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Cet article a paru dans dans le Bulletin
de l'OFSP No 39 du 25 septembre 2000.
La situation nutritionelle des enfants en âge scolaire et place de l'alimentation
dans les programmes scolaires en Suisse
L'alimentation joue un rôle important dans la santé de l'être humain. Elle permet
d'agir préventivement sur de nombreuses maladies. Une alimentation équilibrée
et un comportement adéquat en la matière constituent donc des facteurs économiques
important pour ce qui est de la santé publique. Si, jadis, l'éducation nutritionnelle
et les apprentissages correspondants étaient principalement l'affaire de la
famille et se pratiquaient autour de la table familiale, on observe qu'actuellement
ces tâches incombent toujours davantage au secteur public, donc également à
l'instruction publique. Pour cette raison, l'éducation nutritionnelle occupe
une position clé dans le concept de promotion de la santé dans les écoles. L'importance
de ce concept est d'ailleurs clairement exprimée dans le document « Santé
21 » que l'OMS a édité pour l'Europe.
En 1984, 1991 et aussi en 1998, les Rapports suisses sur l'alimentation traitaient
déjà de l'éducation nutritionnelle et de l'alimentation des écoliers. Un certain
nombre de carences et de lacunes parmi certains groupes d'élèves avaient alors
été constatés. Un postulat accepté par le Conseil fédéral en 1994 (94.3533)
demandait déjà que les élèves de tous les degrés scolaires soient mieux informés
et qu'ils apprennent ce que signifient une consommation et une alimentation
bénéfiques pour la santé. Comme le montrent les résultats du 4e Rapport
suisse sur l'alimentation, les tendances actuelles en matière d'alimentation,
avec ses deux extrêmes que sont l'excès de poids, l'obésité en particulier,
et l'insuffisance pondérale, principalement liée à l'anorexie, touchent toujours
davantage les enfants et les adolescents. Ce constat inquiétant requiert des
mesures urgentes. Pour cette raison, le Secrétariat général de la Conférence
suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique CDIP a approuvé une
proposition de la Commission fédérale de l'alimentation et de l'Office fédéral
de la santé publique (OFSP) demandant de mener une étude sur le comportement
alimentaire actuel des élèves, d'introduire l'enseignement de l'alimentation
dans les programmes scolaires et de proposer des mesures en vue d'améliorer
la situation.
Le présent rapport traite du comportement alimentaire
des élèves ces dix à quinze dernières années en se fondant sur quinze études
et enquêtes, certaines d'entre elles étant publiées intégralement. Parallèlement
à l'excès de poids dont il a déjà été question (dans certains groupes,
le problème concerne jusqu'à 30 % des élèves ), on observe également,
tous âges confondus, certaines carences, p. ex. vitamine B6, fer
et calcium. A l'adolescence, les jeunes filles ont souvent un apport énergétique
insuffisant. On observe que le petit déjeuner devient de plus en plus léger,
quand il n'est pas carrément supprimé, tandis qu'un repas du soir
tardif et riche en calories devient une habitude de plus en plus courante. De
nombreuses études indiquent également qu'une intervention externe peut
améliorer durablement le comportement alimentaire et par conséquent l'alimentation
des enfants.
Le point sur le thème de l'alimentation dans l'enseignement
scolaire est fait au moyen d'un questionnaire rédigé en toute indépendance
et d'au moins un entretien avec les responsables de la promotion de la
santé de la direction de l'instruction publique des 26 cantons. Les aspects
suivants ont été privilégiés :
- place de « l'alimentation » dans le programme d'études
- programmes spéciaux consacrés à l'alimentation
- disciplines dans lesquelles le thème de l'alimentation est enseigné
- offre et organisation des repas pris à l'école
- élaboration de supports d'enseignement consacrés à l'alimentation
- assistance, par des professionnels, en matière d'alimentation
- propositions pouraméliorer les connaissances des élèves en matière d'alimentation
- besoins relatifs à l'école et « l'alimentation »
Les résultats montrent qu'à
l'heure actuelle, le thème de l'alimentation est encore inscrit au programme
du secondaire I des vingt-six cantons. Les réformes annoncées et les mesures
d'économie prévues diront si l'enseignement de l'économie familiale pourra être
maintenu et comment. Vingt-deux cantons traitent de la question de l'alimentation
dans les classes primaires; ils sont moins nombreux à le faire à l'école enfantine
ou dans le secondaire II. Si l'enseignement de cette matière laisse une grande
liberté d'action, il n'en demeure pas moins que les enseignants se heurtent
fréquemment à des difficultés en matière d'environnement et de santé, des domaines
qui leur demandent généralement d'aborder des thèmes nouveaux, pour lesquels
ils ne bénéficient pas forcément d'une préparation suffisante. La question qui
se pose ici est donc celle de savoir dans quelle mesure l'intervention de spécialistes
externes peut être utile ou s'avère carrément impérative.
De nombreux cantons ont des
programmes spéciaux consacrés à l'alimentation; souvent les programmes existants
ne sont exploités qu'à un niveau régional. Quatre programmes ou projets peuvent
être qualifiés d'excellents et sont présentés de manière circonstanciée dans
le présent rapport, tout comme un projet ayant cours à l'étranger. Il s'agit
de "Pausenkiosk", kiosque-récré en Suisse centrale, du projet "Energiemanagement",
gestion de l'énergie en Suisse orientale, du programme "Je t'invite - Viens
découvrir les aliments" et de l'Alimentarium, musée de l'alimentation,
tous deux en Suisse romande, et de "Ernhährungserziehung bei Kindern"
programme d'éducation nutritionnelle des enfants mené dans le Bad-Württemberg.
Par ailleurs, des campagnes sporadiques de type une pomme ou du lait pour la
récréation ou encore une journée du lait sont organisées dans de nombreux secteurs
scolaires.
Certains cantons prévoient de réaliser un des projets
cités ou d'organiser d'autres actions, comme par exemple "fourchette verte"
ou "Gsunder Znüni". D'autres projets ont pour but de dépister d'éventuels
troubles du comportement alimentaire à un stade précoce et d'amener les personnes
concernées à suivre un traitement. Des repas scolaires ont lieu occasionnellement
dans les différents degrés, école enfantine incluse, avec, parfois, la participation
des parents. Dans les degrés supérieurs, il est fréquent que les élèvent aient
la possibilité de manger au restaurant scolaire. Le thème de l'alimentation
n'est pas à proprement parler une discipline scolaire, mais la matière est enseignée
de façon interdisciplinaire dans les différents degrés scolaires. L'art et la
manière d'enseigner est fonction des compétences de chaque enseignant.
Les supports d'enseignement sont relativement abondants.
Certains sont très attractifs et ont beaucoup de succès; relevons toutefois
que bien souvent, ils ne font pas l'objet d'une évaluation qualitative par des
professionnels. Cette remarque vaut également pour les supports spécifiques
tels que CD-Rom et cassettes vidéo. Les ouvrages actuellement les plus répandus
sont "Tiptopf", "Peperoni" et "Haushalten mit
Pfiff", en langue allemande. Certains cantons profitent du fait qu'ils
révisent leurs programmes d'études pour élaborer de nouveaux supports ou compléter
des supports existants. Dans la plupart des cantons, les enseignants peuvent
demander à être secondés par des conseillers internes, ceux-ci n'étant pas forcément
des spécialistes des questions d'alimentation. Quelques rares cantons font en
outre appel à des services externes ou semi-externes.
Toutes les personnes interrogées
sont unanimes pour dire que l'enseignement de l'alimentation peut et doit être
amélioré, par exemple au moyen de programmes spéciaux relevant de la formation
de base, d'activités pratiques interdisciplinaires, d'une sensibilisation accrue
des enseignants, d'un enseignement de type atelier ou de la collaboration de
spécialistes externes. Au chapitre des besoins spécifiques, les personnes interrogées
dans les cantons mentionnent: l'inscription du thème de l'alimentation dans
les programmes, l'instauration d'un enseignement de l'alimentation dès l'école
enfantine, l'élaboration d'une documentation de cours, la mise sur pied d'actions
concrètes, l'extension (et non le démantèlement) du cours d'économie familiale
et une collaboration accrue avec des diététicien(ne)s. Quant au matériel pédagogique,
les personnes interviewées citent surtout les besoins de supports de qualité
qui présentent des exemples simples, des CD-roms, une page Internet « Enfant
et Ecole », ainsi qu'une centrale d'informations et de coordination.
Le thème de l'alimentation devrait
être mieux enseigné et de manière plus intensive pendant toute la durée de la
formation et de la formation continue. Les écoles enfantines et les écoles primaires
devraient être dotées d'équipements de cuisine conçus spécialement pour les
enfants et, au niveau du secondaire, les élèves devraient pouvoir trouver des
restaurants scolaires proposant des repas de qualité et adaptés aux connaissances
nutritionnelles actuelles. A l'échelle suisse, il y aurait lieu de prévoir régulièrement
des enquêtes sur les comportements alimentaires des élèves, par exemple dans
le cadre des visites médicales scolaires.
Les résultats des enquêtes permettent de tirer
les conclusions suivantes et d'énoncer les mesures ci-après :
- A l'heure actuelle, le thème de l'alimentation joue un rôle central à l'école
et occupe une place très importante en promotion de la santé. L'alimentation
doit faire partie des programmes d'études de tous les niveaux de la scolarité,
de l'école enfantine jusqu'au secondaire II, soit sous la forme d'un enseignement
spécifique, soit sous la forme de projets pluridisciplinaires, avec intégration
dans d'autres disciplines. Il convient d'accorder davantage de place au thème
de l'alimentation lors de la formation et du perfectionnement des enseignants
et des enseignants en économie familiale. Il faut aussi réfléchir à l'opportunité
de l'intervention de spécialistes externes au milieu scolaire (cf. projets
menés en Suisse romande et programme d'éducation nutritionnelle dans le Bade-Wurtemberg).
- Il existe de grandes différences entre les cantons, tant au niveau des plans
d'études, qu'au niveau de la mise en oeuvre. La coordination et la coopération
entre les cantons devraient être encouragées par la création d'un centre supra
régional d'information, de documentation et de coordination. Un centre de
ce type faciliterait par ailleurs la circulation de projets et de supports
pédagogiques qui ont fait leurs preuves.
- Pour que le message passe dans les familles, il faut multiplier les contacts
avec les familles et privilégier l'information du public en matière de comportement
alimentaire et d'éducation nutritionnelle. L'école devrait jouer un rôle plus
dynamique dans ce domaine. Une attention toute particulière doit être accordée
à l'alimentation dans certains groupes sociaux et ethniques.
- Dans le cadre des visites médicales scolaires, il faut effectuer régulièrement
des enquêtes épidémiologiques portant sur le comportement et les habitudes
alimentaires des enfants et permettre ainsi une validation des différentes
interventions. Un groupe "alimentation" spécialement formé au sein
du groupe de promotion de la santé pourrait fournir l'appui indispensable.
- La composition des menus servis dans les restaurants scolaires devrait
servir d'exemple en matière d'équilibre alimentaire et devrait aider à influencer
positivement le comportement alimentaire des écoliers.
- Les nouveaux développements que connaît la promotion de la santé en matière
d'alimentation doivent être soutenue avec les moyens financiers correspondants.
Office fédéral de la santé publique
Service Nutrition
Remarque:
Le rapport entier de 70 pages peut être obtenu en français ou en allemand à
l'adresse suivante: BAG, Fachstelle Ernährung, 3003 Bern
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