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Ecoliers au cabinet du pédiatre (ECP)aa avec le soutien financier, personnel et logistique de l'Académie Suisse des Sciences Médicales, de la Société Suisse de Pédiatrie, de l'Association des pédiatres bernois, du département de l'Education du canton de Berne et du Service de Santé de la ville de Berne.
RésuméL’étude « Ecoliers au cabinet du pédiatre » fait suite aux observations de quelques pédiatres, constatant que les problèmes psychosomatiques engendrés par le stress de l’école devenaient toujours plus fréquents chez leurs patients. A la même époque, au sein de la Société suisse de Pédiatrie (SSP) s’exprimait l’opinion que les pédiatres, en plus de la prise en charge des nourrissons et des petits enfants, devaient plus s’intéresser à la santé des écoliers et des adolescents ; ceci se traduisait entre autre par la modification de l’appellation allemande de la spécialité en « Médecin spécialiste d’enfants et d’adolescents ». Etant donné qu’en Suisse, il n’existait aucune statistique quant à la proportion des consultations de pédiatrie consacrée à des enfants d’âge scolaire, Jean KLINGLER de Bienne suscita la naissance d’un groupe d’étudeb se donnant pour but de constituer de telles statistiques pour le canton de Berne. L’article ci-après résume les résultats de cette étude, dont l’analyse a fait l’objet d’une thèse du Dr ZUMSTEIN. La publication originale, en langue allemande, peut être consultée sur le site Internet de la SSP ou commandée sous forme de CD au secrétariat de la SSP à Berne. Les buts de l’étude étaient d’enregistrer le profil et le nombre de consultations consacrées à des enfants d’âge scolaire dans différents types de cabinets. En particulier, il s’agissait d’analyser : la proportion de ces enfants dans les consultations pédiatriques ; le genre d’affections ou de problèmes rencontrés ; la fréquence de ces différentes pathologies. Une attention spéciale était portée aux troubles d’origine psychosociale. b Membres du groupe de pilotage : J. Klingler (président), R. Carrel, M. Ryffel, L. Salm, U. Tschanz, J.-C. Vuille, R. Westkämper, M. Zumstein.
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selon le sexe
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selon l'âge
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Filles
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Garçons
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p
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6-9 ans
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10-12 ans
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13-16 ans
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p
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| Troubles psychosomatiques |
4.1
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3.6
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0.304
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2.6
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4.6
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7.3
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<0.001
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| Douleurs |
6.5
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5.0
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0.021
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4.0
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7.7
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9.3
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<0.001
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| Excès pondéral |
1.6
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1.3
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0.520
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0.8
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2.5
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2.4
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<0.001
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| Problèmes liés à
la puberté (y c. anorexie & boulimie) |
1.4
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0.5
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<0.001
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0.3
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0.9
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3.4
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<0.001
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| Blessures |
10.7
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13.0
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0.008
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6.4
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16.6
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26.1
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<0.001
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| Difficultés scolaires et troubles du comportement |
1.7
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3.9
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<0.001
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2.4
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3.8
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3.1
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0.016
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| Nombre de consultations |
2850
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3121
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3585
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1538
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848
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Pour chaque diagnostic, les médecins devaient signaler sur les questionnaires, s’ils estimaient voir une relation avec l’environnement familial, scolaire ou de loisirs, ou avec d’autres circonstances liées à la vie de l’enfant. En ce qui concerne le groupe des affections à caractère psychosomatique, les pédiatres ont estimé y voir une relation avec l’environnement dans 75 % des cas. A l’exception des blessures et des problèmes scolaires, 50-60 % des pathologies semblaient d’abord en relation avec l’environnement familial. L’école était naturellement responsable des problèmes scolaires, mais aussi de 20 à 40 % des autres affections à caractère psychosomatique. Les blessures étaient liées soit aux loisirs, soit à l’école.
Un des résultats les plus nets de cette étude a été de montrer que, au milieu des années 90, les pédiatres du canton de Berne s’occupent encore très majoritairement de nourrissons et de petits enfants, et qu’ils ne consacrent que 20 % de leur temps de consultation à des écoliers. Malgré cela, une estimation rapide montre que chaque pédiatre du canton de Berne est consulté en moyenne 1000 fois par année par des enfants d’âge scolaire, ce qui lui permet d’acquérir rapidement une solide expérience professionnelle relative aux enfants de cet âge. Entre la première et la neuvième année d’école, les enfants vont toutefois progressivement quitter le pédiatre pour se rendre chez le généraliste ou le spécialiste et cela sans seuil d’âge net. Cette situation a été appréciée de manière très variée par les différents praticiens interviewés. Si quelques-uns se sont déclarés prêts à s’investir plus activement pour conserver la clientèle des enfants plus âgés, beaucoup ne voient pas, dans cette érosion régulière de la population pédiatrique, de raisons suffisantes pour une action de politique professionnelle ou pour un aménagement particulier de leur cabinet ou de leur temps de travail visant à attirer les 8 à 10 ans ou les adolescents. Selon l’étude de HALDI et BUBENHOFER, il y a dans le canton de Berne un pédiatre pour 13'600 habitants (pour toute la Suisse : 1 pour 12'000) et les jeunes médecins en formation ne suffiront pas pour compenser les départs à la retraite qui seront enregistrés au cours des prochaines années. Il ne saurait donc être question d’élargir la couverture pédiatrique à un groupe plus étendu de patients. Pour que les enfants d’âge scolaire puissent quand même bénéficier d’une couverture médicale optimale, la SSP devrait réfléchir aux mesures propres à maintenir un haut niveau de compétence des autres médecins de premier recours dans les domaines de l’enfant d’âge scolaire et de l’adolescent. (NdT : Favoriser une meilleure collaboration entre pédiatres et généraliste pour cette classe d’âge serait une autre stratégie à explorer, p.e. par l’intermédiaire du Collège de Médecine de premier recours. AR)
Alors que les examens de dépistage et les vaccinations représentent un pourcentage important des consultations du nourrisson et du petit enfant, pour les écoliers, cela ne représente plus que 8 %.
L’étude ECP confirme que le pédiatre, en tant « médecin de famille des enfants », a de bonnes connaissances de l’environnement familial de l’enfant. Cette connaissance est même meilleure en ville, ce qui contredit la vieille idée de relation plus « anonyme » en ville. Cette différence pourrait être due au fait que beaucoup de familles semblent quitter la ville au moment où les enfants atteignent l’âge scolaire, raison pour laquelle les pédiatres de la campagne enregistrent une plus haute proportion d’écoliers se présentant comme nouveaux patients à leur cabinet. Le fait que l’on rencontre plus de situations sociales défavorables en ville qu’à la campagne semble lié aux conditions générales de vie en ville qui se reflètent sur les enfants. C’est donc plus le niveau socio-économique des familles qui semble être la cause de la plus haute prévalence de ces problèmes en milieu urbain qu’une véritable différence d’environnement. Ceci semble confirmé par la plus haute proportion d’étrangers en ville qu’à la campagne. Globalement, les pédiatres de ville rencontrent donc plus de pathologies induites par des facteurs non médicaux que leur collègues de la campagne. En ce qui concerne l’environnement scolaire, comme prévu, les connaissances des pédiatres étaient en général nettement moins bonnes que pour l’environnement familial.
Les syndromes algiques et les perturbations psychosomatiques au sens strict n’ont été observés que dans 5 % des consultations. Ainsi, même en observant une légère augmentation de ces pathologies avec l’âge, ces problèmes parfois qualifiés de « pathologies nouvelles » ne représentent qu’une petite proportion de l’activité du pédiatre. Quant au problèmes de puberté, même en leur ajoutant les affections de type anorexie et boulimie, ils ne représentent que moins d’un dixième des consultations des écoliers.
Les enquêtes menées auprès de groupes représentatifs d’écoliers et d’adolescents ont fait ressortir de manière répétée que même s’ils jouissent en général d’une bonne santé, ces jeunes se plaignent souvent de petits troubles psychosomatiques et recherchent de l’aide ou des conseils. L’incidence de la dépression dans cette population est évaluée à environ 6 % et les plaintes psychosomatiques en sont souvent une traduction. Pourtant ce diagnostic n’a pas été fait une seule fois par les pédiatres en 6'000 consultations ! Etant donné les implications thérapeutiques et préventives d’un diagnostic précoce de la dépression, il conviendrait de mieux former les pédiatres à en reconnaître les signes, dans le cadre de la formation post-graduée et continue.
L’incidence très marginale des problèmes scolaires et comportementaux (2.8 %) comme motif de consultation, rend l’intervention du médecin peu efficace pour leur prévention et leur prise en charge dans la population des écoliers en général.
Les problèmes sociaux liés par définition à des conditions sociales défavorables ne représentent que 0.4 % des diagnostics, ce qui démontre combien cette problématique est totalement sous-estimée. Le fait que des difficultés sociales sont signalées dans 20 % des consultations d’enfant d’âge scolaire, montre que les pédiatres restent attentifs à ces situations, même si elles ne sont évoquées que subsidiairement, en annexe au motif principal de consultation. Dans ce domaine, le rôle dévolu au médecin reste d’ailleurs mal défini. Il nous faut donc réfléchir, s’il n’appartient pas à la fonction du pédiatre, dans le cadre de la relation triangulaire particulière qu’il entretient avec l’enfant et ses parents, de s’inquiéter spontanément du cadre social de ses patients ; parallèlement, il faut aussi définir comment coordonner le travail avec les institutions sociales, tout en garantissant aux familles le respect du secret médical. Cette question complexe a fait l’objet d’une publication séparée, fondée sur les réponses reçues au cours des entretiens avec les médecins.
Globalement, la fréquence des diagnostics à caractère psychosociaux rencontrés en consultation pédiatrique, à l’exception des blessures, s’est située nettement en dessous des chiffres attendus en fonction des données épidémiologiques. Pour certains diagnostics comme l’excès pondéral ou la dépression, il peut s’agir d’un biais lié à la rédaction du questionnaire : celui-ci enregistrait d’abord le motif de consultation « principal », alors qu’une pathologie de base n’était souvent pas signalée. On peut cependant en conclure que le diagnostic noté sur le questionnaire était celui dont le médecin s’était activement préoccupé durant la consultation considérée, qu’il soit ou non le motif primaire ayant amené le patient à consulter. Déduire de la faible incidence des diagnostics psychosociaux dans cette enquête que les pédiatres ne seraient pas capables ou pas intéressés à les identifier ou à les prendre en charge chez les enfants d’âge scolaire serait certainement un raccourci excessif. Lorsque les adolescents sont interrogés par écrit ou lors d’entretiens avec les services de médecine scolaire et qu’on leur demande où ils cherchent de l’aide pour de tels problèmes, il placent en premier rang leurs camarades, puis leurs parents, et ne pensent que très rarement à consulter des professionnels. Quand bien même certains expriment une demande claire, il est en général difficile de convaincre un adolescent de la nécessité d’une prise en charge ou d’un traitement par des spécialistes. On souffre, mais on veut malgré tout paraître fort, indépendant et en bonne santé et on se défend de vouloir encore dépendre des adultes. Ce qui finalement ressort de la problématique psychosociale rencontrée à la consultation pédiatrique n’est probablement que la pointe d’un iceberg et il serait irréaliste, pour les raisons précitées, de penser que les importants besoins d’aide et de conseils de cette classe d’âge puissent être comblés par un élargissement de la couverture pédiatrique des écoliers. Il serait cependant souhaitable que les expériences accumulées par les pédiatres dans ce domaine soient utilisées pour le développement de la médecine de l’adolescent.
Résumé : J.-D. Vuille, Berne
Traduction : A. Regamey, Morges
Références : voir le texte allemand
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