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Consensus sur la prévention de l’infection à RSV (Respiratory Syncytial Virus) avec l’anticorps monoclonal humanisé Palivizumab (Synagis®) chez le nouveau-né et nourrisson #Groupe de travail interdisciplinaire de la Société Suisse d’Infectiologie (C. Aebi, D. Nadal) de la Société Suisse de Néonatologie (C. Kind, R. Pfister) et du Groupe Suisse de Pneumologie Pédiatrique (Constance Barrazone, J.Hammer)# Ce texte a été approuvé par la Société Suisse d’Infectiologie, par la Société Suisse de Néonatologie et par le Groupe Suisse de Pneumologie Pédiatrique. Correspondance : PD Dr. D. Nadal, Abteilung für Infektiologie, Universitäts-Kinderklinik Zürich, Steinwiesstrasse 75, 8032 Zürich 1. INTRODUCTIONEn Suisse, l’enregistrement du Palivizumab (Synagis®) est sur le point de se réaliser. Il a été démontré que l’utilisation de cet anticorps monoclonal humanisé permet une réduction du taux d’hospitalisation pour infection à RSV chez des nourrissons à risque, avec prématurité de < 35 semaines et/ou dysplasie bronchopulmonaire 1. La réduction du taux d’hospitalisation est modeste et se paie par des coûts de traitement élevés. Une appréciation critique des données cliniques disponibles, ainsi que leur applicabilité au milieu suisse, est donc nécessaire. La Société Suisse de Néonatologie a mandaté un groupe de travail comprenant des néonatologues, pneumologues et infectiologues afin d’élaborer le présent consensus pour nouveaux-nés et nourrissons. Les analyses et recommandations pour l’indication du Palivuzimab chez des patients cardiaques ou immunosupprimés ne seront pas traitées ici. 2. NOTIONS DE BASE2.1. Epidémiologie des infections à RSVLe RSV est l’agent le plus fréquemment trouvé lors des infections respiratoires nécessitant une hospitalisation durant la première année de vie. Jusqu’à 70% des enfants présentent une primo-infection à RSV durant cette première année de vie. Environ 20% des enfants souffrent d’une infection des voies respiratoires inférieures, fréquemment d’une bronchiolite 2. Le taux d’hospitalisation des nourrissons sains est de l’ordre de 1-3% 3. Les facteurs favorisant l’acquisition du RSV durant la première année de vie sont des conditions d’habitation exiguës, des contacts fréquents avec d’autres enfants (grandes familles, crèche), l’absence d’allaitement maternel, l’exposition à la fumée et la naissance durant les 6 mois précédant le début de la « saison à RSV » 4. La réinfection durant les années suivantes est fréquente, mais se limite en général aux voies respiratoires supérieures 2. Le taux d’hospitalisation est nettement augmenté en présence de facteurs de risque. Pour les anciens prématurés, ce taux est de 10-25% 1,5, en présence de dysplasie bronchopulmonaire (DBP), il est de 14-45% 1,5 et lors de vice cardiaque congénital le taux est de 15-25%6. La durée moyenne d’hospitalisation est de 7 jours. Les infections surviennent par épidémie annuelle durant les mois d’octobre à mars. En Suisse, nous observons une périodicité des infections à RSV, l’incidence étant élevée une année sur deux (www.admin.ch/bag/infreporting/index.htm). Durant l’hiver passé (1998/99), tous les centres pédiatriques ont enregistré un taux élevé d’hospitalisations dues au RSV. L’année 1999/2000 devrait donc être plus clémente. 2.2. Clinique, diagnostic et traitement des infections à RSVUne revue récente de l’un des membres du groupe de travail (J.H.) 7 est disponible à ce sujet. 2.3. Prévention des infections à RSVLa fréquence, la gravité, l’absence de traitement causal et le possible rôle dans le développement de lésions bronchopulmonaires tardives, particulièrement chez le prématuré avec ou sans dysplasie bronchopulmonaire, font de l’infection à RSV un défi prioritaire pour la médecine préventive. Les moyens simples de prévention, tels que l’allaitement , l’élimination de l’exposition dans les crèches et de celle à la fumée ainsi qu’une bonne hygiène des mains, sont peu efficaces en raison de l’ubiquité et de la forte contagiosité du RSV. Une vaccination active ne sera disponible ni à court, ni à moyen terme. Les raisons sont entre autre les résultats décevants des vaccins de la première génération à RSV inactivé par la formaline 8. A la difficulté fondamentale d’induire une immunité protective déjà à partir de la naissance, s’est ajouté l’échec d’induction chez le nourrisson d’une réponse immunitaire suffisante contre les glycoprotéines F et G qui constituent la cible des anticorps anti-RSV. De plus, ces essais on été grevés d’une morbidité élevée. La prévention des infections à RSV par immunisation passive est quant à elle possible. Un effet protecteur des anticorps spécifiques anti-RSV a pu être établi en expérimentation animale 9. Deux arguments supplémentaires en faveur de l’immunisation passive sont la démonstration d’un effet protecteur des anticorps anti-RSV maternels 10 pour le nourrisson, ainsi que la protection résultant du traitement par hyperimmunoglobulines policlonales humaines anti-RSV 11. Sur ces bases, un anticorps monoclonal humanisé anti-RSV à application intramusculaire a été développé. 2.4. Palivizumab (Synagis®)Il s’agit d’un anticorps humanisé IgG1 dirigé contre l’épitope des protéines F (protéines de fusion) du RSV. Les séquences responsables de la spécificité contre le RSV ont été identifiées pour un anticorps monoclonal murin anti-protéine F, séquencées et ensuite « implantées » dans le domaine de fixation antigénique de la chaîne lourde et la chaîne légère de la molécule humaine IgG1 moyennant des techniques de biologie moléculaire. Il s’agit donc d’un anticorps « humanisé » dont la séquence d’acides aminés est à 95% d’origine humaine et à 5% d’origine murine 12. Le produit porte le nom de Palivizumab (Synagis®). Une sensibilisation par induction d’anticorps sériques anti-Palivizumab n’a pas été mise en évidence lors des recherches systématiques 1. Palivizumab neutralise le RSV par fixation d’un épitope conservé de la protéine F, exposé en surface. L’administration se fait par voie intramusculaire. Une dose de 15 mg/kg de poids corporel permet d’obtenir des concentrations sériques neutralisantes pendant 4 semaines 12, d’où l’intervalle d’administration d’un mois. La prophylaxie s’étend sur 5 mois, d’octobre à mars et implique 5 injections mensuelles. 2.5. Efficacité du Palivizumab (Synagis®)Les premiers résultats sur l’efficacité clinique de Palivizumab (Synagis®) viennent d’être publiés 1. Une étude randomisée, contrôlée, à double aveugle avec placebo, a été conduite dans un total de 139 centres aux USA, Grande Bretagne et Canada durant la saison 1996/1997. 1502 enfants avec prématurité (< 35 semaines de gestation) ou dysplasie bronchopulmonaire ont été inclus. Les enfants ont reçu soit 15 mg/kg de Palivizumab soit un volume équivalent de placebo tous les 30 jours par voie intramusculaire. La période d’observation était de 150 jours. La prophylaxie par Palivizumab a permis de réduire de 55% le taux d’hospitalisation pour RSV. Cette réduction était de 78% pour les enfants prématurés sans dysplasie bronchopulmonaire et de 39% pour les enfants avec dysplasie bronchopulmonaire. Il a été noté dans le groupe avec traitement, une diminution des journées d’hospitalisation et d’oxygénodépendance suite à l’infection à RSV, une diminution des journées d’hospitalisation pour maladie des voies aériennes inférieures modérément graves à graves et un taux réduit d’hospitalisation aux soins intensifs. Le taux d’effets indésirables était similaire dans les deux groupes (placebo 10%, Palivizumab 11%) 1. 3. REFLEXIONS ECONOMIQUESLes coûts élevés du Palivizumab (5’000 Fr. par enfant) ainsi que les bénéfices relativement modestes de son administration prophylactique dans l’étude susmentionnée, imposent quelques réflexions économiques. Un calcul coût-bénéfice apparaît difficile puisqu’il n’existe pas de données suisses sûres sur le bénéfice réellement quantifiable, à savoir les dépenses épargnées par journée d’hospitalisation évitée. Aussi, on peut mettre en question l’approche fondamentale d’évaluer les bénéfices d’un nouveau traitement uniquement sur des bases pécuniaires 13. Il a donc été décidé d’établir une analyse de coût-efficacité. Pour permettre une comparaison avec les coûts d’autres traitements d’efficacité similaire, une telle analyse calcule les coûts supplémentaires d’un traitement pour obtenir l’effet supplémentaire désiré, par exemple une augmentation de survie d’une année 13. Le traitement par Palivizumab n’a malheureusement pas permis de démontrer une réduction de mortalité, raison pour laquelle cette analyse se limitera sur le nombre d’hospitalisations évitées (voir table). Pour le calcul des coûts de prophylaxie n’ont été considérés ici que les coûts du médicament, c’est-à-dire les 5 ampoules de Palivizumab. La possibilité que deux patients de petit poids puissent partager une même ampoule n’a pas été considérée, puisqu’il paraît difficile de prévoir de telles possibilités. Nous avons utilisé toutefois une estimation basse du prix par ampoule (1’000 Fr.) et nous n’avons pas ajouté les frais d’administration du médicament. Les coûts résultants pour prévenir une hospitalisation sont estimés à 100’000 Fr. (voir table) et restent très élevés même pour le groupe le plus à risque, à savoir les prématurés de moins de 32 semaines avec dysplasie bronchopulmonaire. Il est intéressant de comparer ces chiffres au coût d’une hospitalisation pour infection à RSV. Selon les analyses économiques américaines obtenues dans les essais avec l’immunoglobuline policlonale anti-RSV, ce coût moyen varie, entre $ 5’000 14 et $ 8’500 15 par hospitalisation d’un ancien prématuré. Concernant les enfants à haut risque, ces coûts peuvent s’élever de $15’000 à $ 25’000 16 et l’impact économique du Palivizumab serait certainement à considérer dans ces cas-là. Malheureusement, deux études ont démontré que la présence d’une dysplasie bronchopulmonaire n’avait pas d’influence significative sur les coûts d’hospitalisation des prématurés avec infection à RSV 14, 15. Il est donc plus réaliste de prendre en compte pour la prévention par Palivizumab les coûts moyens. Des données suisses manquent, mais il semble peu probable que les coûts dépasseraient les estimations américaines. En conclusion, les coûts de la prophylaxie dépasseraient largement ceux des hospitalisations par RSV (table). Il n’y a que peu d’études sur l’acceptabilité financière des coûts engendrés par de nouvelles thérapies réduisant seulement la morbidité, mais non pas la mortalité. En général, les études de coût-efficacité cherchent à prouver que la nouvelle thérapie, souvent plus onéreuse, permet une diminution des coûts associés (durée d’hospitalisation, complications) de façon à réduire, ou à garantir une neutralité des coûts globaux. Les critères décisionnels d’économie de la santé concernant les études de coût-efficacité s’appuient soit sur une utilisation optimalisée des ressources budgétaires à disposition pour une population donnée, soit sur ce que les anglo-saxons appellent « willingness to pay », en d’autres mots sur la somme maximale qu’on serait prêt à payer pour obtenir l’effet désiré 17. Robbins et al. 15 ont effectué une enquête auprès de 39 médecins et infirmières sur la somme que ceux-ci seraient prêts à payer de leur poche pour éviter à leur propre enfant une hospitalisation due au RSV, sachant que les frais de l’hospitalisation seraient couverts par l’assurance maladie. Les réponses ont varié de $ 500 à $70’000 avec une médiane de $ 1’325. En supposant pouvoir éviter $ 5’000 à $ 8’500 de frais d’hospitalisation et en ajoutant une somme de $1’500 pour ce qu’en moyenne, on serait prêt à payer pour éviter les ennuis d’une hospitalisation ainsi que les possibles séquelles tardives, les frais pour cette prévention d’hospitalisation ne devraient pas dépasser les $ 6’500 à $ 10’000 pour rester économiquement efficace. La prévention d’une unique hospitalisation nécessiterait le traitement de 20 prématurés avec dysplasie bronchopulmonaire par Palivizumab. Le traitement de chaque enfant ne devrait donc pas dépasser les $ 325 à $ 500, correspondant en francs entre 500 et 750 Fr. pour un change approximatif de 1.50 Fr. Les coûts attendus seront probablement au moins sept à dix fois supérieurs et ne correspondraient donc nullement à une efficacité des coûts acceptable. L’étude récemment publiée par Joffe et al. 15 conclut à ce que le traitement prophylactique par Palivizumab aurait tout au plus une efficacité des coûts chez les prématurés avec le plus haut risque d’hospitalisation (âge gestationnel < 32 semaines, oxygénodépendance de > 28 jours durant l’hospitalisation en néonatologie et départ de l’hôpital entre septembre et novembre). Dans ce groupe particulier, la prévention d’une hospitalisation coûterait $ 12’000, ceci après soustraction des coûts des hospitalisations évitées. Il faut pourtant noter que les calculs partaient de deux suppositions qui ne correspondent pas aux conditions de l’étude IMpac 1, en particulier que le nombre de doses de Palivizumab utilisé pour les calculs était de quatre et non de cinq et aussi que l’efficacité admise n’était pas modifiée en fonction des différents groupes à risque. Une autre critique de cette analyse est la supposition erronée d’une réduction de mortalité 18. En tenant compte des arguments mentionnés, cette analyse aurait également abouti à des coûts clairement excessifs pour la prévention d’une hospitalisation alors qu’elle discute d’une réduction de mortalité 18. 4. Consensus sur l’utilisation du Palivizumab (Synagis®)Se basant sur les données actuelles publiées qui ne démontrent pas d’efficacité sur la réduction de la mortalité ou sur la réduction du taux d’intubation et compte tenu des coûts très importants, notre groupe de travail ne peut pas recommander l’administration prophylactique du Palivizumab. Tout au plus, nous pourrions considérer l’administration prophylactique de Palivizumab pour des enfants avec dysplasie bronchopulmonaire grave durant la première année de vie, ayant nécessité un traitement de leur dysplasie pendant les 6 mois précédant la saison RSV (oxygène, brochodilatateurs, diurétiques, corticoïdes). Pour une prise de position individuelle, il ne faut pas oublier que la prophylaxie par Palivizumab réduit le taux d’hospitalisation pour cause de RSV chez le prématuré avec dysplasie bronchopulmonaire de 40% 1, mais qu’elle n’influence positivement ni la mortalité, ni le taux d’intubation 1, ni l’évolution en cas d’infection malgré la prophylaxie 1. De même, le traitement par Palivizumab n’a pas démontré d’efficacité dans le traitement d’une infection à RSV établie 11, 19 et ne peut donc pas être recommandé par notre groupe de travail pour cette indication. Aucune donnée n’existe sur une possible efficacité du Palivizumab dans la prévention d’infections nosocomiales à RSV. 5. LITTERATURE1. The IMpact study group. Palivizumab, a humanized respiratory syncytial virus monoclonal antibody, reduces hospitalization from respiratory syncytial virus infection in high-risk infants. Pediatrics 1998; 102:531-537. 2. Glezen WA, Taber LL, Frank AL, Kasel JA. 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RemerciementsLes membres du groupe de travail remercient Monsieur le Professeur Th. Szucs pour ces conseils d’économie médicale. |
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