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Plagiocéphalie postérieure d'origine positionnelle: un mal de société ? (pdf)
Sous ce titre volontairement provocateur, les auteurs de ces lignes, neurochirurgiens avec un intérêt particulier au domaine pédiatrique, tentent de répondre à la question posée. Historique:L'incidence des aplatissements postérieurs du crâne,
qu'ils soient uni- ou bilatéraux, a augmenté d'une
manière exponentielle depuis la publication en 1992 des résultats
d'une enquête multinationale qui étudiait la relation
entre la position de du nourrisson pendant le sommeil et la fréquence
du syndrome de la mort subite. Par la suite les services de la santé
publique américaine ont initié la "Back to sleep
campaign" qui recommandait que les nourrissons soient installés
en position couchée sur le dos ou le côté, la
position de pronation étant totalement proscrite. Certains chirurgiens ont peut-être trop rapidement assimilé ces déformations à celles que l'on peut rencontrer dans la plagiocéphalie postérieure unilatérale par synostose lambdoïde et ont proposé un traitement chirurgical consistant en une synosoectomie ou remodelage de l'arrière crâne par transposition d'un grand volet osseux. Il faut dire que cette démarche chirurgicale a été probablement influencée par une publication émanant du groupe neurochirurgical du Sick Kids Hospital de Toronto qui recommandait dans les années 80 la synosoectomie(3) à une époque ou la plagiocéphalie postérieure d'origine positionnelle (PPOP) n'était pas encore reconnue comme telle. Pour avoir nous-mêmes pratiqué cette intervention à de très rares occasions jusqu'en 1994, nous avons été frappés de constater que la suture n'était jamais fermée au sens d'une vraie synostose, mais que la table interne était hypertrophiée par apposition osseuse en bordure de la suture. Cependant, ces opérations exposaient les enfants au risque de toute intervention sur la boîte crânienne, c'est-à-dire essentiellement une hémorragie per- et postopératoire et les résultats étaient parfois décevants car l'enfant se positionnait de lui-même dans le lit comme avant l'intervention et la partie de la boîte crânienne qui avait été remodelée se déformait à nouveau aussitôt.
Les examens au CT avec coupes axiales et reconstruction tridimensionnelle pratiqués au début de notre expérience de la PPOP (abandonnés depuis lors, de même que toute autre forme d'imagerie tel que l'IRM et finalement les radiographies avec incidence de Worms qui permet de bien dégager l'os occipital, le tableau clinique étant tellement stéréotypé) ont confirmé que cette hypertrophie osseuse est la règle dans les PPOP et résulte d'une contrainte externe sur la suture lambdoïde. Cette hyperostose parasuturaire (fig. 1 et 2) qui souligne une suture toujours ouverte n'est malheureusement pas encore reconnue par un certain nombre de radiologues qui continuent de parler de synostose lambdoïde. Dès que la PPOP a été reconnue comme entité propre, l'incidence de la plagiocéphalie postérieure par vraie synosotose lambdoïde a chuté au point de représenter dans notre collectif Vaud-Genève qu'un cas en 8 ans (chez un enfant qui présentait par ailleurs une déformation asymétrique sur le plan de la hauteur des 2 rochers et mastoïdes et a eu besoin d'une intervention de remodelage complexe). Epidémiologie :L'épidémie de crâne plat se confirme dans la plupart
des centres européens. Ainsi à Birmingham, si l'incidence
de la plagiocéphalie postérieure d'origine synostotique
est chiffrée à 3,4 % de toutes les crâniosynostoses,
la PPOP concerne 1/50 à 1/3 des naissances. Si l'on considère l'épidémie que représente
actuellement la PPOP, il faut bien admettre qu'avant les recommandations
la campagne " back to sleep ", ces situations étaient
bien moins fréquentes et n'étaient pas reconnues comme
telles ; les pédiatres disaient habituellement aux parents
que ces déformations se corrigeaient d'elles-mêmes. Nouveaux traitementsEn 1993, à l'occasion du congrès de la société européenne de neurochirurgie pédiatrique qui s'est déroulé à Lyon, les auteurs de ces lignes ont eu l'occasion d'entendre une communication sur la PPOP présentée par des collègues américains qui avaient commencé à traiter ces déformations par des orthèses avec d'excellents résultats et avaient totalement renoncé à des interventions de remodelage. Le principe de ce traitement a bientôt été adopté en Europe puis en Suisse. Etiologie :Les facteurs qui prédisposent à la déformation
bénigne de la partie postérieure du crâne sont
multiples, mais avant tout c'est l'adoption de la position à
plat sur le dos, à l'exclusion absolue de toute autre position
pour coucher le nourrisson. Près de 3/4 des nourrissons qui
présentent une PPOP sont des garçons. Cette prédominance
masculine est attribuée au fait que les garçons ont
tendance a être plus hypotones et moins actifs que les filles
dans les premier mois de la vie. S'agissant d'une déformation
acquise, on voit mal comment expliquer autrement cette prépondérance
des garçons. Approche thérapeutique :Au début de notre expérience, nous avions l'habitude
de voir des nourrissons vers l'âge de 6-7 mois, parce que
le pédiatre, inquiet de ne pas voir la déformation
se corriger, l'adressait en neurochirurgie. Ces 3 dernières
années, l'âge au moment de la première consultation
s'est sensiblement abaissé, se situant actuellement vers
4 mois. Ceci permet dans un certain nombre de cas de proposer la
physiothérapie, spécialement s'il existe un torticolis
fonctionnel et d'insister sur les manuvres de positionnement
alterné de la tête afin d'obliger le nourrisson qui
présente une telle déformation à mettre la
tête sur le côté opposé, la visite de
contrôle un mois à 6 semaines plus tard permettant
de décider si, la déformation se corrigeant, le traitement
physique doit être poursuivi ou si une traitement par orthèse
doit être initié. Lors du premier contact à la consultation de neurochirurgie, on
s'attachera à confirmer le caractère positionnel de la déformation.
Un examen en vue supérieure de la tête permet de constater
une déformation avec méplat occipital, propulsion de l'oreille
homolatérale vers l'avant, la distance conduit auditif externe-canthus
externe étant plus courte du côté atteint. Du fait
de l'aplatissement postérieur, il existe souvent une bosse frontale
compensatrice homolatérale alors que la région fronto-temporale
controlatérale a un aspect fuyant, le tout conférant au
crâne vu d'en haut une forme de parallélogramme.
Si un traitement par orthèse (fig. 3) est indiqué, l'enfant est dirigé vers le service d'ergothérapie. Le moulage de l'empreinte sur la tête de l'enfant est le seul moment un peu pénible mais avec l'expérience des ergothérapeutes ce geste ne dure pas plus d'une demi-heure et se fait sans aucune sédation, habituellement en la présence rassurante des parents.On obtient un positif, par coulage de plâtre dans l'empreinte moulée précédemment, qui sert de base pour la modification de la forme du crâne en appliquant une masse de silicone qui va redonner un galbe normal à l'ensemble du crâne. Ainsi est créée une zone d'expansion (fig. 4) entre les points de fixation et de légère compression que comporte l'orthèse qui est réalisée dans un matériau thermoformable recouvert à l'intérieur d'une mousse protectrice. L'ajustement et les finitions sont réalisées directement sur le crâne de l'enfant. Au moment de la livraison, les ergothérapeutes prennent un soin particulier à enseigner au parents comment mettre en place ce petit casque et le faire porter progressivement jusqu'à 22 heures sur 24 ainsi que de bien surveiller les points d'appui et dépister les rougeurs éventuelles qui doivent être massées et nécessitent parfois une correction de l'orthèse toujours possible puisqu'il s'agit de matériel thermoformable. Les enfants sont suivis régulièrement en ergothérapie (toutes les 2 à 3 semaines). Des contrôle médicaux en milieu et en fin de traitement sont prévus.
Résultats :Entre janvier 1995 et avril 2002, plus de 360 enfants ont été traités par orthèse à Lausanne et Genève pour une PPOP, la prédominance masculine est très nette dans notre collectif avec un sex ratio de 3/7 en faveur des garçons. Durant la même période, 80 enfants porteur d'une PPOP mineure ou modérée ne justifiant pas de traitement par orthèse ont été examinés. Bien que le suivi de ces patients non traités par orthèse n'ait pas été organisé comme pour les patients pris en charge en ergothérapie, l'enfant étant remis pour la suite à son pédiatre, nous n'avons pas connaissance d'enfant présentant de déformation séquellaire notable. Les résultats des traitements avec orthèses de la PPOP donnent des résultats très favorables avec une excellent correction de la déformation plagiocéphalique avec des durées de traitement moyenne de 12.47 semaines (extrêmes 2-65 semaines). Il a été nécessaire de confectionner une 2ème orthèse dans 1/3 des cas et une troisième orthèse dans - de 5%. des cas. Aucun des enfants n'a vu une réapparition de la PPOP après le sevrage de l'orthèse. Vles et coll. ont revu leur collectif de 105 enfants en comparant les enfants traités par des manuvres de positionnement et ceux traités par orthèses en utilisant une échelle de satisfaction cosmétique avec évaluation par les parents. Les résultats sont statistiquement meilleurs dans le groupe avec casque, la correction de la forme du crâne étant obtenue également plus rapidement avec le traitement par orthèse(6). Conclusions :Au terme de cette revue d'une situation qui devient de plus en
plus fréquente, il convient de
Remerciements: aux ergothérapeutes du CHUV: Mesdames S. Ringger et D. Bousseau.
Références: 1. Littlefield T, Pomatto J, Kelly K. Dynamic orthotic cranioplasty: treatment of the older infant. Report of four cases. Neurosurgical Focus (electronic publication) 2000;9(3):Article 5, 1-4. 2. Miller R, Clarren S. Long-term developmental outcomes in patients with deformational plagiocephaly. Pediatrics 2000;105(2):E26 , 1-5. 3. Muakkassa K, Hoffman H, Hinton D, Hendrick E, Humphreys R, Ash J. Lambdoid synostosis. Part 2: Review of cases managed at the Hospital for Sick Children, 1972-1982. J Neurosurg 1984;61:340-347. 4. Rekate H. Occipital plagiocephaly: a critical review of the literature. J Neurosurg 1998;89:24-30. 5. Tschopp H. Aspects de la dysmorphophobie considérés sous l'angle de la chirurgie plastique. Hexagone Roche 1987;15:18-24. 6. Vles J, Colla C, Weber J, Beuls E, Wilmink J, Kingma H. Helmet versus non-helmet treatment in nonsynostotic positional posterior plagiocephaly. J Craniofac Surg 2000;11:572-574. Dernière modification: 18.10.2002 | |||||||||||||
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