L'huile d'onagre est-elle une alternative valable aux médicaments stimulants chez les enfants atteints de syndrome d'hyperactivité avec déficit d'attention ?

M. Ryffel, Münchenbuchsee
(Traduction : R. Tabin, Sierre)

La SSP a été orientée que dans diverses pharmacies et drogueries l'on vantait de l'huile d'onagre sous la forme d'EFAMOL comme une aide naturelle pour les enfants hyperactifs (ADHD). L'entreprise Sidroga, représentante en Suisse n'a pas pu en réponse à notre demande mettre à disposition les travaux cités sur le prospectus, malgré la promesse de cet envoi, complété par celui de nouvelles études, ceci même après un délai de 7 semaines. L'entreprise donne comme explication qu'en Suisse l'indication " hyperactivité chez les enfants " ne serait pas du tout enregistrée par l'OICM ! Dans l'information spécifique à disposition des médecins il est expliqué que les acides gamma-linoléiques (AGL) présents dans l'huile d'onagre sont présents dans une composition favorable et que les acides gras essentiels (AGE) jouent un rôle important dans de nombreux processus biologiques (formation de structures membraneuses, rôle dans la synthèse des prostaglandines et des leucotriènes). De vraies carences surviennent rarement dans le monde occidental, mais la préparation industrielle de nombreux aliments conduit à une carence d'AGE biologiquement actifs. Comme indications à la prescription d'AGL sont cités l'hyperlipidémie, les maladies de la peau, le syndrome prémenstruel, l'arthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques, le diabète sucré, l'alcoolisme et justement l'hyperactivité. La seule étude anglaise mise à disposition par l'entreprise (1) rapporte que des nourrisson principalement atteints d'atopie, de grandes variations d'humeur, de troubles du sommeil et de coliques, auraient parfois de manière spectaculaire répondu à l'administration d'huile d'onagre. De même pour des enfants avec une anamnèse familiale positive pour des affections allergiques, dépression, toxicomanie et alcoolisme.

Les enfants classiquement hyperactifs ont visiblement beaucoup moins bien réagi, il est cependant peu clair si ces enfants ont été diagnostiqués selon les critères du DSM-III valables à cette époque.

Il est bien connu que l'EFAMOL n'est depuis longtemps pas le seul traitement alternatif qui ait été instauré lors d'ADHD. Lors de la " conférence de consensus sur l'ADHD " de l'Institut National de Santé Mentale (NIMH) au cours de laquelle parmi d'autres ont été revues de manière scientifique le diagnostic et les traitements médicamenteux (2) L.E. Arnold a publié un article extrêmement intéressant (3) avec une bibliographie extensive sur les traitements alternatifs qui sont proposés avant tout aux USA. Nous rapportons brièvement les résultats de cette revue ci-après.

En complément aux traitements à l'efficacité prouvée à maintes reprises : médicaments (4) et méthodes de thérapies comportementales, les traitements alternatifs les plus fréquents sont décrits de manière extensive, commentés et finalement attribués à 4 catégories :

1. Méthodes pour lesquelles jusqu'ici aucune efficacité claire ne peut être ni démontrée ni admise par manque d'expérimentation scientifique :
 
  • l'administration d'acides gras essentiels, comme p.ex l'EFAMOL ! 
  • l'administration de monosaccharides comme du glucose, ou du mannose, etc. 
  • l'administration de préparations vitaminées 
  • la phytothérapie 
  • l'homéopathie 
  • l'acupuncture au laser
  • le Biofeedback-EEG 
  • le feedback avec miroir 
  • les méthodes de stimulation perceptives, comme p.ex l'intégration neuro-sensorielle 
  • la stimulation vestibulaire 
  • les traitements antimycotiques et certaines immunothérapies

2. Méthodes qui sont vraisemblablement sans effet, voire même dangereuses
 
  • les méga-vitamines 
  • l'administration de certains acides aminés 
  • les restrictions de l'apport en sucre

3. Indication claire lors d'étiologie particulière
 
  • traitement chélateur lors d'intoxication au plomb 
  • correction d'une dysfonction tyhroïdienne lors d'insuffisance thyroïdienne prouvée (environ 2-5 % de tous les enfants avec ADHD ??)
  • administration de zinc, fer, magnésium ou de vitamines lors de carences prouvées. Il est possible que ces carences soient plus fréquentes qu'admis jusqu'ici !

4. Méthodes à l'efficacité prouvée
 
  • diète pauvre en antigènes pour les enfants avec intolérance alimentaire prouvée (environ 5 % de tous les enfants avec ADHD) 
  • désensibilisation contre certains allergènes alimentaires · biofeedback avec EMG 
  • méditation ! (a bien démontré son efficacité dans 2 petites études… !)

Les 4 méthodes mentionnées en dernier sont étonnantes pour nous européens et ne correspondent que peu à notre expérience, mise à part la diète pauvre en antigènes. Pourtant le travail d'Arnold doit nous stimuler à un grand nombre de nouvelles démarches qui selon la situation peuvent être mises en pratique dans notre pratique et qui rendent encore plus passionnantes les investigations et la prise en charge des enfants avec ADHD. Il faut ici observer que les critères du DSM-IV utilisés aux USA et également de plus en plus dans le reste du monde pour diagnostiquer un ADHD (5) ne correspondent pas entièrement aux critères suisses-alémaniques du " POS ".(6)…..Il manque également des informations sur les traitements populaires chez nous comme la psychomotricité, l'ergothérapie, la kinésiologie, la POL-thérapie, etc.

Mon expérience durant de longues années avec beaucoup de familles qui parfois avaient des années durant suivi des odyssées avec des traitements alternatifs pour éviter un " traitement avec de la chimie ", m'ont engagé à instaurer si possible le traitement par des stimulants, qui fait aujourd'hui partie du " gold standard " scientifique, de manière objective mais également pragmatique, en utilisant des informations adaptées au public (7,8), ceci afin d'obtenir un traitement optimal : traitement individualisé et, lors de bonne réponse, à long terme, sans interruption. Cette méthode, que les praticiens expérimentés utilisent depuis de nombreuses années, a également été prouvée scientifiquement dans les premiers résultats de la plus grande étude pédo-psychiatrique à long terme effectuée jusqu'ici (9) avec environ 600 enfants qui a été publiée et qui a pu démontrer qu'un " traitement médical " correct est décisif pour le soulagement de la symptomatique de l'ADHD.


Références :

1. M.Blackburn: Use of Efamol for Depression and Hyperactivity in Children, Kap 26, S 345-49 in „Omega-6-Essential Fatty Acids, Pathophysiology and Roles in Clinical Medicine", 1990, Alan R.Liss.,Inc
2. NIMH Concensus Conference on ADHD, Nov. 1998, http://odp.od.nih.gov/consensus/cons/110/110_statement.htm
3. L.E.Arnold: Treatment alternatives for ADHD, Journal of Attention Disorders, Vol 3, No.1, 1999, 30-48
4. Practice Parameters for the Assessment and Treatment of Children, Adolescents and Adults with ADHD. J. Am. Acad. Child. Adolesc. Psychiatry, 1997, 36.10 Supplement 85 ff
5.
Diagn. und Statist. Manual Psychischer Störungen DSM IV, Hogrefe Verlag, 1996
6. Ryffel M.,Kind C.: „Das POS-Kind wird erwachsen", PAEDIATRICA, Vol 7, No 5, 4-7, 1996
7. Kapitel : „Wann und warum helfen Medikamente" in Cl.Thierstein: „Unruhige, unkonzentrierte und auffällige Kinder im Alltag POS, ADS und HKS", Eine Hilfestellung, P.Haupt Verlag, 2.Auflage, 1999
8. Die „AKOS-Brille" in www.psychologie-online.ch/add.htm
9. MTA Cooperative Group: A 14 Month Randomized Clinical Trial of Treatment Strategies for ADHD, Arch Gen Psychiatry, 1999;56: 1073 - 1086, http://archpsyc.ama-assn.org/
 
 

Dernière mise à jour du site: 25.06.2008