TarMed : " Les belles promesses rendent les fous joyeux "


En 1989, H.-H. Brunner, responsable pour la FMH du projet de révision générale des tarifs médicaux (GRAT), nous assurait que les pédiatres allaient largement bénéficier de la redistribution des revenus consécutive à l'élaboration d'un nouveau tarif " scientifique " fondé sur les principes de l'économie de marché. Les inconvénients liés à la prise en charge de petits enfants seraient pris en compte ; les pédiatres conviés à toutes les discussions d'experts chargés d'établir le temps consacré à chaque prestation ; un supplément (" GRAT-Kind ") introduit dans la tarification de toutes les prestations appliquées aux petits enfants. A part quelques " Cassandre ", la plupart des pédiatres se réjouissaient de la venue de ce nouveau tarif.

Douze ans plus tard, après l'approbation des principes du TarMed par la Chambre médicale du printemps 2000, les interventionnistes (FMS) ayant " hurlé à la mort ", leurs actes faisaient l'objet d'une réévaluation au détriment de la valeur des prestations de base ; le GRAT-Kind avait disparu (sauf pour les opérateurs) ; contrairement à ce qui nous avait été promis jusqu'à l'été 2000, avec la version TarMed 1.0 les prestations de nos assistantes ne pouvaient plus être facturées comme du " temps médical " ; les " urgences ", à l'exception des rares cas examinés immédiatement et sans rendez-vous, n'étaient plus rétribuées d'un supplément. Pourtant, bien que diverses projections, dont l'essai pratique réalisé à Genève sur la base de la version a 2.2, aient montré une diminution prévisible des revenus des pédiatres avec l'application du TarMed (pédiatrie -9% / chirurgie +24% ! ), …nous restions encore confiants dans un tarif équitable garant d'une vraie ré-équilibration des revenus. Puisque nous étions presque tout en bas, nous devions forcément monter.

Ce n'est que devant les " jérémiades " répétées de nos confrères radiologues, chirurgiens et psychiatres que nous avons pris la peine de comparer avec les nôtres les rétributions horaires de différents spécialistes, …et là, oh horreur, dans le barème des prestation médicales (PM) du TarMed, nous nous sommes aperçus, un peu tard, que les pédiatres étaient toujours en queue de liste, les autres gagnant souvent 50 à 150 % de plus que nous pour les actes spécifiques à leur discipline. Nous avons alors interpellé la FMH, criant à la trahison !

Suite à cette intervention, une délégation de la SSP a été convoquée en urgence à Berne le 24 avril dernier et reçue par le délégué TarMed, W. Häuptli, accompagné du président HHB. Dans la discussion, nous avons fait valoir que nous étions les seuls médecins de premier recours à percevoir plus de 80 % de nos honoraires sur les prestations de base (PM : Fr. 1.84 / min.) ; que notre personnel, bien que travaillant très souvent directement avec les patients, n'effectuait aucun geste spécifique (ECG, Rx, laboratoire) rétribué par le tarif ; que le supplément de personnel nécessaire pour les soins aux petits enfants (GRAT-Kind) nous avait été retiré ; que nos frais généraux avaient été sous évalués, parce que nous faisions souvent nos rapports nous-mêmes, le soir, que nos épouses s'occupaient de la comptabilité et souvent du ménage, et que l'étude " RoKo " était donc faussée ; que nous perdions enfin le bénéfice de notre engagement " à la carte " pour les urgences, qui représentent près de 40 % de notre activité quotidienne, ces consultations " du jour ", ajoutées entre deux rendez-vous ou faites le soir après les consultations de routine, n'étant plus considérées comme " urgences " au sens du TarMed. Sur les quatre premiers points, nous avons été entendus. La FMH a proposé une étude par sondage dans 6 cantons pour évaluer les frais de personnel réels et non rétribués des cabinets de pédiatrie. Cette étude est en cours et, dans le cadre du remaniement tarifaire (" re-engineering "), devrait conduire à une réévaluation de la partie technique (PT) de nos prestations. Pour les urgences, le problème n'est pas résolu.

Entre-temps, les deux réunions récentes de la Chambre médicale ont abouti à un renvoi de la votation sur le TarMed après les négociations de " re-engineering ", soit en 2002. Faut-il encore croire à un résultat favorable pour les pédiatres de ces nouvelles négociations ? Obtiendrons-nous une meilleure indemnisation pour les urgences ? Que deviendront pendant ce temps les pédiatres des cantons défavorisés par les tarifs actuels, qui perdent jusqu'à 30 % sur le TarMed ? Un conseil, chers confrères, NE VOUS REJOUISSEZ DONC PAS TROP !


A. Regamey, Morges

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Dernière mise à jour du site: 25.06.2008