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Fassung dieses Artikels
Otite moyenne aiguë :
Propositions pour la mise à jour de la prise en charge
Introduction
L’otite moyenne n’est pas seulement l’une des maladies les plus
fréquentes en pédiatrie, mais aussi l’indication la plus fréquente,
pour la prescription d’une antibiothérapie en pratique ambulatoire1.L’augmentation
du nombre d’otites mises en évidence, ainsi que l’émergence de plus en
plus importante de résistances aux antibiotiques durant les dernières
années a provoqué une remise en question fondamentale de la prescription d’antibiotiques
lors d’otite moyenne, de la prévention de complications, du choix de l’antibiotique
et de la durée du traitement. Une mise à jour du traitement de l’otite
moyenne est proposée en se fondant sur des recherches récentes et sur l’analyse
des informations correspondantes. Comme nous le démontrerons, cette prise
en charge insiste sur la différence entre l’otite moyenne aiguë d’une
part et le catarrhe tubaire d’autre part, et met en évidence les options
et limites du traitement de première intention de l’otite moyenne aiguë
par la seule analgésie, et du suivi de son évolution spontanée.
Définition et diagnostic
Le terme d’otite moyenne désigne toute pathologie inflammatoire
de l’oreille moyenne, qui comprend donc la caisse du tympan, les cellules
mastoïdiennes et la trompe d’Eustache. L’otite moyenne englobe 3
tableaux cliniques différents, qui sont l’otite moyenne aiguë, le
catarrhe tubaire ainsi que l’otite moyenne chronique (tableau
1). L’otite moyenne aiguë se définit comme une inflammation
purulente rapidement progressive de l’oreille moyenne avec signes
inflammatoires locaux ou systémiques2-3. Le
diagnostic est établi cliniquement par l’otoscopie et par la mise en
évidence de signes inflammatoires locaux et généraux. La sémiologie
otoscopique est la suivante : le tympan est hyperémié ou jaunâtre,
dédifférencié (absence du reflet), bombé par l’épanchement de la
cavité tympanique et diminué dans sa mobilité. De plus, on peut trouver
une otorrhée et une otalgie. Les symptômes généraux sont de la fièvre,
une irritabilité et des signes aspécifiques tels que douleurs abdominales
et diarrhées.
Le catarrhe tubaire se distingue de l’otite moyenne aiguë par l’absence
de signes inflammatoires locaux et systémiques. Cette distinction est
fondamentale, car le catarrhe tubaire ne doit en principe pas être traité
par antibiotiques1. Le catarrhe tubaire
chronique persistant plus de 3 mois doit être traité en collaboration avec
le spécialiste ORL et ne sera pas discuté ici. L’otite moyenne chronique
implique une perforation tympanique. La perforation périphérique engendre
le risque de cholestéatome, contrairement à la perforation centrale
(otitis media simplex).
Pathogénèse
L’interaction réciproque de la dysfonction tubaire, de la
pneumatisation de l’oreille moyenne, de la colonisation bactérienne des
végétations, des infections virales et bactériennes ascendantes, de la
défense immunitaire et d’autres facteurs prédisposants détermine la
pathogénèse de l’otite moyenne. Les enfants d’âge préscolaire sont
particulièrement sujets aux otites moyennes pour les raisons
suivantes : d'une part ils tendent particulièrement à des troubles de
la pneumatisation, car en raison de leur condition anatomique spécifique,
leur trompe d’Eustache, particulièrement courte, a un trajet horizontal,
qu’elle est moins rigide dans sa partie cartilagineuse et que d'autre part
ces enfants ont davantage d’infections virales des voies aériennes
supérieures3. Une otite moyenne aiguë est
une infection ascendante à partir du nasopharynx. Une infection des voies
aériennes concomitante ou préexistante est fréquente. Les virus
respiratoires peuvent atteindre l’oreille moyenne, provoquer l’inflammation
et faciliter la surinfection bactérienne par agression de l’épithélium4.
L’obstruction purement mécanique par des végétations hyperplasiques est
une cause rare des troubles de la pneumatisation de l’oreille moyenne,
mais les végétations constituent le réservoir de pathogènes pour l’otite.
Etiologie et décours
Lors d’otite moyenne aiguë, la recherche étiologique microbiologique
par paracentèse met en évidence des bactéries dans deux tiers des cas,
des virus dans un petit tiers et aucun agent pathogène dans les autres
situations (tableau 2)4.
La guérison spontanée de l’otite moyenne sans antibiotique est la
règle pour la majorité des cas5. La
guérison spontanée survient dans 69 à 97 % des otites bactériennes, dans
100 % des otites virales. Toutefois, il n’est pas possible de distinguer
cliniquement une otite moyenne aiguë virale d’une otite moyenne aiguë
bactérienne. Ce ne sera que l’évolution qui pourra mettre en évidence
une otite moyenne aiguë ne guérissant pas spontanément, donc tributaire d’une
antibiothérapie.
L’extension de l’inflammation peut provoquer d’une part une
perforation tympanique, grevée du rare danger de ses complications tardives
ou d’autre part des complications aiguës, la mastoïdite avec abcès
sous-périosté, et dans les cas extrêmes, la perforation dans le système
nerveux central. Contrairement à ces complications graves, il persiste
fréquemment, après guérison de l’otite moyenne aiguë, un épanchement
tympanique. Celui-ci persiste indépendamment du traitement antibiotique
préalable, même après la régression des signes inflammatoires, pendant
des semaines et correspond à un catarrhe tubaire (tableau 3)1.Les
enfants qui présentent plus de 4 épisodes d’otites moyennes aiguës par
année ou plus de 3 otites moyennes aiguës durant les derniers mois sont
désignés comme " otitis prone children ". Pour ces
enfants, les facteurs de risque sont parmi d'autres la crèche, l’utilisation
de lolette, les familles nombreuses, le tabagisme passif et la présence
d'une fente labio-maxillo-palatine 6.
Traitement initial sans antibiotique
Différentes études et méta-analyses ont mis en évidence que l’évolution
spontanée de l’otite moyenne aiguë est favorable5,7,8,9.
Comparés au groupe placebo, les enfants traités par antibiotiques n’avaient
une évolution plus favorable que dans 3,8 à 14 % des cas. Ceci
correspondait à une diminution de la douleur après 2 à 7 jours et à une
diminution du risque d'otite controlatérale, mais à un doublement du
risque d’effets secondaires médicamenteux. Il n’y avait pas eu
davantage de complications. La guérison spontanée sans antibiotique se
chiffrait de 72 à 96 %, en d’autres termes ce n’est qu’un enfant sur
7 voire même 17 enfants qui tire profit de l’antibiothérapie. Lorsque
l'on peut identifier des facteurs de risque d'évolution défavorable, les
résultats sont proche de ceux du traitement antibiotique, sans devoir
escompter une augmentation des complications.
Le but de la prise en charge proposée ci-dessous est de ne traiter par
antibiotiques que les enfants chez qui la guérison spontanée fait défaut,
et d’éviter des complications. (tableau 4). En
pratique clinique, il est difficile de faire la différence entre d'une part
une otite moyenne aiguë et d’autre part un catarrhe tubaire avec
infection grippale concomitante. Comme il n’est pas possible de savoir
lors de la première consultation quel enfant profitera de l’antibiotique,
nous recommandons, sauf exception un procédé par palier, lors duquel on
donnera toujours des analgésiques mais en principe pas d’antibiotiques en
première intention. Les enfants de moins de 2 ans n’ont été que
partiellement pris en compte dans les études citées et l’otite pourrait
avoir chez eux un décours plus grave 5,7,8,9.
Une étude récente à cependant démontré qu'également dans cette classe
d’âge, le traitement par antibiotiques n’améliorait pas l’évolution
spontanée favorable et ne pouvait améliorer la symptomatologie que chez un
enfant sur huit, de plus en ne raccourcissant sa durée que d’un jour11.
Ainsi, une antibiothérapie de première intention ne paraît pas
raisonnable si une réévaluation dans les 24 heures est possible10,11.
Tous les enfants porteurs d’un risque élevé d'évolution plus grave ou
de complication doivent bénéficier d’une antibiothérapie dès le
début. Il s’agit d’otite bilatérale, d’otorrhée purulente, d’otites
récidivantes, d’enfants n’entendant que d’une oreille, de porteurs de
malformation et de déficits immunitaires (tableau 4).
Durée de l’antibiothérapie
Concernant la durée du traitement par antibiotique, les méta-analyses
montrent une Odds ratio de 1,52 en défaveur du traitement bref de 5 jours
par rapport au traitement long de 10 jours, mais seulement pendant les
premiers 8 à 19 jours, et sans différence significative après plus d’un
mois12,13. Pour les enfants de plus de 2 ans
ces résultats étaient valables indépendamment du choix de l’antibiotique13.
Les résultats actualisés mettaient en évidence un avantage significatif
en faveur d'un traitement d'une durée de 10 jours chez les enfants de moins
de 2 ans1,14. Le résumé de ces données
aboutit à la prise en charge présentée dans le tableau 5.
Choix de l’antibiotique
Etant l’agent microbien le plus fréquent de l’otite moyenne aiguë
mais aussi celui avec le taux le plus faible de guérison spontanée , le
pneumocoque déterminera de manière prépondérante le choix
thérapeutique. Comme le pourcentage de pneumocoques résistants à la
pénicilline est (encore) actuellement relativement faible en Suisse et que
la guérison spontanée en présence de germes partiellement b-lactamase
positive est relativement élevée (jusqu'à 97 % pour haemophilus
influenzae et moraxella catarrhalis), nous recommandons l’amoxicilline
comme premier choix. En cas de non réponse ou d’incompatibilité, l’on
peut choisir un macrolide ou une aminopénicilline résistant à la b-lactamase
(tableau 6). En cas d’échec de cette option, il est
conseillé de consulter un spécialiste ORL.
Le traitement d’un épanchement tympanique sans signe inflammatoire -
en d’autres termes un catarrhe tubaire - par des antibiotiques n’est pas
nécessaire et n’apporte aucun avantage1. Un
épanchement doit cependant être contrôlé cliniquement. S’il persiste
au delà de 3 mois, le patient doit être adressé à un spécialiste ORL,
pour qu'en cas d’hypoacousie prolongée, un retard de langage soit
évité.
Résumé :
Prise en charge de l’otite moyenne aiguë
| 1. |
Le diagnostic de l’otite moyenne aiguë se fait cliniquement, par
l’otoscopie et le répertoire des signes inflammatoires locaux et
généraux. Le catarrhe tubaire doit être clairement distingué. |
| 2. |
Le traitement de première intention de l’otite moyenne aiguë se
fait, sauf exception, par analgésie, un premier contrôle est
réalisé dans les 24 à 48 heures. |
| 3. |
La réévaluation après 24 à 48 heures a pour but de dépister les
otites à décours plus graves. |
| 4. |
La cible principale de l’antibiothérapie est le
pneumocoque : l’antibiotique de premier choix est l’amoxicilline. |
| 5. |
La durée du traitement antibiotique est de 5 jours, sauf chez les
enfants de moins de 2 ans, ou lors d’une perforation tympanique, ou
chez les malades présentant des otites moyennes aiguës
récidivantes. |
| 6. |
L’épanchement tympanique doit être suivi jusqu'à sa
disparition. |
| 7. |
La prise en charge par analgésie en première intention est la
règle pour la grande majorité des otites moyennes aiguës à
décours non compliqué. Les situations à risque, les décours plus
graves et les échecs thérapeutiques doivent être dépistés, pris
au sérieux, traités et contrôlés. |
Ch. Berger
Abteilung Infektiologie
Universitäts-Kinderklinik Zürich.
Kerstin Michel
Kinderklinik, Kantonsspital Winterthur.
Traduction :
A. Corboz , Service de pédiatrie et
J.P.Friedrich , Service d’ oto-rhino-laryngologie et de chirurgie
cervico-faciale
Hôpital de Ville , La Chaux-de-Fonds
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Tableau 1 : Définition et catégories de
l’otite moyenne
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Otite moyenne aiguë |
Catarrhe tubaire |
Otite moyenne chronique |
|
Epanchement de la caisse du tympan avec signes
inflammatoires locaux et
systémiques
|
Epanchement de la caisse du tympan sans signes
inflammatoires locaux ou généraux
- aigu : inférieur à 3 semaines
- subaigu : 4 à 12 semaines
- chronique : supérieur à 3 mois
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Tableau 2 : Germes et taux de guérison
spontanée
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Germes |
Fréquence (%) |
Guérison spontanée (%) |
|
Streptococcus pneumoniae
Haemophilius influenzae, non typisé
Moraxella catarrhalis
Streptocoques groupe A
Staphylocoques dorés
Virus respiratoires |
30 - 35
20 - 25
10 - 15
6
5
30 |
69
90
97
96
100
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Tableau 3 : Persistance de l’épanchement
tympanique post otite moyenne aiguë (sans ou avec antibiothérapie)
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Durée |
Pourcentage des patients
avec épanchement tympanique |
|
2 semaines
4 semaines
2 mois
3 mois |
70 %
50 %
20 %
10 % |
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Tableau 4 : Prise en charge
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1a. Analgésie exclusive en 1ère intention |
|
Enfant de plus de 2 ans, tympans intacts |
Enfant de moins de 2 ans, tympans intacts |
- Analgésie
- Réévaluation clinique après 48 h
|
- Analgésie
- Réévaluation clinique après 24 h
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|
Analgésie :
1er choix : paracétamol 20 à 25 mg / kg / dose , 3 à 4 x /
jour
2ème choix : Diclofénac 1 mg / kg / dose, 3 x / jour
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1b. Antibiotique en une seconde étape |
|
Enfant de plus de 2 ans, tympans intacts |
Enfants de moins de 2 ans, tympans intacts |
|
Persistance des symptômes ou péjoration de l’état
général |
|
2a. Analgésie et antibiotique en 1ère intention |
|
Enfants de plus de 2 ans |
Enfants de moins de 2 ans. Présentation
clinique importante ou atteinte de l’état général |
|
Otite moyenne aiguë bilatérale, otorrhée
purulente (perforation tympanique), une seule oreille fonctionnelle,
enfant tendant aux otites moyennes fréquentes, malformation
anatomique, déficience immunitaire. |
Top
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Tableau 5 : Durée du traitement par
antibiotiques
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5 jours - sauf : |
- enfant tendant aux otites moyennes aiguës
récidivantes
traitement pendant 10 jours |
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Tableau 6 : Choix de l’antibiotique
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1er choix |
Amoxicilline |
50 mg / kg / j, en 3 x |
|
2ème choix
(en cas de non - réponse
à l’Amoxicilline) |
Amoxicilline &
Acide clavulanique
Azithromycine
Cefuroxime-axetil
Cotrimoxazol |
50 mg / kg / jour en 2 x
15 mg / kg / jour en 2 x
10 mg / kg (durant 3 jours) en 1 x
30 mg / kg / jour en 2 x
36 mg / kg / jour en 2 x |
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Références Top
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