Commentaire sur l’article de M. Hämmerli et S. Mühlebach : Y a-t-il un risque cardio-vasculaire à la prescription de méthylphénidate ? PAEDIATRICA 13(1);2002:34-37.


Tout méritoire que soit le souci de spécialistes sur les effets secondaires de médicaments fréquemment prescrits, tout aussi étonnant apparaît l’exclusion d’une substance utilisée fréquemment depuis des décennies et - comme les auteurs le démontrent eux-mêmes - absolument pas préoccupante quant à sa cardiotoxicité. Il est dommage que l’on y postule des prescriptions d’administration qui ne cadrent pas avec la réalité et montrent que les auteurs n’ont qu’une connaissance théorique du traitement médicamenteux de l’ADHD. Il est encore une fois dommage qu’à cette occasion il ne soit pas davantage fait référence aux recommandations actuelles de l’Académie Américaine de Pédiatrie qui viennent de paraître (1), dans lesquelles, d’une façon caractéristique, l’on ne parle pas de la possibilité d’effets secondaires cardiovasculaires, car ceux-ci n’ont jusqu’ici pratiquement jamais été observés lors d’usage thérapeutique correct de stimulants.


Dans le détail, les rectifications suivantes sont importantes pour le pédiatre praticien :

  • Ce n’est pas que depuis quelques années seulement que la prescription de méthylphénidate a pris une grande importance aux USA : depuis les années 60, ce traitement y a été reconnu et des controverses au sujet de son utilisation y sont sans cesse survenues - comme elles sont également devenue la règle ici . Moi-même - comme d’autres collègues - j’utilise cette substance depuis plus de 25 ans et j’ai été toujours surpris de la retenue de beaucoup de confrères ici à prescrire ce médicament car, également en Europe, d’excellentes expériences ont été depuis longtemps rapportées (voir p.ex. 2,3).

  • L’augmentation de la prescription de stimulants aux USA et actuellement aussi en Europe est en premier lieu consécutive à la bonne efficacité de cette médication et à la reconnaissance qu’un traitement ininterrompu durant des années, depuis l’enfance jusqu’à l’adolescence, puis à l’âge adulte promet le plus de succès.

  • Toutes les investigations importantes montrent qu’un traitement par des stimulants ne fait que normaliser des systèmes neurotransmetteurs dopaminergiques et noradrénergiques hypoactifs et n’a ainsi pas les effets pharmacologiques de « stimulation locomotrice, euphorie, etc. » rapportés par ces auteurs (qui correspondent à une hyperstimulation !), mais plutôt les buts thérapeutiques désirés suivants, tels qu’ils ont été résumés en 1997 dans une méta-analyse de pédopsychiatres américains (4) :

    • Hyperactivité

    se « normalise »
    les bavardages à l’excès, les bruits excessifs et le fait de déranger les autres disparaissent
    l’écriture s’améliore
    la motricité fine s’améliore

    • Socialisation

    reste sur son travail (tâches à domicile !)
    meilleur comportement lors des jeux, peut s’occuper
    moins bagarreur, moins de frustrations
    comportement plus tranquille, mieux adapté à la situation
    intégré à la gymnastique et aux jeux
    mieux accepté par les autres enfants
    comportement moins agressif, moins de bravades
    amélioration des relations parents-enfants, décrispation du climat familial
    Les parents et enseignants modifient leur avis et voient leur enfant de manière plus positive

    • Amélioration cognitive

    la concentration s’améliore, surtout lors de tâche relativement monotone
    moins facilement distrait
    amélioration de la mémoire courte
    disparition des réactions impulsives, réfléchit auparavant
    meilleur accès à la mémoire (informations enregistrées)
    peut travailler plus longtemps
    travaille de manière plus exacte

  • Ces effets sont obtenus aussi bien par le méthylphénidate que par les amphétamines (5), mais, pour un cas particulier, on ne peut pas prédire à quelle substance un individu répondra le mieux. Contrairement au méthylphénidate, les d-amphétamines sont autorisées aux USA dès l’âge de 3 ans et lors de dosage adéquat s’avèrent très utiles dans de nombreux cas, p.ex. dans des situations à risque de maltraitance infantile. Ceci est également vrai pour le méthylphénidate, pour lequel on dispose également de beaucoup d’expérience pratique sur de petits enfants. Toutefois Novartis n’a jamais trouvé utile de faire enregistrer ce médicament pour les jeunes enfants, un fait également existant pour beaucoup de médicaments en pédiatrie.

  • Il est à juste titre proposé un dosage progressif, qui devrait en tout cas se faire par paliers de 2,5 mg. Une augmentation de la dose de 5 à 10 mg par semaine est trop rapide et il s’est également avéré utile de ne commencer d’abord qu’avec une dose matinale (devise : « quelle dose agit combien de temps ? »). Je suis des enfants chez qui 2,5-5 mg le matin suffisent pour toute la journée et d’autres qui ont besoin de 20 - 30 mg toutes les 3 heures, c’est-à-dire que la dose maximale acceptée de 60 mg ne correspond pas à la réalité (à nouveau un « problème » du fabriquant).

  • Que dans les recommandations anglaises (pourquoi n’a-t-on pas consulté les recommandations américaines actuelles ?) il soit indiqué qu’il n’existe pas de travaux sur les effets secondaires d’un traitement au long cours peut être exact, mais nous savons que pour beaucoup de médicaments bien étudiés (p.ex Teldane ®, Hismanal®, Prepulsid®) ce n’est que l’expérience issue de la pratique quotidienne qui a pu montrer la survenue d’effets secondaires indésirables. Pour les stimulants, qui sont utilisés en masse depuis des décennies, ceci n’a justement pas été le cas jusqu’ici !

  • Les expériences cliniques effectuées jusqu’ici, qui dans la règle maintiennent un traitement durant des années, montrent, en accord avec les recommandations de tous les experts de l’ADHD, que la prescription de stimulants avec une indication correcte et à dose exacte ne comporte pas de risque cardio-vasculaire. Le traitement de base de l’ADHD par des stimulants constitue ainsi un soutien efficace, précieux et avec peu d’effets secondaires indésirables (6), qui permet à l’enfant de montrer ses vraies capacités, ses talents et sa créativité.


M. Ryffel
, Münchenbuchsee

(Trad. R. Tabin, Sierre)


Références :

voir texte allemand.

Réponse de M. Hämmerli et S. Mühlebach


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Dernière mise à jour du site: 25.06.2008