Principes d'alimentation du nourrisson et du petit enfant entre le 5e et le 15e mois.   Deutscher Text
O. Tönz et K. Baerlocher
Avec le soutien de la commission de nutrition de la Société Suisse de Pédiatrie

Dans aucune autre phase de la vie, l'alimentation de l'être humain ne revêt une importance aussi capitale qu'à la prime enfance. C'est en effet à cette période, caractérisée par une croissance rapide et par le développement à la fois du système nerveux, des organes et des tissus, que nous posons les fondements de notre vie future. Les recherches récentes soulignent unanimement l'importance d'une nutrition optimale au cours des premiers mois de la vie non seulement pour le bien–être et l'épanouissement du nourrisson, mais pour toute l'évolution future de son existence (1–4). Aussi des directives, recommandations et prescriptions, voire des dispositions légales ont–elles été mises au point pour garantir une alimentation judicieuse et saine des enfants dans cette première étape particulièrement délicate de leur développement.

La "réglementation" en question concerne tout particulièrement les premiers mois, à savoir la phase de l'allaitement au sein, durant laquelle le nourrisson reçoit une alimentation unique et idéale sous forme de lait maternel (5). Pour les rares enfants dont les mères ne peuvent ou ne veulent pas les nourrir au sein pour des raisons diverses, il existe des préparations industrielles de remplacement du lait maternel, dont la composition est réglée, pour l'espace européen, par une commission scientifique de l'UE (6). Les mêmes principes obligatoires sont également consignés dans l'Ordonnance suisse sur les denrées alimentaires de 1995.

En revanche, la seconde phase d'alimentation, à savoir celle de la diversification alimentaire, au cours de laquelle l'enfant reçoit en partie du lait maternel, respectivement du lait au biberon, en partie un complément semi–solide (repas à la cuillère) sous forme de purée, est nettement moins réglementée. C'est cette période qui fait l'objet du présent document. Loin de nous l'idée d'y apporter des règles rigides à notre tour ! Au contraire, l'âge de la diversification doit permettre à la mère de percevoir peu à peu les besoins individuels de l'enfant et de composer les repas avec une certaine fantaisie personnelle. Comme on peut s'y attendre, les compléments solides sont assez différents d'une culture à l'autre. Compte tenu de ces latitudes, nos directives sont formulées de la façon la plus libre possible, les interdictions ou réserves ne s'imposant que dans des cas exceptionnels pour des motifs vraiment contraignants.

Or les principes que nos énonçons ne sauraient répondre tous à des critères scientifiques stricts. Ils sont néanmoins compatibles avec le niveau actuel de la connaissance en matière de nutrition et suffisamment rigoureux pour assurer une alimentation garantissant un apport correct de tous les éléments constitutifs théoriquement nécessaires et présentant l'avantage supplémentaire de se fonder sur des années d'expérience pratique.

Nos recommandations s'adressent plus particulièrement aux professionnels du domaine nutritionnel qui apprécient de disposer d'un guide systématique dans l'exercice de leur activité : nous pensons notamment aux spécialistes en pédiatrie et aux médecins généralistes , aux pédiatres en formation, aux infirmières des services de consultation maternelle, aux diététiciennes, aux conseillères en matière d'allaitement et de lactation etc.

Le lait constitue encore et toujours la base de l'alimentation infantile

L'allaitement au sein ne subit pas de changement lors de l'introduction des compléments solides. En effet, l'enfant peut continuer de téter selon ses besoins. Même lorsqu'il reçoit déjà trois repas à la cuillère, la mère a avantage à continuer de lui donner le sein au moins deux fois par jour, faute de quoi sa production de lait risque de tarir rapidement.

Les enfants du premier âge qui ne sont plus nourris au sein peuvent continuer de consommer des "laits pour nourrissons". Dès l'introduction de la nourriture diversifiée, il est ensuite possible de passer à des "laits de suite" conçus non plus comme nourriture unique, mais comme partie intégrante d'une alimentation mixte de plus en plus variée (5, 6). Le lait de suite s'en tient moins strictement à la composition du lait maternel que le lait pour nourrissons, mais il est parfaitement adapté à cette phase du développement. En tout état de cause, il est largement préférable au lait de vache pur jusqu'à la fin de la première année de vie.

Par la suite, l'introduction du lait de vache "normal", pasteurisé ou "UHT", se fait graduellement. Ce lait peut être d'abord utilisé pour la préparation de bouillies lactées aux céréales; plus tard, vers l'âge de 8 mois, l'enfant peut manger un peu de yogourt ajouté à la bouillie de céréales aux fruits. En ce qui concerne le dernier biberon restant, le lait de suite ne devrait pas être remplacé par du lait de vache non–dilué avant l'âge de 10–12 mois. Pour une alimentation optimale durant cette période de transition, l'industrie propose un "lait junior" spécial pauvre en protéines et enrichi en fer.

Lorsque l'on parle d'une alimentation du nourrisson à base de lait de vache dilué (2/3 de lait, 1/3 d'eau), il est entendu qu'il doit toujours s'agir de lait entier, qui seul garantit une quantité suffisante de graisses. La dilution a pour but principal de réduire la teneur excessive en protéines et en minéraux. Ainsi le choix d'un lait partiellement écrémé n'est judicieux qu'après l'âge de 2 – 3 ans. Dans la phase concernée par les présentes recommandations, à savoir la tranche d'âge entre 5 et 15 mois, le lait de vache, même pasteurisé, doit toujours être bouilli avant d'être consommé. Il ne s'agit pas là seulement d'une mesure d'hygiène, mais d'un processus permettant d'éviter dans une large mesure les pertes de sang dans le tractus gastro–intestinal provoquées par le lait frais (8,9).

La préparation "maison" d'un lait pour nourrissons sous forme de lait de vache dilué enrichi de glucides n'est plus recommandée de nos jours, du moins pour les six premiers mois de vie. Pour l'enfant plus âgé, il peut constituer une alternative avantageuse au "lait de suite" tout à fait défendable. Pour une préparation impeccable, il convient de procéder comme suit :

  • observer une hygiène irréprochable lors de la préparation
  • respecter la composition suivante :
    • 2 tasses (160 ml) de lait entier,
    • 1 tasse (80 ml) d'eau, glucides (dextrine–maltose) et huile végétale pour enrichir en acides gras essentiels (acides linoléique et linolénique) *

* en cas d'utilisation de préparations industrielles composées (par ex. Lactoplus), observer le mode d'emploi.

Baisse des ressources en énergie et protéines

Vers le 5e ou 6e mois, l'enfant exclusivement nourri de lait maternel commence à manquer d'apport énergétique. Certains milieux continuent de nier cette évidence en prétendant que les bébés nourris au sein prospèrent parfaitement bien, même dans la deuxième moitié de la première année. Si certaines exceptions confirment sans doute la règle, les statistiques prouvent qu'en moyenne, ces enfants restent, aussi bien du point de vue du poids que de celui de la taille, en retard sur les nourrissons bénéficiant d'une alimentation complémentaire (10).

Si notre but est d'établir des directives, nous ne saurions certes nous baser sur des "situation idéales", ni même sur des moyennes arithmétiques, car il s'agit de faire en sorte que nos recommandations constituent une alimentation optimale même pour des enfants présentant des constellations peu favorables.

Diverses études montrent que la consommation moyenne de lait d'un nourrisson en bonne santé se situe, au 2e et 3e mois, entre 750 et 800 ml par jour, ce qui correspond à 510–560 kcal (11). La quantité n'augmente plus que de très peu durant les mois qui suivent (cf. figure l ). Cette limitation ne dépend souvent pas des conditions maternelles. En effet, la lactation peut augmenter pratiquement à volonté (12). Une femme qui nourrit plusieurs enfants (mère de jumeaux, nourrice) est capable de produire plus du double de la quantité nécessaire à l'allaitement d'un seul bébé. De toute évidence, c'est l'enfant qui limite sa propre consommation de lait, cherchant peu à peu des apports énergétiques de sources diversifiées.

Une méthode très moderne (double labeled water method) permet de calculer avec précision les besoins énergétiques pour un développement optimal du nourrisson (13–15). De 110–120 kcal/kg pour les deux premiers mois, les besoins baissent à 80–85 kcal/kg à l'âge de 5 mois, puis augmentent légèrement durant le deuxième semestre à 85–90 kcal/kg. Dans des conditions de consommation moyenne, l'alimentation exclusive au sein répond insuffisamment à ces exigences dès le 5e ou le 6e mois et représente, dès le 6e à 9e mois, un apport énergétique largement inférieur au besoin (graphique 1).

De la même façon, l'apport de protéines devient insuffisant. Un garçon de 5 mois et de 7 kg ne reçoit, avec une ration journalière de lait maternel de 750 ml, que 1 g de protéines par kg de poids. Ces chiffres démontrent clairement que dans la moyenne des paires mère–enfant, le nourrisson exclusivement alimenté de lait maternel manque d'apport d'énergie et de protéines dès qu'il dépasse le poids de 7 kg.

Aspects qualitatifs relevant de la physiologie nutritionnelle

Durant la période des tétées, l'enfant absorbe une nourriture exclusivement liquide caractérisée par une grande proportion d'eau. Ce type d'alimentation est nécessaire en raison du pouvoir de concentration limité du rein du nouveau–né. Après la phase néonatale, ce pouvoir de concentration, mais aussi la fonction excrétoire globale du rein s'améliore, de sorte qu'il est possible de réduire le volume de la nourriture en passant du lait liquide à une bouillie plus consistante.

Il manque plusieurs éléments nutritifs dans le lait, éléments qui seront indispensables par la suite ou qui sont des sources énergétiques majeures. C'est le cas de l'amidon, principal constituant de l'alimentation humaine, mais aussi des fibres alimentaires. A l'âge qui nous intéresse, l'intestin du nourrisson est suffisamment développé pour digérer des quantités relativement importantes de polysaccharides, et les bactéries désormais présentes dans son côlon sont capables de décomposer des hémicelluloses (16).

Quant à la proportion de matières grasses, qui représentent 50% de l'apport énergétique durant la phase d'allaitement, elle doit être progressivement réduite pour atteindre environ 35% dans la deuxième année de vie. Parallèlement, il importe de remplacer peu à peu les graisses du lait de vache par des graisses ou huiles végétales plus riches en acides gras insaturés (17).

Les besoins en protéines par kilo de poids diminuent, eux aussi, graduellement, passant de 2,0 g environ à 1,3 g par kg au 15e mois (18). Dès l'âge de 5 mois, l'alimentation exclusive au sein suffit à peine à couvrir ce besoin, comme nous l'avons vu plus haut. Mais on ne saurait adapter ces apports en nourrissant l'enfant uniquement de lait de suite ou, moins encore, de biberons de lait "faits maison".

De toute manière, une alimentation exclusivement lactée implique, à la longue, un certain nombre d'insuffisances également du côté des micro–nutriments. C'est notamment l'apport de certaines vitamines (D, K, niacine) et d'oligo–éléments (zinc, sélénium) qui laisse peu à peu à désirer.

Autre facteur hautement critique : l'apport en fer. La croissance rapide se traduit par une augmentation tout aussi spectaculaire de la quantité de sang. Or, chez le nourrisson et l'enfant en bas âge, la carence en fer a pour effet non seulement d'induire l'anémie, mais encore d'entraver le développement psychomoteur et mental (19,20). L'apport du fer nécessaire n'est possible que grâce à des compléments de nourritures riches en fer, notamment des viandes et, dans une moindre mesure, des légumes.

La diversification a l'avantage supplémentaire de mettre le nourrisson en contact avec toutes sortes de matières végétales et de saveurs avec lesquelles il a ainsi tout loisir de se familiariser.

Quand faut–il introduire les compléments solides ?

La diversification de la nourriture ne doit pas intervenir avant que l'enfant ne paraisse "mûr" pour ce changement radical de ses habitudes alimentaires. La maturité est moins déterminée par la présence suffisante d'enzymes dans le tractus digestif – cette condition étant remplie en grande partie peu après la naissance (21) – mais plutôt par la disposition générale physique, mentale et psychologique du nourrisson.

Conditions liées au développement physiologique

Au cours des premières semaines de vie, l'alimentation à la cuillère pose des problèmes évidents dus au réflexe de succion du bébé et aux mouvements de langue qui y sont liés. Avant de passer à une nourriture diversifiée, le développement neurophysiologique de l'enfant doit avoir atteint un stade qui lui permet d'accepter la cuillère et de maîtriser rapidement le réflexe de rejet de la nourriture. Il est important que l'enfant tienne assis sur les genoux de sa mère, qu'il sache contrôler les mouvements de sa tête et soit capable de manifester la faim et l'appétit en ouvrant la bouche, la satiété en la fermant. Ce stade de maturité neurophysiologique et motrice est atteint vers l'âge de 4 – 5 mois, autrement dit au moment précis où le lait maternel commence à ne plus suffire à couvrir la totalité des besoins énergétiques (22).

Pour les enfants nourris au sein ou "artificiellement" au biberon, le moment idéal, mais aussi le moment le plus précoce possible pour l'introduction de la nourriture diversifiée se situe donc au 5e mois. Les mères bénéficiant d'une lactation abondante et d'une bonne disposition à allaiter peuvent différer l'introduction des compléments solides d'un, au maximum de deux mois, à condition toutefois que le bébé continue de bien prospérer avec l'alimentation exclusive au sein (augmentation d'environ 100–150 g par semaine, poids au p25)

L'introduction tardive de la diversification peut notamment être indiquée en présence d'un syndrome atopique chez l'un des parents. Une alimentation dite "hypoallergènique" durant les six premiers mois avec introduction retardée des repas à la cuillère (à partir de l'âge de six mois seulement) permet en effet, selon des études à long terme menées à ce sujet, de réduire largement les risques d'apparition de maladies allergiques jusqu'à l'âge de 5 ans (23–25). Parallèlement, il convient d'éviter absolument, pendant toute la première année d'âge, les aliments réputés allergènes, comme le lait animal frais, les œufs, les oléagineux, le soja, le céleri, le poisson, le cacao (chocolat) et les agrumes.

Comment procéder en pratique ?

Le passage du sein ou du biberon à la cuillère pose des difficultés variables d'un enfant à un autre. L'apprentissage commence par un petit nombre de cuillerées d'une purée , par exemple une purée de carottes du commerce garantie pauvre en nitrates. Dès que l'enfant accepte la cuillère, la quantité peut être rapidement portée à 200–250 g, la purée de carottes pure pouvant être remplacée peu à peu par une purée composée de légumes au choix et de pommes de terre. Souvent, le passage à la cuillère se fait plus aisément lorsque l'on commence par une petite portion de banane écrasée ou de pomme finement râpée, le goût sucré des fruits facilitant la transition à partir du lait maternel légèrement doux, lui aussi. Dès que ce détour est réussi, on peut tenter l'essai avec la purée de légumes et pommes de terre. Il est néanmoins profitable de continuer de donner quelques cuillerées d'un mélange de pomme et de banane ou un peu de jus de fruit en guise de "dessert" après la bouillie de légumes ou après la tétée.

Chez le bébé nourri au biberon, le premier repas en purée est destiné à remplacer entièrement un biberon. L'enfant reçoit dès lors trois biberons de lait pour nourrissons ou de lait de suite de 200–250 ml chacun, plus une quantité équivalente de purée de légumes et de pommes de terre. Le second repas de bouillie remplace un autre biberon et ainsi de suite.

Chez le bébé allaité au sein, le schéma est un peu plus compliqué. Comme la purée de légumes et pommes de terre est moins riche en calories que la quantité équivalente le lait et qu'il importe, par ailleurs, d'augmenter l'apport énergétique, l'enfant continue, en complément, de téter selon ses besoins. Une certaine réduction de la fréquence d'allaitement et de la quantité de lait maternel ne se fait alors sentir que peu à peu, souvent après l'introduction du second repas de purée seulement.

Il est recommandable d'introduire les deux premiers repas de purée à un intervalle d'environ 4–5 semaines; jusqu'au troisième, on pourra laisser passer un délai un peu plus long, surtout lorsque la transition a été entreprise à l'âge de 4 mois déjà. La mère est libre d'en déterminer le moment comme bon lui semble en tenant compte notamment aussi de ses paramètres personnels (éventuellement reprise d'une activité professionnelle hors de la maison). On peut également commencer la diversification par la bouillie de céréales du soir, notamment lorsque l'on désire (ou espère) faire dormir l'enfant toute la nuit.

Les différents repas en purée

La figure 2 indique l'ordre d'introduction des différents repas en purée. Le principe de base consiste à ce que les mélanges soient d'abord présentés sous forme de purée très fine et se transforment successivement en aliments écrasés, puis coupés en petits morceaux. L'ordre journalier est principalement dicté par le cycle d'éveil et de sommeil de l'enfant. Il est parfaitement possible d'inverser ou de modifier les repas de midi et du soir que nous préconisons.

1. La purée de légumes et pommes de terre avec adjonction de viande

Cette purée représente généralement le second, éventuellement le troisième repas de la journée. Il est servi autour de midi et correspond plus tard au déjeûner.

Composé d'un mélange de légumes et de pommes de terre, ce repas doit être complété, au moins deux à trois fois par semaine, par un peu de viande. Dès l'âge de six mois, l'enfant peut manger une fois par semaine un jaune d'œuf cuit (exception : enfants allergiques).

Au début, la carotte constitue le légume idéal, auquel s'ajoutent plus tard, selon la saison, les choux–fleurs, les brocolis, le fenouil, la courgette, le salsifis, la laitue, les épinards etc. Le mélange se compose généralement d'environ 1/2 – 2/3 de légumes et de 1/3 – 1/2 de pommes de terre. Il importe d'y ajouter une ou deux cuillerées à café (5–10 ml) d'huile, par exemple d'huile de tournesol ou de germes de maïs, afin de couvrir les besoins énergétiques de l'enfant et, surtout, de lui procurer les acides gras essentiels qui sont indispensables à son développement.

Il est judicieux d'accompagner la purée de légumes et de pommes de terre (+/– viande) de quelques cuillerées de jus d'orange ou de pomme râpée, qui favorisent l'assimilation du fer contenu dans les végétaux.

Pour la viande, on s'en tiendra de préférence au veau, à l'agneau, au poulet et à la dinde, plus tard on pourra éventuellement ajouter le poisson. La viande doit être mixée, émiettée ou finement hachée. Son adjonction est importante en raison de sa haute teneur en fer. Une portion adéquate en contient environ 30 g. Les mères qui désirent donner du foie à leurs enfants en raison de sa grande richesse en fer, ne le feront pas plus d'une fois par semaine à raison de 50 g au maximum à cause de sa teneur excessive en vitamine A. Quant à celles qui préfèrent une alimentation végétarienne, elles remplaceront la viande par des aliments enrichis en fer et contenant suffisamment de vitamine C.

La préparation d'une purée de légumes et pommes de terre demandant un certain travail, on peut facilement en faire une assez grande quantité et congeler le surplus en portions journalières. Il suffit ensuite de les dégeler et réchauffer au fur et à mesure des besoins au bain–marie ou au four à micro–ondes.

Vers la fin de la première année, les pommes de terre seront utilisées peu à peu en alternance avec du riz, du maïs ou des pâtes fines.

Durant toute la première année, l'addition de sel est à éviter.

2. La purée lactée aux céréales

Cette purée constitue généralement le repas du soir et se compose, pour l'essentiel, de produits céréaliers – semoule de blé ou flocons de céréales – et de lait. Ce dernier peut consister en "lait pour nourrissons", "lait de suite", ou lait bouilli dilué avec un tiers d'eau. Dès le 8e ou 9e mois, on passera à du lait non dilué. A ce stade, le lait "junior" du commerce offre une alternative avantageuse.

La bouillie est préparée avec 200 ml de lait à 2/3 (140 ml de lait entier et 70 ml d'eau) et 20 g de semoule de blé ou de flocons de céréales, le tout porté à ébullition. Dans tous les cas, on donnera la préférence aux flocons de céréales complètes. La plupart des préparations du commerce contiennent déjà le lait sous forme de poudre, de sorte qu'il suffit d'ajouter de l'eau chaude (respecter les indications sur l'emballage !).

Afin d'enrichir la bouillie de vitamines, on aura avantage à y incorporer un peu de purée ou de jus de fruits, p. ex. 20 ml de jus d'orange. En revanche, pour la santé des dents du bébé, il vaut mieux renoncer à la sucrer.

Dès l'âge de 10–12 mois, on peut introduire d'autres préparations à base de céréales, comme la bouillie d'avoine (porridge), le pouding à la semoule, la polenta, le millet, éventuellement aussi des biscottes.

3. La bouillie de céréales aux fruits

Au 7e ou 8e mois, on introduit – de préférence l'après–midi – un troisième repas de bouillie, qui se compose de flocons de céréales et de fruits. Dans le but de poursuivre la réduction graduelle des protéines et des graisses du lait, cette purée se prépare avec un peu d'eau ou le jus des fruits et peut être servie froide. Pour les enfants très affamés, on y ajoutera 50 – 100 g de yogourt (cette même quantité de yogourt peut également servir de petite collation intermédiaire dans la matinée).

Les préparations utilisées pour ce troisième repas se constituent de flocons de céréales instantanés (flocons de blé complet ou de millet) sans adjonction de lait. On les complète par des fruits de saison. Plus tard, on élargira ce mélange en en faisant un "bircher" ou tout autre plat complet du même genre. Là encore, il faut éviter le sucre dans la mesure du possible. Il est permis d'ajouter un peu de sucre aux fruits cuits, en revanche, un yogourt aux fruits du commerce est largement assez sucré !

Passage de l'alimentation infantile à l'alimentation de l'adulte

Vers la fin de la première année, l'enfant commence peu à peu à prendre place à la table familiale. Il convient donc d'adapter graduellement sa nourriture à celle des adultes. Ayant largement découvert l'usage de ses mains et de ses dents de plus en plus nombreuses, le petit peut désormais se débrouiller avec des aliments tout à fait solides. La croûte de pain est l'élément idéal pour commencer l'apprentissage. A condition de surveiller l'enfant, on peut lui offrir un bout de croûte de pain dès l'âge de 8 mois, ceci pour stimuler à la fois sa mastication et la découverte des plaisirs du palais. Au repas du matin, jusque là réduit à une boisson, s'ajoutent peu à peu les tartines de beurre (ou de margarine), la confiture, éventuellement des céréales, jusqu'à rejoindre la composition traditionnelle du petit déjeuner du usuel. Dès cet instant, le gobelet remplace la bouteille.

Si nécessaire, l'enfant peut prendre une petite collation intermédiaire dans la matinée (les "dix heures") : pomme, pain, yogourt, séré ou similaires.

En progressant de cette manière, on parvient rapidement à l'autonomie de l'enfant à table, les parents se contentant de couper la nourriture en petites portions. Dès lors, l'enfant peut goûter à tout ce que les adultes mangent, à l'exception des mets très salés ou très épicés.

Le sel est à utiliser toujours avec modération. En principe, on choisira le sel de cuisine additionné d'iode et de fluor (emballage vert)et non pas le sel de mer, qui ne contient pas ces adjonctions.

Lorsque la famille n'a pas la possibilité de se réunir pour des repas en commun et que les parents ne trouvent pas le temps de préparer un menu équilibré pour l'enfant, il vaut mieux donner des préparations "juniors" du commerce que des snacks sans grande valeur.

Même si le rythme de croissance de la 2e et 3e année est plus lent que celui de l'âge du nourrisson, l'enfant continue d'avoir impérativement besoin, à ce stade, d'une nourriture équilibrée et complète, préparée avec soin.

La boisson

La science nutritionnelle moderne accorde une grande importance à un apport suffisant en liquide. Au départ, le nourrisson se contente de lait et assure ainsi facilement son hydratation. En effet, même les enfants des Bédouins dans le désert reçoivent la quantité d'eau nécessaire à travers le lait maternel. Les purées et bouillies, elles aussi, sont encore relativement liquides. Exception faite de quelques journées estivales particulièrement torrides, l'enfant n'a donc pas besoin de boire en dehors des repas dans les premiers 12 – 15 mois. En revanche, il faut veiller à bien l'hydrater lorsqu'il a de la fièvre, de même que lorsqu'il vomit (apport de liquide par très petites portions données à la cuillère à thé).

Nous mettons les parents en garde contre la mauvaise habitude du biberon de thé sucré ou de jus de fruit que l'enfant traîne avec lui toute la journée et qui ravage ses dents. L'eau est le meilleur remède contre la soif (26); les boissons sucrées sont absolument à proscrire. L'eau minérale ne présente pas d'avantages notables par rapport à l'eau du robinet (27). Quant aux jus de fruits, ils doivent être dilués dans la proportion de 1:1.

Plus tard, après la tranche d'âge qui nous intéresse ici, on offrira à l'enfant un verre d'eau en accompagnement des repas principaux et donnera suite, dans une mesure raisonnable, à sa propre demande de boisson complémentaire.

Diversification : préparations "maison" ou petits pots du commerce ?

Au cours du dernier quart de siècle, les petits pots pour bébés ont conquis le marché. A tort ou à raison ? Il y a des arguments pour et contre, et c'est aux parents qu'appartient la décision.

Avantages des préparations "maison"

En dehors de l'évident aspect financier – les matières premières sont nettement moins chères que les nourritures prêtes à la consommation – l'avantage des préparations "maison" est avant tout d'ordre psychologique. En effet, cette méthode oblige la mère ou le père à se préoccuper sérieusement et personnellement des besoins nutritionnels de l'enfant. Ils acquièrent ainsi des notions précieuses qu'ils appliqueront ensuite à toute la famille. D'autre part, l'être humain préfère instinctivement les produits frais. Les légumes ou les fruits frais sont plus appréciés que les conserves. Il s'agit là d'un instinct précieux qu'il ne faut surtout pas réprimer !

Avantages des préparations industrielles

Les petits pots du commerce présentent l'avantage d'une plus grande garantie d'hygiène (absence de substances nocives), d'équilibre de composition, de tolérance etc.

  • Les aliments pour bébés sont soumis à une législation extrêmement sévère quant à la contenance en substances nocives. Les préparations industrielles respectent rigoureusement ces règles et subissent des contrôles réguliers. Elaborées à base de produits dépourvus de pesticides, nitrates et sels de conservation, ces conserves ne contiennent pratiquement pas de résidus.
  • La composition des préparations est parfaitement adaptée aux besoins alimentaires de l'enfant et indépendante des impératifs saisonniers. La perte de vitamines due à l'élaboration et au stockage est compensée. Les oligo–éléments indispensables tels que le fer ou l'iode sont ajoutés en fonction du besoin précis de l'enfant. La composition est réglementée par des directives de l'UE (28), qui ont pour but de garantir une qualité nutritionnelle optimale et équilibrée. Attention : les purées industrielles de cultures biologiques sont soumises à une Ordonnance spécifique ("Ordonnance sur l'agriculture biologique"), qui interdit l'adjonction des substances précieuses indiquées ci–dessus ! (29, 30).
  • Les petits pots pour nourrissons permettent de gagner du temps et facilitent le travail de la mère.

Comme on le voit, la liste des arguments en faveur des préparations industrielles est sensiblement plus longue que la liste opposée, même si, à première vue, tous les critères invoqués ne semblent pas revêtir une importance capitale pour la santé. En fin de compte, on peut dire que le meilleur résultat sera obtenu par la combinaison des deux possibilités en ce sens qu'on donnera la préférence d'abord aux petits pots pour la première phase, en passant ensuite de plus en plus à des produits frais.


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  24. Kajosaara M. Saarinen UM : Prophylaxis of atopic desaese : by six month total solid food elimination. Acta Paediatr Scand 72 : 411–14 (1983)
  25. Exl BM, Baumgarner M. Brown C et al : Primäre Kurzzeit– und Langzeit–Prävention erster allergischer Manifestationen mit diätetischer Intervention. Allergologie 21 /1) : 3–23 (1998)
  26. Kabus K : Kintertee und Nuckelflasche. Schweiz. Aerztezeitung 63 : 1943–45 (1982)
  27. Tönz O : Mineralwasser zur Herstellung von Säuglingsnahrung. Schwei. Aerztezeitung 71 : 487–89 (1990)
  28. Directive 96/5 de la Commission de l'UE du 26.2.96 : Getreidebeikost und andere Beikost für Säuglinge und Kleinkinder. Feuille officielle de la Communauté Européenne. L 49/17–19 (1996)
  29. Ordonnance sur l'agriculture biologique et la désignation des produits végétaux et des denrées alimentaires biologiques ("Ordonnance sur l'agriculture biologique") du 22.9.97
  30. Ordonnance du DFEP sur l'agriculture biologique du 22.9.o97
  31. Tönz O. : Von der Mamma zur Pappa. Monatsschr. Kinderheilk 144 (suppl. 2) S 150–55 (1996)

Pour la révision critique du manuscrit, nous remercions :

  • les membres de la commission de nutrition de la Société Suisse de Pédiatrie : PD M. Roulet, professeurs P. Nars, D. Shmerling, docteurs P. Bähler, G. Délèze, H. Gaze, S. Giambonini
  • Professeur M. Lentze, Bonn
  • Forum für Praxispädiatrie : docteur A. Bächler
  • Schweiz. Verein der Mütterberatungsschwestern : E. Gerber, M. Kläui, A. Urben.

 


Dernière mise à jour du site: 25.06.2008