohorte annuelle de 80'000 préadolescents (correspondant
au nombre annuel de naissances en Suisse).
- Contrôle sérologique systématique des préadolescents
et vaccination des sujets séronégatifs (variante « sérologie seule »).
Cette méthode a le mérite de ne proposer la vaccination qu’aux sujets
qui en ont effectivement besoin (3'200) mais exigerait un très grand nombre
de prises de sang et examens sérologiques (80'000) avec les dépenses, les
problèmes logistiques et les occasions d’erreur que ceci comporte.
- Anamnèse systématique (auprès des mères !) et
vaccination des préadolescents sans anamnèse précise de varicelle
(variante « anamnèse seule »). Sachant que, en Suisse, 14%
des anamnèses chez les sujets entre 9 et 18 ans sont négatives ou incertaines
pour la varicelle (25), cette approche reviendrait à vacciner
11'200 sujets. La probabilité qu’une anamnèse positive soit fausse est de
2% et celle qu’une anamnèse négative ou incertaine soit fausse est de 74%
(25), de sorte que cette méthode aboutirait à 1'400 occasions
manquées et 8'300 vaccinations superflues. Bien qu’elle combine gaspillage
et occasions manquées, cette approche a le grand mérite d’être simple et,
pour cette raison, été retenue par l’Allemagne qui l’applique depuis quelques
mois.
- Anamnèse systématique (auprès des mères !),
vérification sérologique chez les sujets avec anamnèse négative ou incertaine,
puis vaccination des préadolescents trouvés effectivement séronégatifs
(variante « anamnèse et sérologie »). La probabilité qu’une
anamnèse négative ou incertaine corresponde à la réalité sérologique étant
de 26% (25), cette approche reviendrait à vacciner 2'900 préadolescents.
Cette variante est plus précise que la précédente, car sans gaspillage,
mais ignorerait aussi les anamnèses faussement positives et générerait également
1'400 vaccinations manquées annuellement. De plus, elle est assez complexe
puisqu’elle fait intervenir plusieurs niveaux de décision. Par contre, puisque
seules les vaccinations démontrées nécessaires seraient proposées, elle
serait vraisemblablement bien perçue par les parents soucieux de limiter
le nombre de vaccinations.
Le nombre des interventions associées à chacune
de ces variantes est résumé dans le tableau 1. A l’évidence, ces trois approches
diffèrent par leur simplicité d’application ou par leur précision dans l’identification
des candidats. Il ressort que la première approche (« sérologie seule »)
serait la plus précise des trois car elle vaccine tous les préadolescents
qui en ont vraiment besoin et seulement les préadolescents qui en ont
vraiment besoin. En revanche, elle impliquerait la logistique la plus complexe.
Tableau 1 : nombre d’interventions
selon la méthode utilisée pour identifier les candidats à la vaccination

|
Plus simple, la deuxième variante (« anamnèse
seule ») atteindrait son objectif en vaccinant 98% de la population préadolescente
non encore immune. En revanche, chaque année, un contingent de1'400 jeunes
gens aborderait l’âge adulte non immuns et constituerait ainsi, au fil des
ans, un pool important de sujets susceptibles.
La troisième approche (« anamnèse
et sérologie ») est intermédiaire sur le plan de la complexité logistique
et de la précision. Elle atteindrait son objectif d’immunisation de la population
préadolescente aussi bien, mais pas mieux, que la deuxième variante.
En l’état actuel des travaux, la variante la
plus adéquate pour la Suisse n’est pas encore déterminée. Il faudra notamment
prendre en compte l’aspect financier, et les études sont en cours pour évaluer
et comparer les frais engendrés par ces différentes approches. Il faudra également
mesurer le degré d’acceptation des médecins praticiens, pédiatres et généralistes,
envers ces diverses variantes. Il peut être intéressant de relever à ce propos
que le médecin traitant, avec sa connaissance de l’anamnèse personnelle et
familiale, est le mieux placé pour « corriger » les effets d’une
anamnèse faussement positive et diminuer ainsi le nombre d’occasions manquées.
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B. Vaudaux, Lausanne |
Claire-Anne Siegrist, Genève |
Références
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of the Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP). MMWR 1996; 45:
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- Statistiques CHUV-HEL 1999-2000
- Satistiques CHUV 1991-2001
- Dr Y. Vial, communication personnelle
- Baer G & al. ICAAC 2001 ; abst G-1549
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Parution le 15 décembre 2002
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