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Principes d'alimentation du
nourrisson et du petit enfant entre le 5e et le 15e mois. 
O. Tönz et K. Baerlocher
Avec le soutien de la commission de nutrition de la Société Suisse de Pédiatrie
Dans aucune autre phase de la vie, l'alimentation de l'être humain ne
revêt une importance aussi capitale qu'à la prime enfance. C'est en effet à cette
période, caractérisée par une croissance rapide et par le développement à la fois du
système nerveux, des organes et des tissus, que nous posons les fondements de notre vie
future. Les recherches récentes soulignent unanimement l'importance d'une nutrition
optimale au cours des premiers mois de la vie non seulement pour le bienêtre et
l'épanouissement du nourrisson, mais pour toute l'évolution future de son existence
(14). Aussi des directives, recommandations et prescriptions, voire des dispositions
légales ontelles été mises au point pour garantir une alimentation judicieuse et
saine des enfants dans cette première étape particulièrement délicate de leur
développement.
La "réglementation" en question concerne tout particulièrement les premiers
mois, à savoir la phase de l'allaitement au sein, durant laquelle le nourrisson
reçoit une alimentation unique et idéale sous forme de lait maternel (5). Pour les rares
enfants dont les mères ne peuvent ou ne veulent pas les nourrir au sein pour des raisons
diverses, il existe des préparations industrielles de remplacement du lait maternel, dont
la composition est réglée, pour l'espace européen, par une commission scientifique de
l'UE (6). Les mêmes principes obligatoires sont également consignés dans l'Ordonnance
suisse sur les denrées alimentaires de 1995.
En revanche, la seconde phase d'alimentation, à savoir celle de la diversification
alimentaire, au cours de laquelle l'enfant reçoit en partie du lait maternel,
respectivement du lait au biberon, en partie un complément semisolide (repas à la
cuillère) sous forme de purée, est nettement moins réglementée. C'est cette période
qui fait l'objet du présent document. Loin de nous l'idée d'y apporter des règles
rigides à notre tour ! Au contraire, l'âge de la diversification doit permettre à la
mère de percevoir peu à peu les besoins individuels de l'enfant et de composer les repas
avec une certaine fantaisie personnelle. Comme on peut s'y attendre, les compléments
solides sont assez différents d'une culture à l'autre. Compte tenu de ces latitudes, nos
directives sont formulées de la façon la plus libre possible, les interdictions ou
réserves ne s'imposant que dans des cas exceptionnels pour des motifs vraiment
contraignants.
Or les principes que nos énonçons ne sauraient répondre tous à des critères
scientifiques stricts. Ils sont néanmoins compatibles avec le niveau actuel de la
connaissance en matière de nutrition et suffisamment rigoureux pour assurer une
alimentation garantissant un apport correct de tous les éléments constitutifs
théoriquement nécessaires et présentant l'avantage supplémentaire de se fonder sur des
années d'expérience pratique.
Nos recommandations s'adressent plus particulièrement aux professionnels du domaine
nutritionnel qui apprécient de disposer d'un guide systématique dans l'exercice de leur
activité : nous pensons notamment aux spécialistes en pédiatrie et aux médecins
généralistes , aux pédiatres en formation, aux infirmières des services de
consultation maternelle, aux diététiciennes, aux conseillères en matière d'allaitement
et de lactation etc.
Le lait constitue encore et toujours la base de l'alimentation
infantile
L'allaitement au sein ne subit pas de changement lors de l'introduction
des compléments solides. En effet, l'enfant peut continuer de téter selon ses besoins.
Même lorsqu'il reçoit déjà trois repas à la cuillère, la mère a avantage à
continuer de lui donner le sein au moins deux fois par jour, faute de quoi sa production
de lait risque de tarir rapidement.
Les enfants du premier âge qui ne sont plus nourris au sein peuvent continuer de
consommer des "laits pour nourrissons". Dès l'introduction de la nourriture
diversifiée, il est ensuite possible de passer à des "laits de suite" conçus
non plus comme nourriture unique, mais comme partie intégrante d'une alimentation mixte
de plus en plus variée (5, 6). Le lait de suite s'en tient moins strictement à la
composition du lait maternel que le lait pour nourrissons, mais il est parfaitement
adapté à cette phase du développement. En tout état de cause, il est largement
préférable au lait de vache pur jusqu'à la fin de la première année de vie.
Par la suite, l'introduction du lait de vache "normal", pasteurisé ou
"UHT", se fait graduellement. Ce lait peut être d'abord utilisé pour la
préparation de bouillies lactées aux céréales; plus tard, vers l'âge de 8 mois,
l'enfant peut manger un peu de yogourt ajouté à la bouillie de céréales aux fruits. En
ce qui concerne le dernier biberon restant, le lait de suite ne devrait pas être
remplacé par du lait de vache nondilué avant l'âge de 1012 mois. Pour une
alimentation optimale durant cette période de transition, l'industrie propose un
"lait junior" spécial pauvre en protéines et enrichi en fer.
Lorsque l'on parle d'une alimentation du nourrisson à base de lait de vache dilué
(2/3 de lait, 1/3 d'eau), il est entendu qu'il doit toujours s'agir de lait entier,
qui seul garantit une quantité suffisante de graisses. La dilution a pour but principal
de réduire la teneur excessive en protéines et en minéraux. Ainsi le choix d'un lait
partiellement écrémé n'est judicieux qu'après l'âge de 2 3 ans. Dans la phase
concernée par les présentes recommandations, à savoir la tranche d'âge entre 5 et 15
mois, le lait de vache, même pasteurisé, doit toujours être bouilli avant d'être
consommé. Il ne s'agit pas là seulement d'une mesure d'hygiène, mais d'un processus
permettant d'éviter dans une large mesure les pertes de sang dans le tractus
gastrointestinal provoquées par le lait frais (8,9).
La préparation "maison" d'un lait pour nourrissons sous forme de lait de
vache dilué enrichi de glucides n'est plus recommandée de nos jours, du moins pour les
six premiers mois de vie. Pour l'enfant plus âgé, il peut constituer une alternative
avantageuse au "lait de suite" tout à fait défendable. Pour une préparation
impeccable, il convient de procéder comme suit :
- observer une hygiène
irréprochable lors de la préparation
- respecter la composition suivante :
- 2 tasses (160 ml) de lait entier,
- 1 tasse (80 ml) d'eau, glucides
(dextrinemaltose) et huile végétale pour enrichir en acides gras essentiels
(acides linoléique et linolénique) *
* en cas d'utilisation de
préparations industrielles composées (par ex. Lactoplus), observer le mode d'emploi .
Baisse des ressources en énergie et protéines
Vers le 5e ou 6e mois, l'enfant exclusivement nourri de lait maternel
commence à manquer d'apport énergétique. Certains milieux continuent de nier cette
évidence en prétendant que les bébés nourris au sein prospèrent parfaitement bien,
même dans la deuxième moitié de la première année. Si certaines exceptions confirment
sans doute la règle, les statistiques prouvent qu'en moyenne, ces enfants restent, aussi
bien du point de vue du poids que de celui de la taille, en retard sur les nourrissons
bénéficiant d'une alimentation complémentaire (10).
Si notre but est d'établir des directives, nous ne saurions certes nous baser sur des
"situation idéales", ni même sur des moyennes arithmétiques, car il s'agit de
faire en sorte que nos recommandations constituent une alimentation optimale même pour
des enfants présentant des constellations peu favorables.
Diverses études montrent que la consommation moyenne de lait d'un nourrisson en bonne
santé se situe, au 2e et 3e mois, entre 750 et 800 ml par jour, ce qui correspond à
510560 kcal (11). La quantité n'augmente plus que de très peu durant les mois qui
suivent (cf. figure l ). Cette limitation ne dépend souvent pas des conditions
maternelles. En effet, la lactation peut augmenter pratiquement à volonté (12). Une
femme qui nourrit plusieurs enfants (mère de jumeaux, nourrice) est capable de produire
plus du double de la quantité nécessaire à l'allaitement d'un seul bébé. De toute
évidence, c'est l'enfant qui limite sa propre consommation de lait, cherchant peu à peu
des apports énergétiques de sources diversifiées.
Une méthode très moderne (double labeled water method) permet de calculer avec
précision les besoins énergétiques pour un développement optimal du nourrisson
(1315). De 110120 kcal/kg pour les deux premiers mois, les besoins baissent à
8085 kcal/kg à l'âge de 5 mois, puis augmentent légèrement durant le deuxième
semestre à 8590 kcal/kg. Dans des conditions de consommation moyenne,
l'alimentation exclusive au sein répond insuffisamment à ces exigences dès le 5e ou le
6e mois et représente, dès le 6e à 9e mois, un apport énergétique largement
inférieur au besoin (graphique 1).
De la même façon, l'apport de protéines devient insuffisant. Un garçon de 5 mois et
de 7 kg ne reçoit, avec une ration journalière de lait maternel de 750 ml, que 1 g de
protéines par kg de poids. Ces chiffres démontrent clairement que dans la moyenne des
paires mèreenfant, le nourrisson exclusivement alimenté de lait maternel manque
d'apport d'énergie et de protéines dès qu'il dépasse le poids de 7 kg.
Aspects qualitatifs relevant de la physiologie nutritionnelle
Durant la période des tétées, l'enfant absorbe une nourriture
exclusivement liquide caractérisée par une grande proportion d'eau. Ce type
d'alimentation est nécessaire en raison du pouvoir de concentration limité du rein du
nouveauné. Après la phase néonatale, ce pouvoir de concentration, mais aussi la
fonction excrétoire globale du rein s'améliore, de sorte qu'il est possible de réduire
le volume de la nourriture en passant du lait liquide à une bouillie plus consistante.
Il manque plusieurs éléments nutritifs dans le lait, éléments qui seront
indispensables par la suite ou qui sont des sources énergétiques majeures. C'est le cas
de l'amidon, principal constituant de l'alimentation humaine, mais aussi des fibres
alimentaires. A l'âge qui nous intéresse, l'intestin du nourrisson est suffisamment
développé pour digérer des quantités relativement importantes de polysaccharides, et
les bactéries désormais présentes dans son côlon sont capables de décomposer des
hémicelluloses (16).
Quant à la proportion de matières grasses, qui représentent 50% de l'apport
énergétique durant la phase d'allaitement, elle doit être progressivement réduite pour
atteindre environ 35% dans la deuxième année de vie. Parallèlement, il importe de
remplacer peu à peu les graisses du lait de vache par des graisses ou huiles végétales
plus riches en acides gras insaturés (17).
Les besoins en protéines par kilo de poids diminuent, eux aussi, graduellement,
passant de 2,0 g environ à 1,3 g par kg au 15e mois (18). Dès l'âge de 5 mois,
l'alimentation exclusive au sein suffit à peine à couvrir ce besoin, comme nous l'avons
vu plus haut. Mais on ne saurait adapter ces apports en nourrissant l'enfant uniquement de
lait de suite ou, moins encore, de biberons de lait "faits maison".
De toute manière, une alimentation exclusivement lactée implique, à la longue, un
certain nombre d'insuffisances également du côté des micronutriments.
C'est notamment l'apport de certaines vitamines (D, K, niacine) et d'oligoéléments
(zinc, sélénium) qui laisse peu à peu à désirer.
Autre facteur hautement critique : l'apport en fer. La croissance rapide se
traduit par une augmentation tout aussi spectaculaire de la quantité de sang. Or, chez le
nourrisson et l'enfant en bas âge, la carence en fer a pour effet non seulement d'induire
l'anémie, mais encore d'entraver le développement psychomoteur et mental (19,20).
L'apport du fer nécessaire n'est possible que grâce à des compléments de nourritures
riches en fer, notamment des viandes et, dans une moindre mesure, des légumes.
La diversification a l'avantage supplémentaire de mettre le nourrisson en contact avec
toutes sortes de matières végétales et de saveurs avec lesquelles il a ainsi tout
loisir de se familiariser.
Quand fautil introduire les compléments solides ?
La diversification de la nourriture ne doit pas intervenir avant que
l'enfant ne paraisse "mûr" pour ce changement radical de ses habitudes
alimentaires. La maturité est moins déterminée par la présence suffisante d'enzymes
dans le tractus digestif cette condition étant remplie en grande partie peu après
la naissance (21) mais plutôt par la disposition générale physique, mentale et
psychologique du nourrisson.
Conditions liées au développement physiologique
Au cours des premières semaines de vie, l'alimentation à la cuillère
pose des problèmes évidents dus au réflexe de succion du bébé et aux mouvements de
langue qui y sont liés. Avant de passer à une nourriture diversifiée, le développement
neurophysiologique de l'enfant doit avoir atteint un stade qui lui permet d'accepter la
cuillère et de maîtriser rapidement le réflexe de rejet de la nourriture. Il est
important que l'enfant tienne assis sur les genoux de sa mère, qu'il sache contrôler les
mouvements de sa tête et soit capable de manifester la faim et l'appétit en ouvrant la
bouche, la satiété en la fermant. Ce stade de maturité neurophysiologique et motrice
est atteint vers l'âge de 4 5 mois, autrement dit au moment précis où le lait
maternel commence à ne plus suffire à couvrir la totalité des besoins énergétiques
(22).
Pour les enfants nourris au sein ou "artificiellement" au biberon, le
moment idéal, mais aussi le moment le plus précoce possible pour
l'introduction de la nourriture diversifiée se situe donc au 5e mois. Les mères
bénéficiant d'une lactation abondante et d'une bonne disposition à allaiter peuvent
différer l'introduction des compléments solides d'un, au maximum de deux mois, à
condition toutefois que le bébé continue de bien prospérer avec l'alimentation
exclusive au sein (augmentation d'environ 100150 g par semaine, poids au p25)
L'introduction tardive de la diversification peut notamment être indiquée en
présence d'un syndrome atopique chez l'un des parents. Une alimentation dite
"hypoallergènique" durant les six premiers mois avec introduction retardée des
repas à la cuillère (à partir de l'âge de six mois seulement) permet en effet, selon
des études à long terme menées à ce sujet, de réduire largement les risques
d'apparition de maladies allergiques jusqu'à l'âge de 5 ans (2325).
Parallèlement, il convient d'éviter absolument, pendant toute la première année
d'âge, les aliments réputés allergènes, comme le lait animal frais, les ufs, les
oléagineux, le soja, le céleri, le poisson, le cacao (chocolat) et les agrumes.
Comment procéder en pratique ?
Le passage du sein ou du biberon à la cuillère pose des difficultés
variables d'un enfant à un autre. L'apprentissage commence par un petit nombre de
cuillerées d'une purée , par exemple une purée de carottes du commerce garantie pauvre
en nitrates. Dès que l'enfant accepte la cuillère, la quantité peut être rapidement
portée à 200250 g, la purée de carottes pure pouvant être remplacée peu à peu
par une purée composée de légumes au choix et de pommes de terre. Souvent, le passage
à la cuillère se fait plus aisément lorsque l'on commence par une petite portion de
banane écrasée ou de pomme finement râpée, le goût sucré des fruits facilitant la
transition à partir du lait maternel légèrement doux, lui aussi. Dès que ce détour
est réussi, on peut tenter l'essai avec la purée de légumes et pommes de terre. Il est
néanmoins profitable de continuer de donner quelques cuillerées d'un mélange de pomme
et de banane ou un peu de jus de fruit en guise de "dessert" après la bouillie
de légumes ou après la tétée.
Chez le bébé nourri au biberon, le premier repas en purée est destiné à remplacer
entièrement un biberon. L'enfant reçoit dès lors trois biberons de lait pour
nourrissons ou de lait de suite de 200250 ml chacun, plus une quantité équivalente
de purée de légumes et de pommes de terre. Le second repas de bouillie remplace un autre
biberon et ainsi de suite.
Chez le bébé allaité au sein, le schéma est un peu plus compliqué. Comme la purée
de légumes et pommes de terre est moins riche en calories que la quantité équivalente
le lait et qu'il importe, par ailleurs, d'augmenter l'apport énergétique, l'enfant
continue, en complément, de téter selon ses besoins. Une certaine réduction de la
fréquence d'allaitement et de la quantité de lait maternel ne se fait alors sentir que
peu à peu, souvent après l'introduction du second repas de purée seulement.
Il est recommandable d'introduire les deux premiers repas de purée à un intervalle
d'environ 45 semaines; jusqu'au troisième, on pourra laisser passer un délai un
peu plus long, surtout lorsque la transition a été entreprise à l'âge de 4 mois
déjà. La mère est libre d'en déterminer le moment comme bon lui semble en tenant
compte notamment aussi de ses paramètres personnels (éventuellement reprise d'une
activité professionnelle hors de la maison). On peut également commencer la
diversification par la bouillie de céréales du soir, notamment lorsque l'on désire (ou
espère) faire dormir l'enfant toute la nuit.
Les différents repas en purée
La figure 2 indique l'ordre d'introduction des différents repas en
purée. Le principe de base consiste à ce que les mélanges soient d'abord présentés
sous forme de purée très fine et se transforment successivement en aliments écrasés,
puis coupés en petits morceaux. L'ordre journalier est principalement dicté par le cycle
d'éveil et de sommeil de l'enfant. Il est parfaitement possible d'inverser ou de modifier
les repas de midi et du soir que nous préconisons.
1. La purée de légumes et pommes de terre avec adjonction de
viande
Cette purée représente généralement le second, éventuellement le troisième repas
de la journée. Il est servi autour de midi et correspond plus tard au déjeûner.
Composé d'un mélange de légumes et de pommes de terre, ce repas doit être
complété, au moins deux à trois fois par semaine, par un peu de viande. Dès l'âge de
six mois, l'enfant peut manger une fois par semaine un jaune d'uf cuit (exception :
enfants allergiques).
Au début, la carotte constitue le légume idéal, auquel s'ajoutent plus tard, selon
la saison, les chouxfleurs, les brocolis, le fenouil, la courgette, le salsifis, la
laitue, les épinards etc. Le mélange se compose généralement d'environ 1/2 2/3
de légumes et de 1/3 1/2 de pommes de terre. Il importe d'y ajouter une ou deux
cuillerées à café (510 ml) d'huile, par exemple d'huile de tournesol ou de germes
de maïs, afin de couvrir les besoins énergétiques de l'enfant et, surtout, de lui
procurer les acides gras essentiels qui sont indispensables à son développement.
Il est judicieux d'accompagner la purée de légumes et de pommes de terre (+/
viande) de quelques cuillerées de jus d'orange ou de pomme râpée, qui favorisent
l'assimilation du fer contenu dans les végétaux.
Pour la viande, on s'en tiendra de préférence au veau, à l'agneau, au poulet et à
la dinde, plus tard on pourra éventuellement ajouter le poisson. La viande doit être
mixée, émiettée ou finement hachée. Son adjonction est importante en raison de sa
haute teneur en fer. Une portion adéquate en contient environ 30 g. Les mères qui
désirent donner du foie à leurs enfants en raison de sa grande richesse en fer, ne le
feront pas plus d'une fois par semaine à raison de 50 g au maximum à cause de sa teneur
excessive en vitamine A. Quant à celles qui préfèrent une alimentation végétarienne,
elles remplaceront la viande par des aliments enrichis en fer et contenant suffisamment de
vitamine C.
La préparation d'une purée de légumes et pommes de terre demandant un certain
travail, on peut facilement en faire une assez grande quantité et congeler le surplus en
portions journalières. Il suffit ensuite de les dégeler et réchauffer au fur et à
mesure des besoins au bainmarie ou au four à microondes.
Vers la fin de la première année, les pommes de terre seront utilisées peu à peu en
alternance avec du riz, du maïs ou des pâtes fines.
Durant toute la première année, l'addition de sel est à éviter.
2. La purée lactée aux céréales
Cette purée constitue généralement le repas du soir et se compose,
pour l'essentiel, de produits céréaliers semoule de blé ou flocons de céréales
et de lait. Ce dernier peut consister en "lait pour nourrissons",
"lait de suite", ou lait bouilli dilué avec un tiers d'eau. Dès le 8e ou 9e
mois, on passera à du lait non dilué. A ce stade, le lait "junior" du commerce
offre une alternative avantageuse.
La bouillie est préparée avec 200 ml de lait à 2/3 (140 ml de lait entier et 70 ml
d'eau) et 20 g de semoule de blé ou de flocons de céréales, le tout porté à
ébullition. Dans tous les cas, on donnera la préférence aux flocons de céréales
complètes. La plupart des préparations du commerce contiennent déjà le lait sous forme
de poudre, de sorte qu'il suffit d'ajouter de l'eau chaude (respecter les indications sur
l'emballage !).
Afin d'enrichir la bouillie de vitamines, on aura avantage à y incorporer un peu de
purée ou de jus de fruits, p. ex. 20 ml de jus d'orange. En revanche, pour la santé des
dents du bébé, il vaut mieux renoncer à la sucrer.
Dès l'âge de 1012 mois, on peut introduire d'autres préparations à base de
céréales, comme la bouillie d'avoine (porridge), le pouding à la semoule, la polenta,
le millet, éventuellement aussi des biscottes.
3. La bouillie de céréales aux fruits
Au 7e ou 8e mois, on introduit de préférence l'aprèsmidi un
troisième repas de bouillie, qui se compose de flocons de céréales et de fruits. Dans
le but de poursuivre la réduction graduelle des protéines et des graisses du lait, cette
purée se prépare avec un peu d'eau ou le jus des fruits et peut être servie froide.
Pour les enfants très affamés, on y ajoutera 50 100 g de yogourt (cette même
quantité de yogourt peut également servir de petite collation intermédiaire dans la
matinée).
Les préparations utilisées pour ce troisième repas se constituent de flocons de
céréales instantanés (flocons de blé complet ou de millet) sans adjonction de lait. On
les complète par des fruits de saison. Plus tard, on élargira ce mélange en en faisant
un "bircher" ou tout autre plat complet du même genre. Là encore, il faut
éviter le sucre dans la mesure du possible. Il est permis d'ajouter un peu de sucre aux
fruits cuits, en revanche, un yogourt aux fruits du commerce est largement assez sucré !
Passage de l'alimentation infantile à l'alimentation de
l'adulte
Vers la fin de la première année, l'enfant commence peu à peu à
prendre place à la table familiale. Il convient donc d'adapter graduellement sa
nourriture à celle des adultes. Ayant largement découvert l'usage de ses mains et de ses
dents de plus en plus nombreuses, le petit peut désormais se débrouiller avec des
aliments tout à fait solides. La croûte de pain est l'élément idéal pour commencer
l'apprentissage. A condition de surveiller l'enfant, on peut lui offrir un bout de croûte
de pain dès l'âge de 8 mois, ceci pour stimuler à la fois sa mastication et la
découverte des plaisirs du palais. Au repas du matin, jusque là réduit à une boisson,
s'ajoutent peu à peu les tartines de beurre (ou de margarine), la confiture,
éventuellement des céréales, jusqu'à rejoindre la composition traditionnelle du petit
déjeuner du usuel. Dès cet instant, le gobelet remplace la bouteille.
Si nécessaire, l'enfant peut prendre une petite collation intermédiaire dans la
matinée (les "dix heures") : pomme, pain, yogourt, séré ou similaires.
En progressant de cette manière, on parvient rapidement à l'autonomie de l'enfant à
table, les parents se contentant de couper la nourriture en petites portions. Dès lors,
l'enfant peut goûter à tout ce que les adultes mangent, à l'exception des mets très
salés ou très épicés.
Le sel est à utiliser toujours avec modération. En principe, on choisira le sel de
cuisine additionné d'iode et de fluor (emballage vert)et non pas le sel de
mer, qui ne contient pas ces adjonctions.
Lorsque la famille n'a pas la possibilité de se réunir pour des repas en commun et
que les parents ne trouvent pas le temps de préparer un menu équilibré pour l'enfant,
il vaut mieux donner des préparations "juniors" du commerce que des snacks sans
grande valeur.
Même si le rythme de croissance de la 2e et 3e année est plus lent que celui de
l'âge du nourrisson, l'enfant continue d'avoir impérativement besoin, à ce stade, d'une
nourriture équilibrée et complète, préparée avec soin.
La boisson
La science nutritionnelle moderne accorde une grande importance à un
apport suffisant en liquide. Au départ, le nourrisson se contente de lait et assure ainsi
facilement son hydratation. En effet, même les enfants des Bédouins dans le désert
reçoivent la quantité d'eau nécessaire à travers le lait maternel. Les purées et
bouillies, elles aussi, sont encore relativement liquides. Exception faite de quelques
journées estivales particulièrement torrides, l'enfant n'a donc pas besoin de boire
en dehors des repas dans les premiers 12 15 mois. En revanche, il faut veiller
à bien l'hydrater lorsqu'il a de la fièvre, de même que lorsqu'il vomit
(apport de liquide par très petites portions données à la cuillère à thé).
Nous mettons les parents en garde contre la mauvaise habitude du biberon de thé sucré
ou de jus de fruit que l'enfant traîne avec lui toute la journée et qui ravage ses
dents. L'eau est le meilleur remède contre la soif (26); les boissons sucrées sont
absolument à proscrire. L'eau minérale ne présente pas d'avantages notables par rapport
à l'eau du robinet (27). Quant aux jus de fruits, ils doivent être dilués dans la
proportion de 1:1.
Plus tard, après la tranche d'âge qui nous intéresse ici, on offrira à l'enfant un
verre d'eau en accompagnement des repas principaux et donnera suite, dans une mesure
raisonnable, à sa propre demande de boisson complémentaire.
Diversification : préparations "maison" ou petits
pots du commerce ?
Au cours du dernier quart de siècle, les petits pots pour bébés ont
conquis le marché. A tort ou à raison ? Il y a des arguments pour et contre, et c'est
aux parents qu'appartient la décision.
Avantages des préparations "maison"
En dehors de l'évident aspect financier les matières premières sont nettement
moins chères que les nourritures prêtes à la consommation l'avantage des
préparations "maison" est avant tout d'ordre psychologique. En effet,
cette méthode oblige la mère ou le père à se préoccuper sérieusement et
personnellement des besoins nutritionnels de l'enfant. Ils acquièrent ainsi des notions
précieuses qu'ils appliqueront ensuite à toute la famille. D'autre part, l'être humain
préfère instinctivement les produits frais. Les légumes ou les fruits frais sont plus
appréciés que les conserves. Il s'agit là d'un instinct précieux qu'il ne faut surtout
pas réprimer !
Avantages des préparations industrielles
Les petits pots du commerce présentent l'avantage d'une plus grande garantie
d'hygiène (absence de substances nocives), d'équilibre de composition, de tolérance
etc.
- Les aliments pour bébés sont soumis à une
législation extrêmement sévère quant à la contenance en substances nocives. Les
préparations industrielles respectent rigoureusement ces règles et subissent des
contrôles réguliers. Elaborées à base de produits dépourvus de pesticides, nitrates
et sels de conservation, ces conserves ne contiennent pratiquement pas de résidus.
- La composition des préparations est parfaitement
adaptée aux besoins alimentaires de l'enfant et indépendante des impératifs
saisonniers. La perte de vitamines due à l'élaboration et au stockage est compensée.
Les oligoéléments indispensables tels que le fer ou l'iode sont ajoutés en
fonction du besoin précis de l'enfant. La composition est réglementée par des
directives de l'UE (28), qui ont pour but de garantir une qualité nutritionnelle optimale
et équilibrée. Attention : les purées industrielles de cultures biologiques sont
soumises à une Ordonnance spécifique ("Ordonnance sur l'agriculture
biologique"), qui interdit l'adjonction des substances précieuses indiquées
cidessus ! (29, 30).
- Les petits pots pour nourrissons permettent de
gagner du temps et facilitent le travail de la mère.
Comme on le voit, la liste des arguments
en faveur des préparations industrielles est sensiblement plus longue que la liste
opposée, même si, à première vue, tous les critères invoqués ne semblent pas
revêtir une importance capitale pour la santé. En fin de compte, on peut dire que le
meilleur résultat sera obtenu par la combinaison des deux possibilités en ce sens qu'on
donnera la préférence d'abord aux petits pots pour la première phase, en passant
ensuite de plus en plus à des produits frais.
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- Tönz O. : Von der Mamma zur Pappa. Monatsschr. Kinderheilk 144 (suppl.
2) S 15055 (1996)
Pour la révision critique du manuscrit, nous remercions :
- les membres de la commission de nutrition de la
Société Suisse de Pédiatrie : PD M. Roulet, professeurs P. Nars, D. Shmerling, docteurs
P. Bähler, G. Délèze, H. Gaze, S. Giambonini
- Professeur M. Lentze, Bonn
- Forum für Praxispädiatrie : docteur A. Bächler
- Schweiz. Verein der Mütterberatungsschwestern :
E. Gerber, M. Kläui, A. Urben.
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