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Prédisposition aux maladies
tumorales chez l'enfant -
de l'examen clinique au laboratoire de génétique moléculaire et retour
Prof. Dr med. Hansjakob Müller
INTRODUCTION
Introduction : A peine 5% de toutes les maladies tumorales chez l'enfant
sont dues à une prédisposition correspondante. En font partie la trisomie
21 (0,8% *), le syndrome de Li-Fraumeni (0,7% *), la neurofibromatose de
type 1 (NF1) (0,5% *) et la sclérose tubéreuse (0,1% *) (Voir illustration
no 1). D'autres prédispositions, telles que celles pour le
rétinoblastome ou la tumeur de Wilms, sont beaucoup moins fréquentes, mais
attirent beaucoup plus d'attention en raison de leur importance pour la
recherche fondamentale en oncologie. Après la détection de telles
dispositions dans une famille, le conseil génétique et les examens
génétiques relèvent d'une importance pratique considérable. Les facteurs
héréditaires jouent un rôle variable lors de la genèse des
néoformations de tous les organes. Ils devraient être pris en
considération lors d'études épidémiologiques. Les connaissances acquises
par la recherche dans le domaine de la prédisposition pour les maladies
cancéreuses devraient permettre de réaliser progressivement de nouvelles
options pour la prévention et le traitement des maladies tumorales.
COMMENTAIRE CONCERNANT LES PREDISPOSITIONS FREQUENTES SUSMENTIONNEES
:
Trisomie 21 : dans la grande étude susmentionnée de Narod et al.
(1991), 1,7% de tous les enfants atteints de leucémie lymphatique aiguë et
5,3% des enfants atteints de leucémie myéloïde aiguë étaient porteurs
d'un syndrome de Down. Ainsi, la trisomie 21 constitue une prédisposition
aux leucémies aiguës. La leucémie lymphatique aiguë en présence d'un
syndrome de Dow correspond majoritairement au type sporadique, alors que la
leucémie myéloïde aiguë apparaît plus tôt et appartient plus
fréquemment au sous-type M6 (érythroïde) et M7 (méga-caryocytaire). Les
leucémies répondent en général bien au traitement courant. La relation
entre l'aberration chromosomique quantitative et la carcinogenèse est
obscure.
Syndrome de Li-Fraumeni (LF) : le LF ne peut être identifié
qu'à base d'une manifestation familiale de différentes néoplasies,
suivant l'hérédité mendélienne autosomale dominante, (voir illustration
no 2), car d'autres symptômes non néoplasiques font défaut. Pour les
néoplasies, il s'agit essentiellement de carcinomes du sein, de sarcomes
osseux et des parties molles, de leucémies lymphatiques et d'autres
leucémies, de tumeurs cérébrales, et typiquement d'un carcinome
cortico-surrénalien. Occasionnellement, d'autres néoplasies se manifestent
dans les familles atteintes. Des mutations chromosomiques du gêne TP53
peuvent être identifiées dans plus de deux tiers des familles porteuses
des néoplasies typiques. Le pourcentage de malades atteints de néoplasies
sporadiques susmentionnées et de mutations spontanées du gêne TP53 est
mal connu , bien que la connaissance de cette prédisposition serait
importante pour ces malades (risque d'autres néoplasies, sensibilité par
rapport aux médicaments cytotoxiques).
* = nombre approximatif pour une adjonction.
Neurofibromatose 1 (NF1) : les manifestations cliniques de la NF1
sont bien polymorphes, son hérédité autosomale dominante. Sa
manifestation cardinale est le neurofibrome, à savoir des tumeurs bénignes
multiples des gaines nerveuses. Chez 4 à 5% des malades, on observe des
gliomes du nerf optique, d'autres gliomes, des phéchromocytomes, des
néoplasies myéloïdes et des néoformations malignes des gaines nerveuses.
Il est très probable que les gliomes du nerf optique soient plus
fréquents; comme ils sont fréquemment asymptomatiques, ils ne sont pas
découverts. Le gène responsable pour la neurofibromine sur le chromosome
17 a été décodé; un diagnostic génétique est donc possible. Comme les
patients porteurs d'une délétion complète du gène se distinguent non
seulement par l'apparition précoce de multiples neurofibromes mais aussi
par d'autres dysmorphies et de graves troubles du développement, l'on
suppose que chez eux d'autres gènes sont également atteints. Chez près de
la moitié des patients atteints de NF1, on ne trouve pas de parents
atteints. Chez ceux-ci, la NF1 est probablement due à une mutation
spontanée, qui survient bien plus souvent pendant la spermatogenèse que
pendant l'oogenèse. La NF2 est un tableau clinique qui est indépendant, au
point de vue génétique, de la NF1. Son principal symptôme est constitué
par des schwannomes vestibulaires bilatéraux. De plus, on trouve
fréquemment des méningiomes et d'autres tumeurs cérébrales. On trouve
des opacités de la lentille dans la grande majorité des ces malades, et
ces cataractes sont un symptôme précieux pour le diagnostic précoce de la
NF2. Les mutations spontanées du gêne NF2 sont également fréquentes.
Sclérose tubéreuse de Bourneville (STB) : la STB est associée
à des hamartomes bénins dans de nombreux organes. Les soi-disant tubera
(tumeur nodulaire de la glie) et les tumeurs sous- épendymaires
(astrocytomes à cellules géantes et gangliogliomes) sont responsables
d'attaques épileptiques, de retard mental et de retard de développement.
De plus, on observe des angiofibromes du visage, des fibromes
sous-unguéaux, des rhabdomyomes cardiaques et des angiomyolipomes rénaux.
Les mutations de deux gènes rendent compte de ce tableau clinique: le STB1
sur le chromosome 9q34 et le STB2 sur le chromosome 16p23. Il s'agit d'une
mutation spontanée de ces gènes chez 60% des malades.
Rétinoblastome (RB) : le RB est le prototype d'une néoplasie qui
se développe à partir d'une hérédité autosomale dominante. Sa source
est l'épithélium embryonnaire rétinien, les rétinoblastes. En 1971
,Alfred Knudson a expliqué la duplicité de sa manifestation par la
théorie des deux "hits". (Voir illustration
no 3). Dans la forme héréditaire, le premier hit est transmis,
respectivement il existe dès la conception, alors que pour la forme
sporadique, les deux hits surviennent pendant le développement des futures
cellules rétiniennes. Grâce au RB, les gènes suppresseurs de tumeurs ont
été découverts. Pour que la tumeur se développe, à savoir pour que son
développement ne soit pas supprimé, il faut que le gène RB1 perde sa
fonction sur les deux chromosomes 13 d'une seule et même cellule (on parle
de "loss of heterozygosity"). Depuis quelques temps, on connaît
aussi quelques mutations du gène RB1, qui n'en perturbent pas massivement
la fonction. Alors que la forme classique est caractérisée par une
manifestation précoce, de multiples foyers rétiniens et l'apparition
d'autres néoplasies chez les patients traités avec succès (ostéosarcome,
sarcome des parties molles, mélanome et lipome), la forme associée à une
protéine RB semi-fonctionnelle est associée seulement à un
rétinoblastome unifocal, et n'est pas associée à d'autres néoplasies.
Tumeur de Wilms (TW) : la théorie des deux "hit" a
depuis longtemps été appliquée à la TW, bien que l'on ne trouve chez
seulement 1% des enfants atteints de TW à un proche également atteint. La
TW apparaît de plus comme symptôme typique de différents syndromes. Le
syndrome de Wiedemann-Beckwith (SWB) se distingue par une macroglossie, un
exomphalos, un gigantisme et une organomégalie. A côté
d'hépatoblastomes, rhabdomyosarcomes et de tumeurs surrénaliennes, on
observe aussi des tumeurs de Wilms. Chez un certain nombre de ces malades,
on trouve une duplication segmentaire chromosomique 11p15.5 d'origine
paternelle ou alors une aberration structurelle équilibrée du chromosome
maternel qui est impliqué dans cette région. Pour la majorité des
malades, on trouve une disomie uniparentale. On peut mettre en évidence, en
place d'un chromosome no 11 maternel et d'un chromosome no 11 paternel deux
chromosomes no 11 d'origine paternelle. Ceci permet de supposer que les
gènes localisés dans ce segment sont soumis à un marquage génomique. Par
ailleurs, la TW est un signe typique du syndrome WAGR. Dans ces cas là, la
TW se manifeste en présence d'une aniridie, de malformations uro-génitales
ainsi que de retards de développement physiques et mentaux. Chez certains
de ces enfants, on trouve une délétion du segment 11p13, ce qui permet
déjà de supposer que plusieurs gènes peuvent constituer une
prédisposition à la TW. On parle d'une hétérogénéité génétique. Le
gène WT1, qui a subi une mutation dans le syndrome WAGR, n'en a pas subi
dans le syndrome de Wiedemann-Beckwith. Des mutations circonscrites du gêne
WT1 sont toutefois responsables du syndrome de Denys-Drash, qui associe des
néoplasies rénales avec un développement sexuel anormal et une
glomérulonéphrite progressive.
CARCINOGENESE ET DEVELOPPEMENT :
L'apparence histologique de la majorité des tumeurs solides, mais aussi
de plusieurs leucémies de l'enfant ressemble à celle des tissus embryonaux
et foetaux. Ainsi, ces néoplasies sont nommées tumeurs embryonnaires. Il
existe donc une relation génétique étroite entre carcinogenèse et
développement, telle que nous l'avons développée ci-dessus pour la tumeur
de Wilms. D'autres tableaux cliniques et syndromes en témoignent
également. A part le syndrome de Wiedemann-Beckwith (SWB), le syndrome de
Simpson-Golabi-Behmel (SGBS) et le syndrome de Perlman (SP) peuvent
prédisposer aux tumeurs embryonnaires. Ils se distinguent également par
une croissance excessive. Le SGBS ressemble à beaucoup d'égard au syndrome
de Wiedemann-Beckwith. Toutefois, le gène muté se trouve sur le chromosome
X. Les enfants porteurs de SGBS sont atteints de manière typique par des
retards de développement faciaux, des malformations cardiaques et du
squelette ainsi que des dysplasies squelettiques. Concernant le SP
(hérédité mendélienne autosomale récessive), on trouve typiquement une
mortalité périnatale considérable, un retard mental mais aussi des
anomalies rénales et des tumeurs de Wilms.
De nombreux syndromes polimalformatifs apparemment indépendants telle
que l'holoprosencéphalie (fréquentes malformations du visage et la région
frontale, à pénétration variable), la céphalopolysyndactylie de Greig
ainsi que les syndromes de Pallister et de Rubinstein Taby peuvent être mis
en relation avec des néoplasies soit familiales (syndrome de Gorlin), soit
sporadiques (carcinome baso-cellulaire cutané, médulloblastome,
rhabdomyosarcome). Dans toutes ces situations, la transduction de signaux
dite "Hedgehog", qui transmet les informations à la surface
cellulaire au noyau, est perturbée. Cette transduction joue un rôle
important pour le développement de différents organes, tels que le
cerveau, les os, la peau, les gonades ou les poumons. Ces soi-disant
hamartomes relèvent d'un intérêt particulier pour les malformations et le
développement de néoplasie. Il s'agit d'anomalies tissulaires, qui font
penser tant à des malformations qu'à des néoplasies. Les hamartomes
peuvent se manifester soit dans un seul organe, comme dans la polypose
familiale juvénile, soit dans de multiples organes, tel que c'est le cas
pour la sclérose tubéreuse de type 1 et de type 2.
Alors que pour les syndromes rares, les mécanismes moléculaires
provoquant des malformations et des néoplasies ont été progressivement
découverts, nos connaissances sont encore très lacunaires en ce qui
concerne le rapport entre le carcinome testiculaire familial et les
malformations urogénitales, ainsi que les tumeurs du système nerveux
central et de multiples malformations à l'âge pédiatrique. Il semblerait
que des dysplasies apparaissent plus fréquemment chez les frères et soeurs
d'enfants atteints de certaines tumeurs.
Tumeurs pédiatriques en présence de prédisposition à des cancers
qui se manifestent plus tard au courant de la vie :
Les symptômes de la polypose adénomateuse familiale (PAF) se
manifestent cliniquement à partir de l'âge de 10 ans, en règle générale
pendant l'adolescence. Toutefois, des hépatoblastomes ont été découverts
chez des enfants issus de familles porteuses de PAF. Le risque
d'hépatoblastome pour la descendance d'un patient atteint de PAF est en
règle générale minime, à savoir en-dessous de 1%. Des tumeurs desmoïdes
ont également été découvertes à l'âge pédiatrique. Des personnes
atteintes d'une déficience de réparation mismatch, ce qui est une
préposition au HNPCC (= "hereditary non-polyposis colorectal
cancer") peuvent être atteintes de carcinome colo-rectaux déjà
pendant l'adolescence. Très rarement, des enfant issus de familles
atteintes du syndrome de multiples néoplasies endocriniennes (MEN2) qui à
son tour est dû à des mutations de l'oncogène RET, développent un
carcinome thyroïdien. Lorsque l'anamnèse familiale révèle des
manifestations précoces, la prise en charge des parents en bonne santé
doit en tenir compte.
La prédisposition au cancer au sens large du terme :
Les mécanismes, qui provoquent des néoplasies malignes, leur
croissance, leur capacité d'invasion dans d'autres tissus ou la formation
de métastases sont bien polymorphes. On n'est ainsi pas surpris de
constater que les prédispositions les plus différentes peuvent soit
provoquer, soit favoriser la carcinogenèse. Dès la conception, les
mutations héréditaires peuvent perturber toutes les fonctions importantes
de la cellule, à savoir le contrôle du cycle cellulaire, la transmission
de signaux de la surface au noyau cellulaire et l'inverse, et les systèmes
de stabilisation des chromosomes et de l'ARN. L'anémie de Fanconi,
l'ataxie-télangiectase et le syndrome de Bloom se distinguent par une
instabilité chromosomique et l'apparition fréquente de certaines
néoplasies bien déterminées. (tableau 1). Les
prédispositions qui entravent la capacité de réparation de dégâts
spontanés ou induits de l'ARN ont un effet indirect sur la carcinogenèse.
Elles favorisent l'apparition de mutations d'autres gènes dans les cellules
somatiques, qui contrôlent la prolifération et différenciation
cellulaire. Les faiblesses génétiquement induites du système de défense
cellulaire compromettent non seulement la capacité de défense envers les
oncogènes microbiologiques (que l'on suppose précisément être l'origine
des leucémies) mais aussi par rapport aux cellules déjà dégénérées.
La phagocytose, l'activation, la détoxification et l'élimination de
carcinogènes d'origine externe sont catalysées par de nombreuses enzymes.
Ainsi, le métabolisme des carcinogènes est également soumis à une
influence génétique importante. Des prédispositions de l'enfant, mais
également de sa mère peuvent, en anténatal, provoquer une maladie
cancéreuse. Des cellules dispersées pendant le développement, ainsi que
des tissus dysplasiques tels qu'ils se manifestent dans différentes
maladies héréditaires, tendent également vers la dégénérescence.
Pour le syndrome de Klinefelter, des cellules gonadiques perdues dans le
médiastin sont parfois à l'origine de tératomes. Des hépatomes
post-cirrhotiques sont observés dans la tyrosinémie de type 1. Les
troubles endocriniens peuvent favoriser la carcinogenèse surtout après la
puberté. Jusqu'en 1995, 7000 gènes humains étaient décodés, et c'est
sur 7000, dans 600 situations, une mutation peut être responsable chez son
porteur de néoplasie soit fréquente, voire même obligatoire (Mulvihill,
1996).
Dépistage et conseil génétique pour les situations de
prédisposition au cancer :
perspective médicale, préventive et éthique
Le but du dépistage de l'enfant porteur de prédisposition aux tumeurs
est de les en protéger ou alors d'en faire le diagnostic à un moment, lors
duquel ces tumeurs peuvent être traitées avec succès. De nombreux
exemples tel que celui du rétinoblastome démontrent que des mesures
médicales appropriées, non retardées, permettent de grands progrès tout
pour l'espérance que pour la qualité de vie. En règle générale,
l'ablation précoce de la néoplasie est la méthode du choix. D'autres
méthodes de prévention et de thérapie, y compris la chimio-prévention,
apparaissent à l'horizon.
L'anamnèse familiale soigneuse est un outil de dépistage de la
disposition aux tumeurs qui est souvent négligée et sous- estimée. Comme
il n'est guère possible de se souvenir à brève échéance de toute la
parenté avec et sans néoplasie, il vaut la peine de demander aux parents
d'établir un arbre généalogique, qui permettra d'identifier la parenté
en bonne santé et les parents atteints de tumeurs. Les éléments qui
devraient être recueillis pour chaque personne, mais au minimum pour la
parenté de premier et de deuxième degré, sont résumés dans le tableau
2 : notre expérience démontre que les parents d'enfants atteints de
cancer sont particulièrement performants dans leur recueil des données
nécessaires pour une anamnèse familiale valable. Lorsque la suspicion de
prédisposition au cancer est établie chez un enfant déjà malade, ou en
raison de multiples néoplasies familiales ou encore de symptômes typiques,
cela vaut la peine de l'investiguer, si possible, au moyen de tests de
génétique moléculaire. Ceci permet de partir d'une base plus solide pour
le suivi médical du malade et les renseignements à donner à sa famille.
Bien plus difficile est la question de savoir quand, et si oui à quel
moment la prédisposition aux tumeurs doit être recherchée chez un enfant
en bonne santé. Selon les directives de l'académie suisse des sciences
médicales, une exploration moléculaire génétique ne saurait être
envisagée que si les résultats que l'on en tirera sont d'une importance
pratique pour la santé du sujet index ou de ses proches parents. Lors de
prédispositions, qui ne se manifestent qu'à l'âge adulte, on peut
attendre sans désavantage, tel que c'est le cas pour les carcinomes du sein
ou du côlon. Toutefois, il vaut la peine d'en parler la première fois
pendant l'adolescence aux personnes à risque, si une prédisposition
familiale existe. En règle générale, un médecin connaissant bien le
sujet sera l'interlocuteur approprié. Pour la polypose adénomateuse
familiale, une sigmoïdoscopie annuelle est recommandée à partir de l'âge
de 10 à 11 ans. Une analyse moléculaire préalable du gène APC est sans
doute utile, en particulier lorsque les adénomes se sont manifestés
précocement chez d'autres membres de la famille.
Risques génétiques pour la prochaine génération, après chimio et
radiothérapie :
De plus en plus, les enfants atteints de néoplasie peuvent être guéris
et atteignent l'âge de procréer. Ils se font des soucis pour la santé de
leurs enfants, puisque de nombreuses stratégies thérapeutiques peuvent
être mutagènes et endommager le patrimoine génétique dans les gonades.
Des malformations héréditaires ainsi que des maladies héréditaires n'ont
pas été trouvées de manière plus fréquente que dans la population
générale chez les descendants de 1198 personnes qui avaient bénéficié
à l'âge pédiatrique des chimio- et radiothérapies pour tumeurs
cérébrales et autres néoplasies. Cette étude confirme notre impression,
conçue déjà depuis un certain temps, qu'une oncothérapie ne constitue
pas un désavantage notable pour la descendance.
Conclusion :
L'importance pratique de la génétique moderne croît de plus en plus en
pédiatrie et en médecine de l'adolescence. Ces connaissances doivent être
intégrées dans la prise en charge des enfants atteints de cancer et dans
les conseils donnés à leurs parents. La critique est sans doute
pertinente, selon laquelle actuellement les potentialités du diagnostic de
génétique moléculaire et de stratégie thérapeutique ne se développent
pas de manière parallèle. Il faut cependant considérer qu'au moins en ce
qui concerne le conseil génétique, de nombreuses lacunes ont pu être
comblées. Particulièrement, les observations scientifiques concernant des
tumeurs pédiatriques telles que le rétinoblastome ou le lymphome de
Burkitt ont permis de bien mieux comprendre la carcinogenèse et le
développement de néoplasies. Maintenant que surtout les prédispositions
génétiques autosomales dominantes ont été décryptées, situations dans
lesquelles jusqu'à 50% des consanguins développent sur plusieurs
générations des néoplasies spécifiques, il s'agit de découvrir et
d'explorer des prédispositions au cancer moins évidentes. En particulier,
il s'agit de celles dont l'interaction avec l'environnement est importante.
Les gènes qui en sont responsables suivent en général une hérédité
mendélienne autosomale récessive. Ainsi, il s'agit de rechercher en
particulier une consanguinité parentale et l'atteinte des frères et
soeurs. Sans doute, c'est à nouveau la recherche systématique dans le
domaine des néoplasies pédiatriques qui sera le plus rentable. A l'âge
pédiatrique, les mécanismes pathogénétiques sont en principe plus
faciles à investiguer, car ils sont beaucoup moins marqués par les
propriétés acquises au courant de la vie. Toutefois, un progrès décisif
ne sera obtenu que par une collaboration exemplaire entre pédiatres,
oncologues, épidémiologistes, généticiens et scientifiques en recherche
fondamentale. Les médecins en charge de néoplasies pédiatriques sont
responsables, en particulier au moyen d'anamnèses familiales pertinentes,
d'identifier les constellations relevantes pour la recherche fondamentale et
pour identifier les collectifs de patients indispensables pour cette
recherche.
Littérature :
A disposition chez l'auteur.
Adresse de l'auteur :
Prof. Dr med. Hansjakob Müller
Division de génétique médicale
Universitäts-Kinderspital beider Basel (UKBB),
4005 Basel
Tf : 061 685 64 33, Fax : 061 685 60 11
email : Hansjakob.Mueller@unibas.ch
Légende des illustrations :
Illustration 1 :
Risque et fréquence de différentes prédispositions au cancer (texte sur
le graphique)

Illustration du no 2 : syndrome de
Li-Fraumeni
Arbre généalogique typique d'une famille atteinte du syndrome de
Li-Fraumeni :
 |
BK = cancer du sein.
OS = ostéosarcome.
HT = tumeur cérébrale.
LK = leucémie.
WS = sarcome des parties molles.
Chiffre = âge lors de l'apparition de la maladie.
Flèche = personne indexe. |
Illustration no 3 :
L'explication schématique du concept des deux "hits" selon Alfred
G. Knudson pour l'explication du développement du rétinoblastome.
N = gène normal (Allel).
D = gène défectueux muté (Allel).

forme sporadique
Les mutations sur le gène du rétinoblastome sont nécessaires sur le
chromosome paternel et maternel (pendant la période embryonnaire et
foetale) pour éliminer sa fonction.
 |
forme héréditaire
La mutation du gène RB est déjà présente lors de la conception.
Elle peut être transmise de manière héréditaire ou elle peut être
apparue pendant la gametogenèse.
Seulement le deuxième hit du gène RB est nécessaire, pour provoquer
un rétinoblastome. |
Tableau 1 : syndrome et néoplasies associés à
une instabilité chromosomique
| Syndrome |
Symptômes cliniques |
Néoplasies |
| Syndrome de Bloom (SB) |
- petite taille
- photosensibilité du visage
- taux des IgA, IgG et IgM bas |
- leucémie aiguë non lymphatique
- lymphome non hodgkinien
- tumeurs gastro-intestinales
- tumeurs cutanées |
| Anémie de Fanconi (AF) |
- petite taille
- pancytopénie
- pouces hypoplasiques
- plages pigmentaires
- retard mental |
- leucémie aiguë non lymphatique
- MDS
- tumeurs gastro-intestinales, pulmonaires et hépatiques |
| Ataxie télangiectasique (AT) |
- troubles de la marche
- télangiectasie des conjonctives bulbaires (dès 6 ans)
- taux des IgE et IgA bas, occasionnellement aussi des IgE et IgM |
- Leucémie lymphatique aiguë
- lymphome non hodgkinien
- maladie de Hodgkin
- néoplasies gastro-intestinales |
Tableau 2 : tumeurs familiales :
Renseignements personnels indispensables (voir aussi illustration
2).
Il faut, pour chaque personne, noter :
- date de naissance (à défaut, au minimum année de naissance)
- date de la dernière observation, ainsi que du décès.
Pour les maladies :
- diagnostic
- l'âge lors de la manifestation ou du diagnostic
- médecin-traitant, hôpital.
Remarque : les informations lacunaires ou non fiables doivent être
identifiées en tant que telles.
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