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Que répondre au dentiste qui demande un calmant (notamment du
diazépam) en vue d'une intervention dans son cabinet (risque,
utilité,responsabilité) ?
V. Froidevaux, La Chaux-de-Fonds
Réponse :
Les dentistes se retrouvent souvent face à un enfant non coopérant à
qui il est nécessaire d'effectuer des soins dentaires. Il va de soi qu'une
sédation semble plus appropriée chez ces enfants plutôt que
l'immobilisation par la force ou l'anesthésie locale. Néanmoins il faut
rappeler qu'à la suite de décès de 3 enfants dans un cabinet dentaire en
1983 aux USA, l'Académie Américaine de Pédiatrie a publié en 1985 des
recommandations pour la sédation des enfants devant subir des soins
dentaires. Ces recommandations ont été révisés à plusieurs reprises
avec notamment l'introduction en 1992 de l'évaluation médicale avant la
sédation, de la nécessité d'un jeûne et d'un monitorage pendant et
après la sédation. Finalement, en Mai 1998, une dernière révision des
recommandations a fait introduire la notion de différents niveaux de
conscience induits par la sédation et le monitorage approprié et
indispensable en fonction de ces niveaux. Si on s'intéresse à la sédation
permettant de garder l'enfant conscient, on retrouve alors 3 niveaux de
conscience allant de la sédation légère (anxiolyse), interactive
(l'enfant répondant de manière appropriée aux commandes verbales) et
non-interactive (l'enfant se réveillant à la suite d'un stimulus mineur ou
modéré). Dans tous les cas, il devrait y avoir 2 dentistes dans le cabinet
dentaire et dès le 2ème niveau, le monitorage avec un pulsoxymètre était
indispensable avec l'introduction d'un tensiomètre et d'un capnographe dès
l'atteinte du 3ème niveau.
Il est bien entendu difficile d'appliquer ces recommandations
américaines en Suisse mais quelques éléments me paraissent essentiels à
évoquer avant de considérer tout agent sédatif. La connaissance des
différents types de sédation ainsi que de la pharmacodynamie des drogues
utilisés sont des éléments importants que le dentiste doit maîtriser
avant d'avoir recours à toute drogue. Par ailleurs, la connaissance à la
fois des effets indésirables et des risques encourus en cas de sédation
profonde sont indispensables, de même que la conduite à tenir ou
réanimation qui en découle. L'implication de ces conditions est
l'enseignement à la fois dans les cliniques dentaires ainsi que lors des
formations continues, des bases de l'utilisation de la sédation chez
l'enfant ainsi que de sa mise en application.
A la question posée sur l'opportunité d'administrer un calmant
(notamment du diazépam) à la demande du dentiste en vue d'une intervention
dans son cabinet (risque, utilité, responsabilité), je répondrais alors
tout simplement que le risque est d'autant plus grand que le dentiste ignore
les effets du diazépam et comment les contrecarrer, que le diazépam est
une drogue inutile et que la responsabilité du pédiatre prescrivant la
drogue est engagée.
Le risque d'une sédation au diazépam ou à un autre calmant est de
basculer vers un stade de sédation " non-interactive " avec
hypoventilation, hypoxie, vomissements et bronchoaspiration d'autant plus
que l'état de jeûne n'est pas respecté. Ce risque est diminué si le
dentiste possède un monitorage de la saturation en oxygène, un système
d'aspiration, d'administration d'oxygène et voire le matériel basique de
la réanimation respiratoire. Dans le cas des benzodiazépines, le dentiste
devrait même avoir la possibilité d'administrer du flumazenil si besoin.
Le diazépam qui a une durée de demi-vie de 30 heures (2,5 à 3,5h pour le
midazolam) me paraît une drogue inutile pour une anxiolyse ou une sédation
de courte durée que nécessite un soin dentaire.
Bien entendu, les pédiatres prescrivent du diazépam ou du midazolam à
des parents pour leurs enfants épileptiques. Mais dans ce cas, il s'agit
d'une circonstance d'urgence ou les benzodiazépines permettent d'arrêter
les convulsions, source de complications majeures chez ces enfants. Par
ailleurs, l'administration de ces médications est toujours accompagnée par
une éducation des parents sur les bénéfices et les dangers à la fois des
convulsions que de la sédation qui en suit. Il s'agit aussi très souvent
d'un traitement d'urgence en attendant qu'une équipe médicale prenne le
relais auprès de ces enfants épileptiques.
En conclusion, la sédation au cabinet dentaire est plus que nécessaire
mais nécessite pour sa mise en place une vraie information auprès de nos
collègues dentistes et l'enseignement de la pharmacologie des drogues
utilisées, le monitorage minimum nécessaire à posséder en cabinet et
enfin la conduite à tenir en cas de sédation profonde ou en cas d'autres
effets indésirables. A Genève, nous avons commencé une formation des
dentistes de la clinique dentaire sur l'utilisation du protoxyde d'azote
comme agent sédatif chez les enfants. Cette formation consiste jusqu'à ce
jour en la présence d'un médecin anesthésiste qui administrait le
protoxyde d'azote par un masque nasal. Les enfants sont tous monitorisés
avec un pulsoxymètre avec la présence d'un matériel d'aspiration ainsi
que de ventilation en cas de besoin. Le but de cette formation est de
permettre à terme l'autonomie des dentistes et qui pourront administrer une
telle sédation sous les mêmes conditions et en appliquant les
recommandations signalées auparavant à savoir la présence constante sur
place de 2 dentistes formés. "
Ref :
American Academy of Pediatric Dentistry : Guidelines for the elective
use of pharmacological conscious sedation and deep sedation in pediatric
dental patients. Pediatric Dentistry 1993 ; 15 : 297-299.
W. HABRE, Médecin Adjoint
Unité d'anesthésie pédiatrique
Hôpital des enfants
6, rue Willy Donzé
1204 Genève
Tel: 022 38 27 504
Fax: 022 38 24 624
e-mail: Walid.Habre@hcuge.ch
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