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Ostéopathie, immunostimulation et homéopathie :
de l'espoir à l'évidence 
Dr. Joachim Fischer
Division d'épidémiologie clinique
Horten-Zentrum
Hôpital universitaire de Zürich
Les parents qui amènent leur enfant chez le pédiatre attendent
de celui-ci conseils, aide ou réassurance. Cette observation banale s'applique
aux vaccinations, aux examens du développement, et également à des consultations
pour otalgies aiguës ou chroniques, à une otite perforée ou à tout autre signe
indiquant une quelconque maladie. Les parents arrivent à la consultation avec
leurs propres conceptions des traitements, soins ou régimes qu'ils souhaitent
pour leur enfant. Ils sont parfaitement libres de chercher assistance et conseils
là où ils veulent. Il sont prêts, en théorie, à recevoir n'importe quelles
prestations thérapeutiques. Celles de la médecine conventionnelle, enseignée
et pratiquée dans les universités, fondée sur la recherche médicale issue des
connaissances biologiques ; soit celles des thérapies non conventionnelles,
comme l'homéopathie, l'ostéopathie, la phytothérapie, l'acupuncture,
l'« Ayurveda » ou la médecine chinoise. Les médecins offrant
à leurs patients un peu de ces deux type de médecine ne sont pas rares.
Qu'est-ce qui est utile ? Qu'est-ce qui
est efficace ? C'est là toute la question !
Les perspectives
Le jugement porté sur l'utilité ou l'efficacité d'une mesure
médicale est fortement influencé par les références de l'observateur. D'autres
critères que ceux du médecin peuvent avoir une importance pour l'enfant ou les
parents. L'épidémiologue clinique portera, lui, un jugement encore différent,
peut-être plus nuancé, se concentrant sur « l'effet moyen escompté »
pour un ensemble de patients. L'enfant, les parents, le médecin ne s'intéressent
eux qu'au cas particulier et à une évolution favorable. Pour ceux qui proposent
des prestations parfois concurrentes (fabricants de médicaments allopathiques
ou alternatifs, p.e.) ou dans la perspective des assureurs, responsables du
paiement des prestations, les critères de succès ne sont pas non plus identiques.
En cas d'otite, l'enfant a mal, il pleure et les parents viennent chercher du
secours chez un « prestataire de soin » (voir figure
1). Tous les thérapeutes potentiels seront d'accord que le succès du traitement
se mesurera à la disparition des douleurs, au rétablissement du patient et à
l'absence de rechute et d'effets secondaires. Etant donné que les maladies des
voies aériennes supérieures, y compris les otites, finissent presque toutes
par guérir spontanément, l'épidémiologiste clinique considèrera d'un oeil
critique les mesures prises, indépendamment du fait qu'il s'agisse d'antibiotiques
ou de globules. Sa question sera la suivante : Y a-t-il des études bien
conduites démontrant « au-delà des doutes raisonnables » l'efficacité
de la méthode thérapeutique considérée1,2 ?
Dans l'otite, les points importants pris en compte seront :
- Amélioration de la symptomatologie par rapport à l'évolution spontanée
de la maladie ;
- Effets secondaires minimes ;
- Absence de séquelles à long terme ;
- Pas de retard dans la mise en oeuvre d'une thérapie efficace ;
- Pas d'accroissement des risques en cas d'échec.
Ce traitement aide-t-il aussi les parents à mieux vivre la maladie de leur
enfant ?
Figure 1 :
Conditions préalables à l'intervention : les parents viennent chercher
aide et conseils lorsqu'ils craignent que l'évolution spontanée n'aille pas
vers une diminution rapide des symptômes et vers la guérison

Conséquences des études épidémiologiques
Deux exemples montrent l'importance des réponses à ces
questions :
Jusqu'en 1990, une majorité de pédiatres conseillait aux
parents de coucher les nourrissons sur le ventre pour dormir. Un raisonnement
assez logique leur faisait penser que les bébés sur le dos couraient plus de
risques de broncho-aspiration qu'en position ventrale. Par conséquent, cette
position aurait dû diminuer les risques de mort subite du nourrisson. Or, des
études épidémiologiques, réalisées entre autre en Rhénanie-Westphalie, sont
venues démontrer que ce conseil avait eu au contraire des conséquences mortelles
pour de nombreux nourrissons. Aussi, en 1994, les Etats-Unis déclenchèrent une
campagne nationale « back to sleep ». En l'espace de quatre
ans, le pourcentage de nourrissons couchés habituellement sur le ventre passa
de 44 % à 17 % et dans le même temps, le taux de mort subite diminua de 38 %.
Dans cette campagne, les conseils du médecin traitant de l'enfant étaient ceux
qui avaient eu la plus grande influence sur le choix de la position de sommeil
(bénéfice relatif de 3.3, sur un maximum de 6 en cas d'informations concordantes
de différentes sources).3,4
Deuxième exemple : Dans une étude, effectuée en Hollande dans 53 cabinets
de médecins généralistes, portant sur l'otite moyenne aiguë (OMA) de l'enfant
et visant à comparer un traitement avec un placebo, on a pu observer un taux
de guérison (disparition des douleurs et de la fièvre) de 80 % dans le groupe
placebo. Pour un seul cas de guérison supplémentaire, sept enfants qui auraient
guéri spontanément devaient être traités. Quel était donc le traitement testé ?
Il ne s'agissait pas d'une méthode alternative, comme oscillococcinum dynamisé,
extraits de plantes à concentrations homéopathiques, préparations à base d'échinacée
ou autre immunostimulant ; il s'agissait simplement de l'amoxicilline5,
un antibiotique. De son côté, la « Collaboration Cochrane », dans
une revue de toutes les études soigneusement effectuées relatives à l'efficacité
des antibiotiques dans l'OMA, conclut à un bénéfice encore moindre : aucune
différence entre antibiotique et placebo pendant les premières 24 heures ;
nécessité ensuite de traiter 17 enfants pour qu'un seul présente entre le deuxième
et le septième jour une amélioration clinique par rapport à l'évolution spontanée.
Il semble donc n'exister aucune preuve statistique justifiant la prescription
immédiate d'antibiotiques, par rapport à une attitude initiale de simple soutien
symptomatique, dans tous les cas d'OMA. En conséquence, la prescription d'antibiotiques
dans les OMA devrait maintenant se limiter à quelques indications bien précises.
Pourtant le taux de prescription de ceux-ci en première intention est encore
de 38 % en Hollande et jusqu'à 98 % aux USA.6
Puisque les antibiotiques ne sont pas clairement indiqués
dans la plupart des cas d'OMA, qu'est-ce que le pédiatre pourrait,
devrait ou serait autorisé à offrir comme alternative ?
Le désir d'alternative
En 1993, en Suisse, près de 40 % de la population s'est tourné
vers une ou plusieurs thérapies non conventionnelles.7
Ces statistiques sont pratiquement identiques à celles d'autres pays industrialisés
occidentaux ! Aux USA, les épidémiologistes ont également noté une augmentation
constante de l'utilisation des thérapies non conventionnelles. En 1991, 34 %
de la population reconnaissait avoir utilisé au moins une méthode alternative8 ;
en 1997, ils étaient 46 %.9 L'ensemble des dépenses
payées de la poche même des patients pour des thérapies alternatives s'élevait
à 27 milliards de dollars par année, soit environ 100 dollars par habitant.
Ces sommes dépassent même les dépenses consenties pour des consultations privées
chez les médecins.
En Suisse, dans le cadre d'un projet financé par le Fonds
National, l'assurance Helvetia a conduit l'étude suivante : 6594 assurés
se sont vus offrir la couverture complète de tous les frais de thérapies non
conventionnelles ; 4681 assurés d'un deuxième groupe avaient la possibilité
de conclure une assurance complémentaire pour ce type de traitement, moyennant
un supplément de cotisations ; les 547'785 autres assurés de la caisse
servaient de groupe contrôle. L'étude a montré une augmentation des dépenses
pour les thérapies non conventionnelles de 6,6 % dans le premier groupe sans
que cela n'entraîne une différence dans le coût global des traitements et sans
différence dans l'évaluation subjective de la qualité de vie ou du niveau de
santé des assurés. Seul un tout petit nombre d'assurés ne se sont tournés que
vers les méthodes non conventionnelles, par opposition à la médecine traditionnelle ;
en grande majorité, les assurés ont utilisé les méthodes non conventionnelles
en parallèle et en complément de cette dernière.7
Quelles sont les vertus prêtées à ces thérapies alternatives
et susceptibles d'expliquer ce « boum » ? D'après une étude américaine,
voici ce que les patients en attendent10 :
- Une approche plus naturelle ; un renforcement des forces vitales ;
une sorte de synthèse entre les forces spirituelles et la démarche scientifique ;
- Une participation active du patient au traitement et au processus de décision
(« participatory experience ») ;
- Un sentiment de partage de la responsabilité du traitement (« patient
empowerment ») ;
- Une aide lorsque l'intégrité de la personne paraît menacée.
Ces qualités ne sont-elles donc pas présentes, directement ou indirectement,
dans une prise en charge globale par le médecin de famille ? Des chercheurs
ont montré que les représentants de la médecine non conventionnelle étaient
bien moins souvent attaqués en justice pour des fautes professionnelles que
les médecins pratiquant la médecine conventionnelle traitant le même genre de
cas.11 Leur conclusion était que les patients
témoignaient d'une confiance nettement « biaisée », en faveur des
méthodes non conventionnelles.
La difficile preuve de l'efficacité
Quelles que soient les raisons qui poussent les patients
à se tourner vers les méthodes alternatives, du point de vue de l'épidémiologie
clinique, ces méthodes non conventionnelles doivent aussi être confrontées à
la mesure de leur efficacité. La figure 2 montre comme cette
évaluation est difficile pour des affections ayant un haut taux de guérison
spontanée comme par exemple l'OMA. Le seul fait de participer à une étude induit
souvent, pour des raisons diverses, un changement par rapport à l'évolution
habituellement observée spontanément. La résultante de ces changements, indépendants
de la thérapie testée, est définies comme « l'effet placebo ». Mais
d'autres déformations des résultats peuvent encore être observées. Ce sont des
déformations systématiques liées à la méthodologie, appelées « biais »
par les chercheurs. En général, un biais conduit à surévaluer l'effet produit.
Les causes typiques d'un biais sont : la sélection pour une étude d'une
catégorie de patients, dont on attend qu'ils répondent particulièrement bien
à la méthode ; un mauvais choix de la méthode placebo ; une attribution
des patients aux groupes « traitement » ou « placebo » ne
dépendant pas du hasard ; la comparaison avec une étude ancienne, dont
l'environnement n'était pas identique. A cela, il faut ajouter qu'une petite
étude démontrant un effet positif sera plus vite acceptée pour publication que
des études aboutissant à des résultats négatifs ou indéterminés. Le plus souvent,
ces dernières ne seront même pas envoyées aux rédactions. Ainsi, le médecin
cherchant dans les études publiées des références à l'appui de sa thérapeutique
sera artificiellement poussé à conclure incorrectement à son efficacité. (figure
3)
Figure 2 :
Evolution schématique d'une otite aiguë. Seule la comparaison avec un placebo
bien choisi permet de tirer des conclusions sur l'efficacité du traitement.
Si l'on compare avec l'évolution spontanée, l'efficacité sera souvent surévaluée.

Figure 3 :
Biais de publication : Si toutes les études (tous les ronds) ayant démontré
de manière claire l'inefficacité de la méthode avaient été publiées, le résultat
global des différentes études aurait été : « pas d'effet ». Etant
donné que, surtout avec des petits nombres de patients, seules les études montrant
un effet ont été publiées (ronds pleins, plus foncés en fonction des critères
de qualité de l'étude), la revue systématique tend à confirmer l'efficacité
de la méthode.

Quelles sont les sources permettant de juger sur des preuves
Les épidémiologistes cliniques et les défenseurs de la médecine
fondée « sur les preuves » classent celles-ci de la manière suivante :
Tout en haut, les revues systématiques et les « meta-analyses » ;
ce sont des travaux fondés sur des recherches extensives et systématiques, selon
des critères clairs, fixés à l'avance, avec des résultats statistiques bien
différenciés et dont les résultats sont évalués de manière uniforme ; en
situation idéale, on peut utiliser des méthodes mathématiques particulières
(meta-analyse) qui permettent d'obtenir à partir d'études parfois contradictoires,
un résultat général. Au niveau mondial, la « Collaboration Cochrane »
s'est fixé pour but d'éclairer grâce à l'outil de la revue systématique toutes
questions se posant sur les différentes thérapies. Les conclusions de ces revues
peuvent être consultées par chacun sur le site Internet www.cochrane.org
ou à partir d'un lien présent sur la page d'accueil du centre Horten de Zürich
(www.evimed.ch). Au deuxième rang, on trouve
les études comparatives contrôlées soigneuses en double insu, avec un grand
nombre de patients ; puis les études suivies de cohortes de patients. Ensuite
viennent les recherches « quasi-expérimentales », dans lesquelles
les patients ne sont pas triés au hasard, et, en fin de liste, les études de
cas isolés et les comparaisons avec des études anciennes. Les avis d'experts,
les références « d'école » ou les raisonnements patho-physiologiques
ne sont pas considérés comme des preuves, mais peuvent tout au plus être admis
comme directives, s'il n'existe aucune preuve mieux établie.
Preuves disponibles à l'appui des méthodes non conventionnelles
Mesurées à cette échelle, quelles sont les preuves de l'efficacité
des méthodes non conventionnelles dans le contexte de l'OMA ou, de manière
plus générale, des infections des voies respiratoires supérieures ?
Une préparation d'immunostimulation est composée de
ribosomes de Klebsiella pneumoniae, S. pneumoniae, S. pyogenes
et Haemophilus influenzae, ainsi que d'antigènes de membrane de
la Klebsiella pneumoniae. En Suisse, ce produit est disponible en pharmacie
sous le nom de Ribomunyl®. En laboratoire, ce produit induit une stimulation
des lymphocytes T et une augmentation de la phagocytose ; chez le patient,
il est sensé provoquer une augmentation des taux d'IgM, IgA et IgG. Le
coût de ce traitement s'élève à Fr. 126.- pour six mois. Son administration
prophylactique devrait permettre une guérison plus rapide et une diminution
des prescriptions d'antibiotiques.
Y a-t-il des preuves à l'appui de ces affirmations ?
Toutes les études publiées ont été réalisées avant 1990. La première, montre
que sur un groupe de 3008 patients traités durant trois mois, les 3/4 n'ont
pas présenté plus d'une infections ORL durant la période de traitement, alors
qu'avant celui-ci, la moyenne était de 6,3 ± 3 infections ORL par année pour
l'ensemble du groupe.12 Une petite étude contrôlée
réalisée en 1986 a montré « un certain effet ».13
Selon les critères de la médecine fondée sur les preuves, ces données ne suffisent
pas pour conseiller l'utilisation de routine de ce traitement, mais elles ne
permettent pas d'exclure une certaine efficacité.
Les extraits d'échinacée sont un moyen phytothérapeutique
souvent utilisé particulièrement en Allemagne. En culture cellulaire, ces produits
provoquent une augmentation de la phagocytose. Cliniquement, on prétend obtenir
une immunostimulation, qui diminuerait le nombre de maladies et activerait la
guérison. Une revue collaborative Cochrane a analysé tous les travaux sur ce
sujet publiés jusqu'en avril 1998.14 Seize études
satisfaisant aux exigences méthodologiques ont ainsi été répertoriées, regroupant
3396 patients. Les résultats étaient très hétérogènes et démontraient un effet
légèrement supérieur au placebo de quelques préparations d'échinacée. En plus,
cinq à dix autres études sur le même sujet, remplissant les critères de qualité
requise, ont été retrouvées par les auteurs ; toutes celles-ci démontraient
clairement l'absence d'effet de ces préparations, mais elles n'avaient jamais
été publiées ! Pour cette raison, les auteurs de la revue concluent que
la somme des preuves penche légèrement en faveur de l'efficacité, mais de manière
trop vague pour que cette thérapie puisse être recommandée.
Comment peut-on comparer l'efficacité de différentes méthodes ?
La figure 4 le démontre pour le traitement ou la prophylaxie
des refroidissements selon une représentation dans laquelle les résultats de
chaque étude prise en compte dans la meta-analyse sont représentés. Le carré
noir montre la meilleure évaluation possible de l'effet, le trait horizontal
représente l'intervalle de confiance. Si la ligne verticale croise le trait
horizontal, l'effet observé ne se différencie pas sûrement du placebo. Si la
ligne verticale ne croise pas la zone indéterminée, on peut conclure à une efficacité
ou à un effet négatif par rapport au placebo. L'effet de la méthode la plus
efficace, à savoir la prescription d'inhibiteurs de la neuraminidase, est de
raccourcir en moyenne d'un jour la gêne subjective et de diminuer d'une demi-journée
l'arrêt de travail. Quant à savoir si un effet de cette grandeur justifie les
coûts de la thérapie, il s'agit là d'une question allant bien au-delà de la
médecine par les preuves. Si l'on récapitule : les informations à notre
disposition ne permettent pas d'exclure une éventuelle efficacité de méthodes
non conventionnelles ; elles n'apportent cependant pas suffisamment de
preuves permettant d'en justifier l'utilisation régulière.
Figure 4 :
Comparaison qualitative de différentes méthodes pour la prophylaxie
et le traitement des refroidissements. Les barres horizontales délimitent l'intervalle
de confiance des résultats de différentes revues systématiques.
Comment trouver des preuves ?
Comment construire une étude visant à prouver que des thérapies
ou des mesures préventives non conventionnelles aient un effet prophylactique
significatif ? Il faut d'abord définir cet effet clinique significatif.
Raisonnablement, on considèrera la mesure testée comme efficace, si elle permet
d'éviter en moyenne au moins un épisode de maladie par enfant et par année,
et si les frais de son application ne dépassent pas ceux des traitements et
des effets secondaires qu'elle aura permis d'épargner ; en revanche, elle
sera considérée comme inefficace, si l'économie est de moins d'un épisode de
maladie pour trois enfants par année. La figure 5 montre
un possible protocole d'étude contrôlée, avec distribution des patients au hasard,
pour l'évaluation d'une telle mesure en comparaison avec un placebo. Pour être
sûr (probabilité de 99 %) de démontrer un effet clinique réellement significatif
chaque bras de l'étude devra comprendre environ 200 enfants et les coûts de
toute l'étude s'élèveront rapidement à 400'000.- - 600'000.- francs. Aussi,
tant que nous n'aurons pas d'autres moyens d'analyse, il est illusoire d'attendre
du Fonds National qu'il finance une seule recherche sur l'efficacité d'une thérapie
non conventionnelle. Il est tout aussi improbable qu'un producteur ou un thérapeute
offrant des méthodes non conventionnelles soit prêt à engager une telle somme.
Il faut ainsi malheureusement admettre que, même dans dix ou vingt ans, la plupart
des questions que l'on se pose actuellement sur l'efficacité clinique des thérapies
non conventionnelles resteront non résolues.
Quelles mesures le pédiatre praticien peut-il alors proposer
pour le traitement des infections des voies respiratoires supérieures ou de
l'otite moyenne ?
Figure 5 :
Vue schématique d'un protocole de recherche visant à prouver
l'efficacité d'une mesure prophylactique.
Conséquences pour la pratique quotidienne
En fonction des données actuelles, dans une médecine fondée
sur les preuves, il serait logique de renoncer à tout traitement chez les enfants
présentant une OMA non compliquée : pas d'homéopathie, pas d'immunostimulation,
pas d'ostéopathie, pas d'antibiotiques. Mais on peut aussi admettre
une autre attitude, plus « active » : étant donné les incertitudes
actuelles et l'absence de preuves, on peut discuter les différentes options
avec les parents et choisir l'attitude acceptable pour les deux parties.
C'est ce que conseille le Prof. D. Eisenberg, de la Harvard School of
Medicine de Boston dans un rapport consacré essentiellement à la recherche sur
l'épidémiologie et à l'utilisation des médecines non conventionnelles
aux USA. « Lorsque les patients expriment le désir d'être traités
par des méthodes alternatives, il faut :
- discuter avec le patient (ou ses parents) de ses attentes et de ses préférences ;
- s'entendre sur les critères montrant de manière indubitable le succès du
traitement ;
- définir les critères d'un échec ;
- fixer une durée et des limites pour juger ;
- établir un relevé écrit et quotidien des symptômes ;
- au cas où le traitement est effectué par un autre « expert » en
médecine non conventionnelle, prévoir des contrôles réguliers pour diagnostiquer de possibles effets secondaires. »15
De cette manière, le pédiatre traitant devient un guide pour
les parents dans la jungle des nombreuses méthodes non conventionnelles et face
aux espoirs qui leur sont liés. En cas de pathologie chronique, - et cela vaut
certainement aussi pour le traitement des OMA récidivantes, - le pédiatre peut
adopter même avec un seul patient une attitude scientifique, une sorte d'étude
« n of 1 ». Une telle démarche a été suivie dans un travail
consacré à la constipation chez les petits enfants.16
Les auteurs, des gastroentérologues d'une clinique universitaire, ont émis l'hypothèse
que la constipation pouvait être un signe d'intolérance au lait de vache chez
certains des enfants qui leur étaient adressés en consultation. Ils ont d'abord
défini la constipation comme « une selle survenant plus rarement que tous
les trois jours pendant quinze jours ». Une amélioration était définie
comme « huit selles ou plus en l'espace de deux semaines ». Les patients
étaient observés durant deux semaines au moyen d'un carnet puis, durant les
deux semaines suivantes, tout produit contenant du lait de vache était évité
et remplacé par des quantités standard de lait de soja. Après cette période
sans lait, les enfants recevaient en supplément à l'alimentation une quantité
standard de lait de vache. Dans les deux tiers des cas, le régime sans lait
de vache amenait une amélioration tellement nette que l'étude donnait à la fois
la réponse diagnostique et le traitement. Impliquer les parents dans une recherche
personnalisée de la meilleure thérapie est un autre avantage évident de cette
méthode, fondée sur l'observation écrite des symptômes et la succession de périodes
avec ou sans telle ou telle mesure. On découvrira ainsi le traitement convenant
à chaque cas individuel.
Mais attention : tout en nous efforçant comme pédiatre
de trouver pour chaque enfant les thérapies et les aides les plus efficaces,
nous ne devrions jamais oublier ce qu'écrivait il y a plus d'un
siècle un des plus grands homéopathes américains, Eugene B. Nash : « There
are countless cases in which physicians praised their miraculous therapy. In
truth, however, all they witnessed were cases of spontaneous healing, not deserving
any gratitude ».
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