Séminaire TARMED de la SSP

 

Le 23 août 2000 s’est tenu à Horgen (ZH) un séminaire TarMed, organisé par la section ambulatoire de la SSP et destiné aux représentants des différents groupes cantonaux de pédiatres.

Cette réunion avait pour but de déterminer si la SSP assumerait elle-même la formation TarMed de ses membres, la déléguerait à la FMH ou aux sociétés cantonales, ou si cette formation serait confiée à des formateurs spécialisés non-médecins.

Un expert commercial, licencié en sciences politiques et consultant en santé publique, assurait la présentation. L’organisation du séminaire bénéficiait du sponsoring de la maison Abbott.


Historique

Issu des négociations GRAT, commencées en 1986, entre FMH et représentants des assurances accidents pour la révision du tarif bleu (CNA/AI/AM), négociations étendues aux assurances maladie dès 1989, le TarMed a été conçu dans un esprit « d’économie d’entreprise ». A côté des prestations de base indemnisées au temps, tous les actes médicaux ont été répertoriés et évalués avec des groupes d’experts ; pour chaque geste, ceux-ci ont fixé en minutes le temps de travail du médecin et la durée d’immobilisation des appareils ; pour les actes les plus spécialisés, la composante médicale de la prestation a été majorée d’une plus-value (« Dignität ») correspondant soit à la formation plus poussée indispensable à son exécution, soit à la responsabilité endossée par le praticien ; réciproquement, la valeur technique des prestations a été calculée en tenant compte des frais d’amortissement, de la fréquence et de la durée d’utilisation des infrastructures ou des appareils.

Chaque position du tarif s’est vue attribuer des valeurs de « temps relatif » pour le geste médical comme pour l’utilisation des installations. Sur la base d’études pilotes menées dans plusieurs cantons et à partir de la fréquence moyenne d’utilisation des différentes prestations, une somme totale « d’équivalents minutes » a été estimée ; cette somme, comparée au volume total des honoraires payés par les différentes assurances maladie et accident durant les années 96 et 97, a permis de calculer au centième près la valeur en point de chaque prestation pour une valeur du point arbitrairement fixée à un francs.

La neutralité « globale » des coûts était un principe de base admis dès le début par les différents partenaires et le mode de calcul devrait logiquement en offrir la garantie. De plus, le TarMed étant admis comme un tarif vivant susceptible de réadaptation permanente de la valeur des prestations ou de la valeur du point, si des écarts trop importants viennent à être observés, les corrections nécessaires pourront être apportées en tout temps, de manière à ce qu’aucune des parties ne soit lésée par d’éventuels déséquilibres.


Données informatiques

Le TarMed se présente comme une base de données ; actuellement nous disposons de la version a 2.2. Après de dures négociations, une version a 3.0 passablement remaniée aurait été approuvée par le Conseil fédéral, mais ne sera pas publiée, et le nouveau tarif ne sera finalement appliqué qu’avec une version 1.0, encore en préparation, qui n’arrivera qu’au début 2001. Il est ainsi préférable d’attendre cette version définitive pour préparer les programmes de facturation.

La base de données TarMed comprend deux chapitres : le premier, « Introduction », contient les « dispositions et applications » apportant quelques éclaircissements sur la structure du tarif et la signification des différents paramètres, ainsi que les « interprétations générales », soit 37 règles applicables à de nombreuses positions du tarif. La deuxième partie constitue le corps proprement dit de la nomenclature tarifaire, soit un catalogue de 4500 prestations dont beaucoup ne concernent que les hôpitaux ou des gestes hautement spécialisés. Pour les pédiatres, le Dr. Pius Bürki a sélectionné dans cette base de données la plupart des actes susceptibles d’être effectués dans notre spécialité. Cette liste constitue un fichier Excel, que l'on peut consulter ou télécharger depuis  le site Internet de la SSP. < http://www.swiss-paediatrics.org/main/cc/tarmed >

Pour ceux qui désirent consulter l’ensemble du TarMed, il est certainement plus économique de le charger directement sur son ordinateur (espace disque 2.5 Mo) que d’aller le voir de manière détaillée en continu sur Internet. D’après l’expert, la meilleure connexion Internet pour charger le logiciel de navigation (« Browser ») du TarMed se trouve sur le site des hôpitaux suisses à l’adresse < http://www.hplus.ch/ > et le fichier à charger est le TMB_A22f.chm, ce qui correspond donc à un fichier en format HTML. Ce logiciel de navigation permet de consulter le tarif, mais n’est pas encore une base directement utilisable pour la facturation.

Avec la version 1.0, on devrait disposer en plus d’un fichier d’accès plus aisé (Excel ?) que la base actuelle ; en revanche, il n’y aura jamais de version papier. En conséquence, ceux qui ne disposeraient pas du matériel informatique nécessaire et qui, près de la retraite, n’envisagent pas de s’informatiser, auront à chercher chez un confrère la liste des positions TarMed qu’ils pensent pouvoir appliquer ; la facturation manuelle restera possible, mais entravée par un certain nombre de limitations quant au nombre de prestations cumulables.

Les mises à jour ultérieures se feront aussi par transmission électronique des données.


Logiciels

Les sociétés gérant les programmes de facturation sont régulièrement en contact avec le Service central des tarifs médicaux (SCTM) avec lequel elles étudient les processus de calcul des honoraires et de facturation. Aucun programmeur n’est encore à même de proposer un logiciel permettant la facturation TarMed. Quant au seul logiciel officiel proposé pour la gestion des incompatibilités tarifaires (certaines prestations n’étant pas cumulables entre elles), il paraît d’une lenteur inacceptable.

Il est certain cependant que la Suva et le Concordat des assureurs maladie suisses (CAMS) imposeront, avec l’entrée en vigueur du nouveau tarif, un formulaire de facturation unifié pour toute la Suisse et une présentation typographique « normalisée », rendant possible la lecture optique par scanner. A ce sujet, la FMH vous attribuera un No. de code « EAN » qui devra obligatoirement figurer sur vos notes d’honoraires.

A moyen terme, la transmission directe des données du médecin à l’assurance par voie électronique est prévue, probablement à l’horizon 2002-2003.


Avertissement : réserve financière

Le changement de système de tarification laisse augurer de gros retards dans l’interprétation des factures et dans leur remboursement aux assurés par les caisses. Pour cette raison, les médecins doivent être à même de supporter un délai dans le versement de leurs honoraires, qui pourrait aller jusqu’à six mois. En conséquence, deux précautions sont à prendre :

  1. De manière à se constituer des réserves, il est recommandé de passer dès maintenant à la facturation des prestations « au mois », de manière à raccourcir le délai entre le moment où la prestation est effectuée et celui de son paiement.
  2. Pour ceux qui ne disposeraient pas de suffisamment de liquidité pour pouvoir payer leur personnel, leur loyer et subvenir à l’entretien de leur famille, il est conseillé de s’assurer sans attendre auprès de leur banque de la constitution d’une « ligne de crédit » leur permettant de tenir au minimum trois mois sans rétribution.

Agenda

Toutes les conventions tarifaires ont été dénoncées au 31 décembre 2000, mais il est certain que les tarifs actuels seront prorogés au moins jusqu’au 30 juin 2001 pour la Suva et jusqu’au 31 décembre 2001 pour les tarifs cantonaux. L’entrée en vigueur du TarMed pour la plus grande partie de nos consultations n’interviendra donc pas avant 12 mois.


Valeur du point

La valeur du point « fédéral » (LAA, AI) sera fixée par négociation entre la FMH et l’Office fédéral des assurances sociales ; en cas de désaccord, il est possible que le Conseil fédéral impose une valeur de point plus basse que celle de Fr. 1.- fixée par les experts et déjà négociée avec les représentants de la Centrale des tarifs médicaux (CTM), ceux du Concordat  et ceux de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS).

Pour les tarifs cantonaux, la valeur du point se négociera entre les assureurs maladie et les associations cantonales de médecins. Pour certaines régions, comme la Suisse centrale, des accords régionaux supra-cantonaux ont déjà été prévus. Malheureusement, la neutralité des coûts du seul secteur ambulatoire, exigée par les autorités politiques, devrait défavoriser une réelle revalorisation des prestations des généralistes, internistes, psychiatres et pédiatres, qui perçoivent ensemble près de 60 % des honoraires ambulatoires. Comme il faudra cependant compenser la baisse des revenus du laboratoire et de la radiologie pour les généralistes et les internistes, ceux qui ne pratiquent presque que des prestations de base, comme les pédiatres, devraient voir leurs honoraires légèrement augmentés.

Il n’est encore pas clair s’il n’y aura qu’une valeur de point unique pour chaque convention ou si les négociateurs proposeront éventuellement d’attribuer une valeur différente aux points concernant les prestations médicales et à ceux sensés rétribuer la composante technique (infrastructure). En effet, dans certaines spécialités comme la radiologie, cette composante technique atteint un montant parfois supérieure à 80 % de la valeur de la prestation ; les frais d’amortissement ayant été calculés au plus juste par les experts, il est à craindre qu’en cas d’abaissement linéaire de la valeur du point dans les deux domaines médicaux et techniques, certaines cliniques ou certains instituts de radiologie ne soient réduits à la faillite.


Principes de facturation

Chaque consultation commence par 5 premières minutes et finit par les 5 dernières (qui ne comptent que pour 2 ½ minutes dans le tarif). La plus courte des consultations ne pourra durer que 7 ½ minutes sur le plan tarifaire. A cela s’ajouteront soit des prestations spécifiques (examens du développement, instructions, conseils, psychothérapie, audiométrie, etc.), soit des suppléments de temps. Pour éviter de dépasser la moyenne de ses confrères en ne facturant que du temps, et pour pouvoir justifier la prolongation des consultations, il paraît important de faire figurer sur la note d’honoraire tous les gestes effectués, y compris ceux « inclus dans les prestations de base », de manière à ce que les patients et les assureurs comprennent pourquoi la consultation s’est prolongée.

En l’absence d’une prestation spécifique, le temps de travail des employées du cabinet pourra être facturé comme temps médical, si l’assistante a réellement été occupée directement auprès du patient (prise des mensurations, prise de sang, instrumentation, pansement, aérosol, enseignement, etc.). Le temps facturé pourra donc être supérieur au temps que le médecin a lui-même consacré à son patient. De cette manière, les pédiatres pourront faire rétribuer le temps passé par leurs employées à préparer les enfants, conseiller les parents et assister le médecin.

Pour l’établissement des notes d’honoraires, les prestations seront additionnées selon un modèle « Big Mac » comprenant du temps, des gestes techniques, des suppléments, une taxe de clôture (5 dernières minutes), des surtaxes d’urgence, parfois des majorations en pourcentages (urgences, nuits, etc.), auxquels s’ajouteront encore le montant des analyses et le prix des médicaments (vaccins). Pour les gestes courants, comme les vaccinations, les consultations typiques pour otite, angine, maux de tête, douleurs abdominales, les examens de développement à certains âges spécifiques, etc. ces blocs pourront être préparés à l’avance et saisis d’un seul clic de souris ou par un code personnel.


Droit acquis

Le TarMed prévoit des limitations dans l’autorisation de facturer. Certains actes sont, en principe, réservés aux spécialistes bénéficiant d’une formation adéquate (sous-titre FMH, certificat de compétence ou formation complémentaire), comme par exemple l’échographie des hanches pour les pédiatres. Toutefois un médecin habilité selon la réglementation actuelle à appliquer certaines thérapies ou à pratiquer certaines investigation aura le droit de continuer à faire ces gestes et à les facturer, pour autant qu’il en ait fait l’annonce avant le changement tarifaire. Un questionnaire ad hoc sera adressé par la FMH à tous les praticiens au début 2001. Tous ceux qui entendent continuer à facturer des gestes non attribués officiellement à leur spécialité dans les commentaires du tarif devront les annoncer à ce moment. Pour les pédiatres, il s’agit essentiellement des mesures de psychothérapie, des examens de gynécologie pédiatrique, des évaluations logopédiques, de certaines mesures ORL comme les audiométries ou les examens à la lumière froide, ainsi que de certains examens du développement psychomoteur en principe réservés au neurologue. Les appareils et les infrastructures n’appartenant pas obligatoirement à notre spécialité devront aussi être annoncées (US, Rx, audiomètre, ECG, etc.)

Parallèlement à cette inscription, il est important que chacun accumule le maximum de preuves permettant de confirmer ses aptitudes complémentaires, ainsi que des éventuelles photocopies de factures à même de confirmer la pratique actuelle de ces gestes.


Petites fournitures (matériel de soins et de pansement)

En principe, il était prévu par le tarif que tout le matériel d’usage courant comme les seringues, les compresses, les bandes élastiques, etc., faisait partie intégrante de l’infrastructure du cabinet médical et n’était pas justifiable d’une facturation complémentaire, jusqu’à concurrence d’une valeur de 200.- francs. Des dernières négociations menées par la FMH, il est ressorti que ce montant serait abaissé à 3.- francs, en échange d’une légère diminution de la valeur technique des prestations de base. Cela permettra donc aux pédiatres de facturer séparément les EMLA®, les sachets de récoltes d’urine, les attelles « Air Cast » et les pansements « Rücksack ».

Comme les médicaments, les vaccins ne sont pas compris dans le prix de la consultation, mais le geste de vacciner fait partie des honoraires médicaux forfaitaires.


Remarques complémentaires

Les téléphones, comme les consultations, comprennent au moins les 5 premières minutes, éventuellement les 5 dernières (soit en tout 7,5 minutes) ; si nécessaire, ce temps peut-être allongé de la position « 5 minutes en l’absence du patient ».

Pour ceux qui facturent par voie électronique, le petit status pédiatrique peut être facturé à chaque consultation (pour autant que l’enfant ait été examiné en entier).

La position 00.0430 « consultation spécifique par le spécialiste de premier recours par période de 5 minutes » qui recouvre l’enseignement de mesures diététiques, les instructions de traitement, la démonstration d’un appareillage aérosol, etc., peut également être déléguée à une assistante ou à une infirmière et ne doit pas obligatoirement être effectuée par le médecin.

Le temps consacré au patient en son absence pour l’étude de dossier ou du travail en réseau pourra également faire l’objet d’une facturation, mais devra être documenté.


Médecins agréés

Pour les médecins agréés travaillant dans les hôpitaux, il semble acquis que les honoraires médicaux leur reviendront en entier, mais une petite partie (15 - 20 %) de la prestation technique, visant à indemniser leurs propres frais d’infrastructure, devrait aussi leur être reversée par l’hôpital.


But d’une formation TarMed des pédiatres

L’organisation de cours de formation TarMed pour les pédiatres devrait permettre à ceux-ci une utilisation rationnelle de la nomenclature et une facturation efficace de leurs prestations dès les premiers jours d’application du nouveau tarif. Vu les pertes financières rapidement engendrées par une sous-facturation, la participation même payante à un séminaire sera certainement « rentable ». De plus, une certaine cohérence dans la facturation des pédiatres et une uniformité nationale d’application du TarMed dans notre spécialité ne pourra en définitive qu’être favorable à tous, en faisant remonter les moyennes, et à chaque médecin individuellement, en lui permettant de ne pas se situer en dehors des fourchettes d’honoraires de ses confrères ; un des buts principaux du contrôle électronique de la facturation est, en effet, de permettre aux assurances de repérer rapidement les « brebis galeuses » et de les signaler aux instances de contrôle.


Points importants à retenir de cette présentation :

  1. Nous disposons d’au moins six mois, probablement de douze jusqu’à l’introduction effective du TarMed dans nos consultations.
  2. Compte tenu du retard prévu dans les remboursements suite au passage au nouveau tarif et aux complications administratives qu’il entraînera, les médecins doivent se prémunir contre le manque de liquidités.
  3. Le TarMed doit être compris comme un répertoire de tous les actes médicaux possibles, dans lesquels le médecin prépare des blocs comprenant une introduction (5 premières minutes) et une fin (5 dernières minutes) entre lesquelles il met ses gestes les plus courants, des conseils, de l’enseignement, du temps, petits et grands status, etc..
  4. Les gestes non rétribués doivent figurer sur les factures de manière à ce que le patient n’ait pas le sentiment que le temps lui est facturé de manière indue.
  5. Les vaccinations, les prises de sang font partie de la consultation, mais les vaccins et les EMLA® doivent être facturés séparément.
  6. Le temps de pose des sachets pour Uricult par les assistantes ou infirmières est à considérer comme temps médical (geste délégué), de même que les aérosols, etc.
  7. La consultation commence donc avant l’entrée du médecin dans la salle de consultation, dès que l’infirmière procède aux mensurations, elle se termine après que les dernières instructions ont été données. En fin d’année, le temps facturé pourra donc correspondre à 120 ou 150 % du temps réellement passé par le médecin avec ses patients.
  8. Dès la parution de la version définitive (1.0) du TarMed, les pédiatres auront intérêt à prendre contact avec leur fournisseur de logiciel pour définir les blocs courant de facturation qu'ils entendent utiliser. La SSP pourrait fournir des modèles !

Conclusions

La participation à un cours de formation au TarMed donné par un expert compétent, ayant regardé le tarif dans l’optique de notre spécialité, devrait être plus profitable pour le pédiatre que la participation à un cours général sans orientation de spécialiste. La comparaison avec les cours proposés par la FMH, d’après ceux qui ont assisté aux deux types de cours, paraît en faveur de l’expert. Encore faut-il que celui-ci soit au courant des dernières adaptations du tarif et n’abuse pas de la détresse des médecins pour se faire rétribuer de manière excessive. En alternative aux « commerciaux », quelques experts médecins pourraient être formés parmi les membres de la SSP.

Finalement, il reviendra aux différents groupements régionaux de pédiatres d’organiser ces cours, avant les périodes de stress des derniers mois.

 

Morges, octobre 2000 

A. Regamey, Morges


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Dernière mise à jour du site: 08.05.2008