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dieses Artikels "Das Schütteltrauma
– eine wenig bekannte Form der Kindsmisshandlung" ist auf deutsch in der Schweiz. Ärztezeitung 2000;81:1571-1575 erschienen
L'enfant secoué – une forme peu connue de maltraitance infantile
U. Lips, médecin chef de la clinique médicale, président du
collectif de protection de l'enfance et du centre de conseil aux victimes,
clinique pédiatrique universitaire, Steinwiesstrasse 75, 8032 Zurich.
L'acquittement d'une jeune fille au pair britannique, après le décès du
fils confié à sa garde d'un couple d'avocats américain a suscité un grand
écho au sein des médias. Dans les comptes-rendus en langue allemande il n'a
été qu'à peine mentionné que cet enfant âgé de 8 mois était décédé des
suites du syndrome de l'enfant secoué. L'acquittement est encore violemment
contesté aux USA, aussi bien pour des motifs juridiques que médicaux; outre
les défauts de procédures il pourrait également s'agir du fait, que même aux
USA où ces faits ont été rapportés depuis longtemps, ce syndrome est encore
méconnu1.
En Suisse, le procureur du seul canton de Zurich recense environ dix cas dans
les cinq dernières années; à l'hôpital pédiatrique de Zurich, 3 enfants
avec un syndrome grave de l'enfant secoué ont été pris en charge dans ce
même laps de temps. La prévalence de ce tableau clinique devrait être plus
élevée car il est encore trop peu connu chez nous. Le but de cet article est
de sensibiliser les professions médicales à ce type particulier de
maltraitance infantile.
| Les 5 types de maltraitance infantile |
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- Sévices corporels
- Abus sexuel
- Maltraitance psychologique
- Négligences
- Syndrome de Münchhausen par procuration
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Histoire et Terminologie
Le fait de secouer un homme comme mode d'expression d'une colère ou d'une
agression résulte facilement d'une impulsion ; une expression le traduit même
en dialecte suisse alémanique. Ce n'est qu'en 1971 que Guthkelch 2 a décrit pour la première fois que le traumatisme par
secousses pouvait être la cause de pathologies sévères chez le nourrisson.
Son terme anglais "whiplash" : " coup de fouet ",
en français coup du lapin, décrit avec pertinence le mécanisme pathogène. Ce
n'est qu'après que Caffey eût décrit d'autres cas en 19723
que le tableau clinique a été reconnu.
Souvent cité dans le même contexte, il faut mentionner le "shaken
impact syndrome" où la tête du nourrisson reçoit lors de la secousse le
choc d'un objet dur. Il n'existe pas de terme français pour désigner cette
forme particulière de syndrome de l'enfant secoué.
Biomécanique
Le traumatisme par secousse est dû au fait que la tête ne peut pas être
suffisamment stabilisée par sa musculature propre. Ceci est physiologiquement
le cas chez le nourrisson et le petit enfant, où la tête représente environ
15 % du poids corporel et ne peut être suffisamment maintenue par la
musculature du cou, peu développée à cet âge. On décrit également rarement
des traumatismes par secousses chez les adultes qui pour des raisons
particulières ne peuvent pas contrôler leur tête, p.ex. parce qu'ils sont
exposés à des forces violentes.
Les nourrissons et les petits enfants sont pris par le thorax ou par le bras
et secoués dans le sens sagittal (fig.1). La tête se
balance ainsi d'avant en arrière et est à chaque fois freinée de manière
abrupte dans les positions extrêmes. Les forces agissant sur le cerveau lors de
mouvements sont complexes : les mécanismes à la source des dommages sont des
forces rotatoires qui, d'une part déplacent les couches tissulaires les unes
contre les autres, à l'intérieur du cerveau, d'autre part entraînent des
déchirures des veines superficielles situées entre la calotte crânienne et le
cerveau. Les premières causent des hémorragies intra-parenchymateuses, les
autres les hématomes sous-duraux typiques du tableau clinique. Ces forces
rotatoires causent également les hémorragies rétiniennes typiques, dont la
signification est décisive pour le diagnostic 4,5,6.
Dans les positions extrêmes, le cerveau est en outre soumis à une
décélération abrupte, suivie d'une accélération. Le pic, dont la tête est
immobilisée par la force musculaire durant ses violents coups de bec, constitue
un modèle animal naturel pour ce type de forces : n'agissent ici que des
décélérations et accélérations, sans composante rotatrice, qui sont
visiblement inoffensives pour le cerveau. Un exemple de cas pédiatrique
illustre également ceci : une fillette de 4 ans a fait une chute depuis le 7ème
étage et est tombée absolument à plat sur le dos, sur un sol herbeux attendri
suite à des pluies prolongées : la chute a certes entraîné des fractures,
mais aucun dommage cérébral 7,8.
Dans le syndrome de l'enfant secoué, il n'y a presque jamais de lésions
vertébrales et de la moelle épinière cervicale, à cause de l'élasticité
très grande de ces structures à cet âge.
Il est connu à partir de modèles animaux et d'après les aveux de
responsables de traumatismes d'enfants secoués que seules des secousses
administrées avec une force considérable peuvent conduire à des dommages
cérébraux; il suffit visiblement de quelques secousses de la tête dans les
positions extrêmes 8. Le fait de bercer doucement
un enfant pour le calmer ne cause pas de dommages.
Fig.1: mécanisme de
survenue du syndrome de l'enfant secoué


Symptômes
L'enfant victime du syndrome de l'enfant secoué se présente avec des
convulsions, un état de conscience altéré, une fontanelle bombée et des
troubles respiratoires, principalement des apnées. Généralement, on met en
évidence des hémorragies rétiniennes, ainsi qu'éventuellement du corps
vitré. En outre, on peut constater la présence d'hématomes à l'endroit où
l'enfant a été saisi, sur les bras ou le thorax, rarement de fractures
sous-jacentes.
Physiopathologie
Les symptômes cérébraux mentionnés sont d'une part la conséquence des
hémorragies intraparenchymateuses produites par les forces de cisaillement
(shearing injuries) 9, d'autre part celle de
lésions cérébrales hypoxiques-ischémiques supplémentaires, dues à l’augmentation
de la pression intra-crânienne suite à l'effet de masse créé par les
hématomes sous-duraux.
Les hémorragies de la rétine et du vitré sont de même dues aux forces de
cisaillement induite par la rotation. Celles-ci ne surviennent presque
exclusivement que dans ce syndrome de l'enfant secoué. D'autres forces agissant
sur le crâne et le cerveau, comme celles causées par les accidents de
circulation et les élévations de la pression intracérébrale dues à des
réanimations cardio-pulmonaires prolongées, ne conduisent pratiquement jamais
à des hémorragies rétiniennes. Si celles-ci sont toutefois présentes, elle
sont limitées à la partie caudale du bulbe oculaire, alors que les
hémorragies rétiniennes du syndrome de l'enfant secoué sont mises en
évidence jusqu'au delà de l'équateur du bulbe oculaire 11,12,13.
Diagnostic différentiel
Les symptômes mentionnés - convulsions, troubles de conscience, apnées -
sont non spécifiques et peuvent être également causés par des accidents ou
d'autres maladies. Mais il existe alors dans tous les cas une anamnèse
concordante sur les circonstances de l'accident, ou des symptômes
supplémentaires comme p.ex. de la fièvre lors de septicémie/méningite.
L'acidurie glutarique constitue un diagnostic différentiel rare mais important
: dans cette affection peuvent coexister des hygromes sous-duraux, mais
également les symptômes cérébraux sus-mentionnés.
Diagnostic
La présence de cette triade symptomatique typique chez un nourrisson sans
explication claire quant au mécanisme de l'accident ou sans symptômes
évocateurs d'une pathologie interne fait suspecter en premier lieu un syndrome
de l'enfant secoué. D'autres signes pathologiques manquent en général lors de
l'examen clinique, en particulier, il n'y a pas de contusions sur la tête;
occasionnellement on peut constater des hématomes sur les bras ou le thorax (fig.2). Le diagnostic est confirmé en premier lieu par la mise
en évidence d'hémorragies rétiniennes uni- ou bilatérales14,
s'étendant jusqu'à la partie antérieure du bulbe oculaire, que l'on peut
mettre en évidence de manière optimale par l'examen indirect du fond d'œil et
qui sont pratiquement pathognomoniques d'un syndrome de l'enfant secoué (fig.3). Imagerie cérébrale : le CT-scan permet de mettre en
évidence les hématome sous-duraux (fig.4) et les lésions
cérébrales hypoxiques-ischémiques (fig.5) et l'IRM les
lésions typiques de cisaillement (fig.6).
Fig.2: hématome de la
face interne du bras chez un nourrisson de 6 mois victime du syndrome de
l'enfant secoué

Fig.3: hémorragies
rétiniennes

Fig.4: Image en écho de spin, pondérée en T1 :
hématome sous-dural frontoparietal gauche .

Fig.5: Image
tomodensitométrique : Dédifférentiation cortico-sous-corticale
pariétale droite avec hypodensité diffuse. Hématome sous-dural
fronto-pariétal droit hyperdense (2). Hémorrhagie sous-arachnoidienne frontale
droite (1).

Fig.6: Image en écho de
gradient, pondérée en T2 : multiples pertes de signal punctiformes dans
la substance blanche du centre semi-ovale à gauche, représentant des
hémorrhagies pétéchiales (" shearing injuries ")

Epidémiologie
Les nourrissons d'âge moyen de 5 mois sont principalement concernés. Le
rapport garçon/fille est de 3:2. Les coupables sont dans ¾ des cas des hommes,
les responsables étant dans 50 % des cas les parents, dans 17% des cas chacun,
le partenaire de la mère et la baby-sitter 3.
Pronostic
Environ ¼ des enfants décèdent quelques jours ou semaines après le
traumatisme. Parmi les survivants, selon des données des USA15, ¾
ont des séquelles à long terme, en particulier une invalidité (infirmité
motrice cérébrale), une atteinte de la vue allant jusqu'à la cécité, une
épilepsie et une arriération mentale, voire une combinaison de ces affections.
Dans d'autres publications avec un suivi plus prolongé et plus fin, le nombre
de handicaps est considérablement plus élevé, car les atteintes
neuropsychologiques ne pourront se manifester que durant la scolarité 16,17.
Prévention
Pour une certaine efficacité, des mesures de prévention doivent être
prises à plusieurs niveaux. L'information sur les situations à risque de
lésions particulièrement dangereuses – auquel appartient en première ligne
le syndrome de l'enfant secoué – en constitue un aspect. Il est étonnant que
même des spécialiste méconnaissent le danger de secouer des nourrissons et de
jeunes enfants, alors que les coups et les chutes – surtout s'ils sont dus à
des frêres et sœurs plus âgés – sont considérés comme délétères, de
façon presque exagérée.
La fondation Enfance et Violence s'est focalisé sur cette démarche
informative et a produit un dépliant ainsi qu’une vidéo d'enseignement à ce
sujet (voir encadré).
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Le dépliant "Au secours ! Mon bébé n'arrête pas de pleurer"
(disponible en français, allemand et italien) montre aux jeunes parents divers
modes de réaction possibles aux cris de leur bébé; on y on met en garde
contre le risque de secouer les enfants. La bande vidéo "ne secouez jamais
votre bébé" (disponible en français, allemand et italien) a les mêmes
buts.
Un spot TV, produit également par la fondation, n'a jusqu'ici qu'à peine eu
droit d'antenne, car aucun sponsor ni public ni privé n'a voulu jusqu'ici en
financer la diffusion.
Fondation Enfance et Violence
Geschäftsstelle
Frau Silvia Krebs
Eigermatte 46
Postfach 1235
3110 Münsingen
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Une prévention dans le domaine psycho-social est encore plus importante :
les coupables sont en général soumis à d'importantes contraintes provenant de
toutes parts qui les conduisent à un surmenage, pouvant amener, par manque de
contrôle de leurs impulsions, à une maltraitance corporelle. Il faudrait que
soit mis en place un type précis de prévention, ce qui constitue une tâche
importante de politique sociale et appartient en premier lieu au domaine de la
formation des adultes. Par là, il s'agit de communiquer aux adolescents et aux
jeunes adultes, avant leur paternité, des alternatives comportementales aux
réactions agressives dans des situations de surmenage. En Suisse, ce type de
prévention est encore loin d’être réalisé 18.
La formation de spécialistes à même de diagnostiquer rapidement et de
prendre en charge avec professionnalisme la maltraitance infantile fait l’objet
en Suisse d’investissements considérables et montre de bons résultats
précoces. Dans beaucoup d'endroits des réseaux de protections de l’enfance,
obligatoirement interdisciplinaires, fonctionnent déjà très bien. Seule une
prévention efficace permettra finalement d'éviter la grande détresse des
victimes et de leurs proches. Celle-ci est donc de toute priorité.
Remerciements pour les tomodensitométries et images de
résonance magnétique au Dr J.-F. Schneider du service d'imagerie diagnostique,
radiologie et résonance magnétique de la clinique universitaire de Zurich
(Dir. Prof. U. Willi et E. Martin)
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