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Le calcium à l'adolescence
: quoi de neuf ? 
Au cours des dernières décennies, l’étude du statut calcique de l’organisme
a fait l’objet de nombreux travaux, tant de la part des pédiatres que des internistes
(1, 2, 3).
De nouvelles méthodes d’exploration, en particulier l’absorption biphotonique,
sont venues compléter les possibilités d’explorations par techniques de bilans.
De nouvelles informations sont par ailleurs apparues quant aux consommations
de calcium et au statut vitaminique D aux différentes périodes de la vie et
particulièrement, de la pré-adolescence et de l’adolescence.
Certains faits étaient connus depuis de nombreuses années et ceci aux diverses
étapes de l’âge pédiatrique : un stock calcique néonatal à terme d’environ
30g, avec une accrétion journalière moyenne de 150mg au cours de la première
année de la vie et un stock calcique de 80g à l’âge d’un an ; une fixation
de 80 à 130 mg/jour entre 2 et 9 ans avec un stock de 400g à 10 ans (3) ;
enfin entre 10 et 20 ans, l’accrétion calcique se majore de 150 à 400mg/jour
selon le stade pubertaire, plus élevée aux stades 3 à 5 de Tanner (300 à 400mg/jour),
qu’au stade I et II (150 à 300 mg/jour) (1, 2,
3). Le peak bone mass peut atteindre 900 à 1 000g dans le
sexe féminin et 1 200 à 1 300 g dans le sexe masculin (1,
3). Le niveau du peak bone mass est un facteur déterminant
du risque ultérieur d’ostéoporose et de ses complications après l’âge de cinquante
ans et ceci particulièrement dans le sexe féminin. Cette réalité est particulièrement
préoccupante quand on prend en compte l’allongement régulier de la médiane de
survie en Europe de l’Ouest (4).
Il était également bien établi que la constitution du peak-bone-mass était
dépendante de la conjonction de plusieurs facteurs entre l’âge de 10 ans et
de 20 ans :
- un apport calcique réévalué en 2001 à 1 200mg/jour avec un apport phosphoré
de 800mg/jour : ces valeurs restant inférieures aux recommandations Américaines
(5),
- un apport en magnésium de 280 à 400mg/jour (5),
- un statut vitaminique D normal,
- une activité physique régulière.
Quels sont les éléments apparus au cours des dernières années susceptibles
d’interférer avec la constitution du stock calcique ?
Plusieurs méritent d’être soulignés.
- En première ligne, figurent des facteurs génétiques évoqués par POCOCK
en 1987 puis confirmés par d’autres équipes (6).
- En seconde place, il faut prendre en compte plusieurs études intéressant
le rôle des supplémentations en calcium pendant plusieurs mois ou années.
La littérature apporte des résultats concordants quant au bénéfice de telles
supplémentations mais avec comme réserve que les résultats sont variables
en fonction de l’apport de calcium avant toute supplémentation : meilleurs
pour des apports spontanés inférieurs à 880mg/jour et de toute façon couplés
avec un accroissement parallèle de remodelage des os, de leur taille, tout
en sachant qu’il existe néanmoins des variations selon les os étudiés (7,
8) ; WOSJE a récemment réinsisté sur l’accroissement
sous supplémentation des vertèbres dans la phase prépubertaire et sur l’augmentation
chez les plus jeunes de la densité des corticales de l’os (9).
- Un troisième groupe d’informations est issu des résultats de plusieurs
enquêtes françaises sur la consommation de calcium entre 10 et 15 ans dans
les milieux ruraux ou urbains ; si pour les adolescents, les apports
quotidiens se situent en moyenne à 1 040mg, ils sont réduits à 820 mg chez
les adolescentes ce qui signifie que pour plus de 30% d’entre elles, il existe
un risque d’être en bilan calcique négatif. Il faut ajouter que ceci correspond
en règle à des apports insuffisants de produits laitiers qui ont une biodisponibilité de
25 à 35 %, bien meilleure que celle des sources végétales (5,
10).
- La réévaluation dans plusieurs pays des apports nutritionnels conseillés
en calcium est par ailleurs justifiée par de nouvelles données intéressant
le métabolisme du calcium (11). Il apparaît en effet que
les pertes insensibles au niveau cutané sont à = 40 mg/jour, ce qui correspond
à 200mg d’apport ; ces données ont été sous-estimées de même que le niveau
des pertes urinaires liées aux apports de protéines et de sodium (11).
- Un cinquième facteur très important est celui du statut en vitamine D ;
plusieurs études récentes viennent de montrer que dans la population des adolescents,
et même en fin d’été, les taux de 25 OH D sont inférieurs à 10 ng/ml pour
25 % des sujets et même inférieurs à 6 ng pour 10 % d’entre eux. Une élévation
de la iPTH est associée aux valeurs les plus basses de 25(OH) D ; ces
anomalies sont corrigées après une supplémentation en vitamine D de 100
000 U en début et en fin d’hiver (UVEDOSE Ò Crinex);
elles persistent ou s’aggravent en l’absence de prescription de charges vitaminiques
(12).On peut ajouter de façon plus marginale qu’aux publications
déjà anciennes de rachitisme chez des adolescents vivant en Europe et généralement
transplantés d’Asie ou d’Afrique, sont venues s’ajouter des données plus récentes
confirmant ces faits. Ceci est à prendre en considération au moment où les
mouvements de populations depuis l’Asie et l’Afrique se sont très largement
amplifiées.
- Enfin, plusieurs études récentes confirment le rôle très important de l’activité
physique sur l’accrétion calcique - dans les périodes entourant la puberté
(13) : les mesures par absorpsiométrie biphotonique
chez les adolescents pratiquant le tennis et le squash permettent d’apprécier
par comparaison entre les deux bras le rôle essentiel de l’activité physique,
avec pour le bras dominant un contenu minéral de 10 à 30 % supérieur à celui
de l’autre bras (14, 15). Ce résultat
est à souligner quand on observe que nombre de jeunes se cantonnant à des
« activités de télévision » et/ou d’ordinateur, c’est-à-dire à une
activité physique très réduite. A l’opposé, il faut aussi réfléchir à la situation
des adolescents pratiquant le sport de façon intensive ou très intensive c’est-à-dire
plus de 10 heures ou de 15 heures par semaine. Dans ce groupe certes limité,
les jeunes filles gymnastes ou patineuses ont fréquemment un retard de développement
statural et pubertaire en rapport avec des apports énergétiques insuffisants,
une masse grasse très faible et des taux sanguins d’oestrogènes réduits. Il
peut parallèlement exister une réduction de leur peak bone mass donc un risque
plus grand de fractures, de fatigue et un risque ultérieur d’ostéoporose plus
élevé. Même si des rattrapages sont possibles après l’arrêt de l’entraînement
intensif, une attention très particulière doit être apportée à leur prise
en charge nutritionnelle (15).
- Pour terminer, il faut aussi rappeler le rôle délétère pour le développement
osseux de certains poisons sociaux comme le tabac et l’alcool mais aussi celui
de la caféïne ; ceci doit être répété aux adolescents et à leurs familles
quand on sait la place croissante de ces nouvelles habitudes entre 12 et 16
ans (16).
CONCLUSIONS:
Pour tous les adolescents et pré-adolescents suivis dans nos consultations,
il apparaît particulièrement utile de répéter et d’expliquer l’importance d’un
apport calcique de 1200mg/jour assuré pour au moins 60 % par des laitages, d’y
associer des conseils quant à l’apport de magnésium et de prescrire au début
et en fin d’hiver, une supplémentation de 100 000 UI de vitamine D. A ces impératifs
nutritionnels, il faut ajouter, en direction des pouvoirs publics, qu’un minimum
d’une heure de sport chaque jour devrait être inclus dans l’emploi du temps
de tous ces jeunes.
J.-F. Duhamel, M. Laurans, A. Hamel, N. Bach, Caen
Correspondance:
Prof. J.-F. Duhamel, CHU Clémenceau, AV. Clémenceau, 14033 Caen - France
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