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La Suisse est-elle aussi exempte de nouveaux cas de polio ?
L’objectif que s’est fixé l’OMS en 1988, à savoir supprimer la
polio au plan mondial d’ici l’an 2000, ne peut pas être pleinement atteint.
Toutefois, le programme d’éradication progresse à grands pas, comme il a
été dit à Vienne du 20 au 24 février 1999, à l’occasion de la deuxième
rencontre du Comité de certification de l’OMS. Si, dans les faits, la polio n’existe
plus en Suisse, la disparition de cette maladie n’a cependant pas encore été
officiellement reconnue. Jusqu’à l’éradication définitive, il s’agira
de maintenir une couverture vaccinale élevée parmi la population.
En 1988, l’OMS a lancé un programme d’éradication de la polio à l’échelle
mondiale. Après la variole, ce serait le deuxième fléau de l’humanité à
disparaître de la surface du globe.
Situation dans le monde
En 1994 déjà, les Etats-Unis ont été déclarés exempts de poliomyélite.
Aucun cas de polio n’a plus été enregistré sur l’ensemble du continent
américain. La paralysie infantile existe encore à l’état endémique dans
quelque cinquante pays. Alors que le nombre des cas de polio était estimé à
35 260 en 1988, on n’en dénombrait plus que 6 339 dans le monde en
1998. La répartition des cas de polio dans les différentes régions du monde
est présentée dans le tableau ci-dessous.
Tableau 1 : Nombre estimé de cas de polio dans le monde en 1988 et 1998 [1]
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1988 |
1998 |
|
Afrique |
4563 |
993 |
|
Amérique |
308 |
0 |
|
Méditerranée orientale |
2339 |
551 |
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Europe (1998:Turquie, type 1 = 24 ; type III = 2) |
213 |
26 |
|
Sud-est asiatique |
25710 |
4769 |
|
Pacifique occidental |
2127 |
0 |
| Total |
35260 |
6339 |
Les campagnes de vaccination à l’échelle mondiale ont donné d’excellents
résultats. Dans les pays dans lesquels la polio existe encore à l’état
endémique, les efforts se poursuivent sans relâche et la population est
vaccinée dans le cadre de journées nationales dites d’immunisation. En Inde,
par exemple, plus de 100 millions de personnes ont été immunisées de cette
manière en 1997. Dans certains pays, notamment au Soudan, les conflits armés
entravent considérablement les efforts gigantesques déployés dans ce domaine
par l’OMS. Toujours en Afrique, une recrudescence des cas de polio en Angola
constitue une source de préoccupations ; non moins de 1 103 cas ont
été déclarés pour 1999. Par ailleurs, on a pu observer dans des communautés
religieuses hostiles aux vaccinations que les personnes non immunisées étaient
davantage exposées au risque de contracter la maladie. Aux Etats-Unis (1979) et
aux Pays-Bas (1992), respectivement 16 et 78 cas de poliomyélite paralytique
ont été enregistrés [2,3].
Quand déclare-t-on officiellement un pays exempt de polio ?
En Suisse, le dernier cas déclaré de polio à virus sauvage remonte à
1982. On peut dès lors se demander pourquoi la Suisse n’est pas
officiellement déclarée exempte de polio. Pour l’OMS, organisme chargé de
coordonner la campagne d’éradication, les pays qui n’enregistrent pas de
nouveaux cas de polio doivent remplir certains critères avant d’être
déclarés exempts de polio. A savoir :
- Déclaration de tous les cas de paralysie flasque aiguë survenant chez des
personnes âgées de moins de quinze ans.
- Deux examens virologiques des selles en l’espace de 24-48 heures au moins,
dans les quinze jours suivant l’apparition d’une paralysie flasque aiguë.
- Pas d’isolement de virus sauvages de la polio pendant une période de
trois ans.
Situation en Suisse
La Suisse ne remplit pas encore tous ces critères. L’OFSP a institué un
comité chargé d’authentifier l’éradication de la polio en Suisse et de
formuler des propositions pour la suite de la procédure dans ce domaine. Le
comité en question est présidé par le professeur Kurt Bienz, de Bâle, L’enregistrement
de tous les cas de paralysie flasque aiguë (AFP) et, consécutivement, les deux
examens virologiques des selles en l’espace de 24 à 48 heures dans les quinze
jours qui suivent l’apparition de la maladie sont encore insuffisants [4]. Les déclarations d’AFP constituent un bon indicateur de l’efficacité
des mesures de surveillance de la poliomyélite. Seuls l’enregistrement et l’examen
virologique d’un nombre suffisant d’AFP nous permettront d’apporter la
preuve qu’en cas de maladie, notre système recenserait le fait avec une
probabilité élevée. Le recensement des AFP n’a donc aucune valeur
diagnostique ; il constitue uniquement un outil permettant d’évaluer la
qualité de notre système de déclaration des cas de poliomyélite. Si un cas
isolé de paralysie flasque aiguë provoquée par des virus sauvages de la polio
apparaît, on peut déjà parler d’épidémie, car seuls 0,1 à 2 % des
infections à poliovirus évoluent vers la paralysie. Une centaine de personnes,
voire davantage, peuvent contracter la maladie sans s’en rendre compte tandis
que quelques-unes seulement développent des manifestations infectieuses. En
Suisse, la déclaration des cas de paralysie flasque est garantie d’une part
par le système de déclaration obligatoire (à annoncer dans les 24 heures) qui
recense les de polio ou des suspicions de polio et, d’autre part, par une
déclaration volontaire à l’OFSP des cas d’AFP par la SPSU (Swiss
Paediatric Surveillance Unit, organisme auquel sont rattachées 39 cliniques). L’OMS
exige une déclaration aussi complète que possible (> 1 / 100 000
enfants âgés de moins de 15 ans) et une documentation des cas d’AFP
accompagnée d’examens virologiques des selles adéquats. Une surveillance
systématique des virus de la polio constituerait une solution excessivement
contraignante et engendrerait des coûts considérables, raisons pour lesquelles
la Suisse a renoncé à dépister systématiquement les virus sauvages de la
polio.
Le comité suisse estime que la stratégie énoncée ci-dessous s’avère
absolument indispensable dans l’optique d’une surveillance efficace :
- Il y a lieu d’optimiser le processus de déclaration des paralysies
flasques aiguës (éventuellement prise en compte de la population adulte).
- Le comité a élaboré des directives sur la manière d’effectuer des
examens de selles dans les cas de paralysie flasque : l’analyse des
selles doit être centralisée et confiée au " Nationales
Referenzlabor für Poliomyelitis " de l’Université de Bâle (prof.
Kurt Bienz). La question de savoir si l’on se trouve face à un virus de type
sauvage ou à une souche vaccinale relève ensuite de la compétence du
laboratoire régional de l’OMS situé à Berlin.
- Il convient d’arrêter des directives officielles sur la manière de
procéder en cas de polio à virus sauvage.
- Enfin, il y a lieu d’enregistrer en permanence la couverture vaccinale
chez les enfants en bas âge et en âge scolaire.
Vaccination contre la polio : recommandations pour la Suisse
L’immunisation de base comprend l’administration de quatre doses de
vaccin à l’âge de 2, 4, 6 et 15-23 mois. Un rappel du vaccin doit être
effectué lorsque l’enfant atteint 4 à 7 ans. On recommande le vaccin
injectable (IPV) pour les trois premières doses, pour la quatrième et la
cinquième doses, on peut utiliser le vaccin oral (OPV) ou l’injectable (IPV)
[5-7]. Le choix de cette nouvelle stratégie de vaccination
se justifie par le fait que nous voulons éviter les cas de poliomyélite
vaccinale. Par ailleurs, un rappel devrait être effectué tous les dix ans chez
les personnes présentant un risque particulier (voyages dans des pays où la
polio existe à l'état endémique) et les personnes exposées à un risque
particulier du fait de leur profession (personnel de laboratoire et médical).
Une bonne couverture vaccinale est nécessaire pour garantir la protection
de la population
Après avoir enregistré des résultats spectaculaires à l’échelle
mondiale, les programmes de vaccination risquent d’être victimes de leur
propre succès. La variole, jadis responsable de deux millions de morts par an
et principale cause de la cécité dans le monde, a disparu de la surface du
globe. Grâce à une vaccination efficace, la rougeole n’existe plus ni en
Finlande ni aux Caraïbes et, partant, des maladies telles que la paralysie
infantile, l’encéphalite morbilleuse, le syndrome de rubéole congénitale ou
la diphtérie épargnent désormais les jeunes générations de ces pays.
Actuellement, parents et spécialistes sont davantage attentifs aux effets
secondaires, pourtant rares, des vaccins. Etant donné que certaines maladies ne
constituent plus un risque réel, il devient de plus en plus difficile de
maintenir une couverture vaccinale élevée, même si les résultats de la
prophylaxie par vaccination parmi les enfants et les jeunes comptent parmi les
plus grands succès jamais enregistrés par la médecine préventive.
Les vaccins confèrent une protection directe et indirecte
On sait depuis longtemps déjà que lorsque des individus immunisés et non
immunisés cohabitent, ceux-là protègent ceux-ci. La vaccination a pour effet
direct de protéger les personnes immunisées contre une maladie spécifique.
Elle exerce toutefois aussi un effet indirect, dans la mesure où elle modifie
le pourcentage des personnes immunisées et non immunisées au sein d’une
population. La vaccination augmente le nombre des individus immunisés et,
parallèlement, réduit le groupe des récepteurs potentiels (population hôte
pour le germe responsable) et rend moins efficace la transmission de la maladie
infectieuse. Le risque d’être contaminé par le germe responsable de la
maladie diminue en conséquence, aussi pour les individus non immunisés.
Immunité de groupe (herd immunity) – Risque d’épidémie
L’éradication d’une maladie infectieuse ne signifie donc pas que la
couverture vaccinale doit atteindre 100 %. Nous avons les moyens de
calculer la couverture vaccinale nécessaire pour assurer la protection de la
population. Le taux de couverture varie d’une maladie à l’autre : pour
la polio, par exemple, il se situe entre 85 et 85 % [8].
Des vaccinations de masse qui n’offrent pas une couverture vaccinale
suffisante au niveau de l’ensemble d’une population ne peuvent pas empêcher
la propagation d’une maladie. Lorsque la couverture vaccinale est top faible,
le risque est bien réel de voir réapparaître régulièrement des épidémies
(épidémie de poliomyélite au sein d’une communauté religieuse hostile aux
vaccins (Hollande), épidémie de polio en Albanie ou de diphtérie dans l’ex-Union
soviétique [3, 9, 10]).
En ce qui concerne la santé des enfants en Suisse, les données ont rarement
fait l’objet d’un recensement systématique. La couverture vaccinale peut
aussi constituer un bon indicateur de la santé d’un groupe-cible donné ou de
la prévoyance en matière de santé. En particulier, elle permet d’évaluer
le degré de la prévoyance-santé parmi les enfants en bas âge et les jeunes.
Si une vaccination documentée fournit des données sérologiques, elle sert
aussi principalement à évaluer le degré d’immunité et la protection
vaccinale existante. En Suisse, il n’y a toutefois guère eu jusqu’ici de
recensement systématique continu des données relatives à la couverture
vaccinale. Plusieurs études effectuées ces dernières années auprès d’enfants
âgés de deux ans ont révélé, pour la poliomyélite, une couverture
vaccinale atteignant 91 % à 100 % (3 doses) et 47 % à 87 %
(4 doses) dans les différents cantons. En revanche, la protection vaccinale est
insuffisante contre la rougeole, les oreillons (70 à 89 % dans les
différents cantons) et la rubéole. Pour assurer une immunité de groupe, les
couvertures vaccinales devraient respectivement être de 92-95 % pour la
rougeole, de 90-92% pour les oreillons et de 85-87 % pour la rubéole. Il
incombe aux médecins de préserver les acquis les plus spectaculaires de la
médecine préventive. A cet effet, il convient de contrôler régulièrement
les certificats de vaccination des enfants, des jeunes et des adultes, d’attirer
l’attention des personnes concernées sur les faiblesses et lacunes de leur
couverture vaccinale et de procéder aux rappels qui s’imposent
Communiqué par le
Comité pour l’authentification de l’éradication de la poliomyélite en
Suisse :
Prof. Kurt Bienz, Bâle;
Dr. Hans Binz, Soleure;
Dr. Catherine Bourquin, OFSP;
Prof. Eugen Boltshauser, Zurich;
Dr. Pietro Vernazza, Saint-Gall.
Références
- Information WHO Internet: http://www.who.dk/
- Schonberger LR, Kaplan J, Kim-Farley R, et al. Outbreak of paralytic
poliomyelitis in the United States. Rev Infect Dis 6(suppl 2)1984: S424-S426
- Oostvogel, PM, van Wijngaarden JK, van der Avoort HGAM et al. Poliomyelitis
outbreak in an unvaccinated community in the Netherlands, 1992-93. Lancet 1994;
344: 665-70
- Office fédéral de la santé publique. SPSU – Rapport annuel 1998.
Bull. OFSP 1999; No33: 624-30
- Office fédéral de la santé publique. Nouvelles recommandations pour la
vaccination contre la poliomyélite. Complément au supplément III de mars
1990. Bull. OFSP 1999 ; 43 : 809-11
- Centers for Disease Control. Poliomyelitis prevention in the United Stares:
introduction of a sequential vaccination schedule of inactivated poliovirus
vaccine followed by oral poliovirus vaccine: recommendations of the Advisory
Committee on Immunization Practices (ACIP). MMWR 1997; 46 RR-3: 1-25
- Joce R, Wood D, Brown D, Begg N. Paralytic poliomyelitis in England and
Wales, 1985-91. BMJ 1992; 305: 79-82
- Anderson RM, May RM. Immunisation and Immunity. Lancet 1990; 335: 641-5
- Prevots DR, Ciofi degli Atti ML, Sallabanda A et al. Outbreak of paralytic
poliomyelitis in Albania, 1996: High attack rate among adults and apparent
interruption of transmission following nationwide mass vaccination. Clin Inf Dis
1998; 26: 419-25
- Dittmann S. Epidemic diphtheria in the newly indipendent states of the
former USSR - situation and lessons lerned. Biologicals 1997; 25: 179-86
cet article a été
publié dans le Bull.OFSP
2000;14:268-270
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